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Ô c’est bôôôô !

Ô vit dans un monde sans âge et lointain. Un monde au goût de chagrin, un monde triste, où vivent les squelettes : vous voyez de quoi je parle. Ô en a assez de ce monde-là...

Elle s’y ennuie à mort. Elle préfèrerait de la joie, des rires... des habits. Le hasard met sur sa route un étrange guitariste solitaire, tout aussi osseux qu’elle, mais coiffé d’un chapeau. Un étranger qui la mènera à la découverte de son monde à lui. Un conte poétique sur la quête du bonheur, pour le plaisir des yeux, des oreilles et du cœur.

Au départ, ce sont deux amies qui s’amusent à inventer des spectacles d’Halloween pour leurs enfants. Sonia Hellequin est artiste peintre. Elle s’est formée au spectacle de marionnettes et d’ombres pendant deux ans auprès du théâtre des Alberts. Mélanie Guélou est férue de théâtre, comédienne à ses heures. Elle écrit. Toutes deux ont en commun la fibre du spectacle vivant. Il y a deux ans, elles mettent en scène, pour le plaisir, ce qui posera la base de la création d’aujourd’hui. Encouragées par les retours positifs, guidées par leur entourage artistique, mais surtout, surtout, portées par cette envie de « faire quelque chose », elles se lancent dans ce projet.

Elles s’y plongent, même, avec passion. Un an et demi de travail : elles font tout (ou presque) ! Des marionnettes, des ombres (dont certaines en 3D), des décors, une bande-son, comprenant des voix, des créations originales, et des airs empruntés. Sur un texte en vers (s’il vous plaît), elles donnent enfin vie à leurs créatures sur scène.

Ô et le squelette au chapeau constitue, au bout du compte, un spectacle abouti et haut en couleurs. Les couleurs, parlons-en. Un des points forts de cette proposition réside dans la richesse et l’esthétique visuelles. L’intrigue est servie par des jeux de contraste de couleurs et de lumières, tantôt sombres ou pâles, tantôt explosant aux yeux par des tons fluos révélés à la lumière noire.

Une représentation de la mort peu familière, qui ne paraît ni triste ni effrayante

La mort n’est jamais nommée. Ce thème peu banal est posé de façon finalement très simple, par le symbole du squelette. Les personnages sont morts (selon toute vraisemblance), mais ils ne s’en formalisent pas pour autant. Ils ont des désirs, des préférences, des rêves, comme vous et moi. Ce que souhaite Ô, c’est « de se sentir vivre malgré tout » : sa quête est celle du bonheur, où qu’il se trouve.

S’inspirant de cultures différentes, la pièce met donc en lumière une représentation de la mort qui nous est peu familière, et qui ne paraît ni triste ni effrayante.

Ainsi, l’aventure emmène les enfants au-delà de leur a priori culturel (une peur « conditionnée »), en leur proposant un nouvel angle de vue sur le sujet.

Pour les adultes, c’est une invitation à prendre du recul : voir la mort différemment pour, peut-être, appréhender la vie autrement.

Lalou