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Esprit, es-tu là ?

« Ceux que nous pleurons...

.. ne sont pas absents, ce sont les invisibles », disait Victor Hugo. Le choix de Jérôme Brabant est curieux, le pari original : faire danser l’invisible !


Les histoires d’apparitions, de sorciers et de communication avec l’au-delà connues à La Réunion, ont toujours été une source d’inspiration pour Jérôme Brabant. Lors d’un séjour de recherche à New York, il découvre une exposition sur les spirites et les « magies » occidentales. C’est le point de départ du projet “Spectres”.

Pour le chorégraphe et danseur qu’est Brabant, « Spectres » est un projet pour le moins particulier. En effet, cette fois, l’idée est la suivante : pas de danseur sur scène ! Pas si farfelu, vu le thème.
Mais comment s’y prend-on ? Le spectacle s’inspire des pratiques magiques du début du 20e siècle, dont ces fameuses séances de spiritisme alors en vogue dans les salons, ainsi que de la sorcellerie telle qu’on la connaît sur nos terres. L’artiste aurait-il donc embauché des trépassés ?

« Jeu d’absences et de projections »

Foin de vrais fantômes ou de feux follets, « iI s’agit de chorégraphier la lumière, la fumée, les objets », explique Jérôme Brabant. Cette proposition, transversale entre les arts plastiques, la lumière, la musique et la chorégraphie, convoque de beaux esprits (créatifs). Françoise Michel, l’une des conceptrices phares de la danse contemporaine en France, aux lumières, s’allie à Gabrielle Manglou, plasticienne, qui conçoit tout une panoplie d’illusions colorées. Pour lier le tout, David Fourdrinoy compose une musique originale. Ensemble, ils tissent en direct des apparitions fantomatiques ou encore des phénomènes faussement paranormaux à partir d’éléments scénographiques. « Tout est histoire de créer l’illusion à partir d’ondes lumineuses, de vibrations musicales. Ici, les véritables interprètes sont l’immatériel : la lumière, le son et la vidéo, qui prennent vie sur le plateau. Les êtres vivants travaillent dans l’ombre ».

Aller au-delà

Mais quelle mouche peut donc piquer cette équipe : un spectacle sans personne sur scène, peut-on appeler cela un spectacle de danse ? Et pourquoi pas ! la chorégraphie ne s’applique pas à des êtres de chair et d’os, certes, mais elle peut prendre « forme » autrement : il fallait y penser.

Gabrielle Manglou remarque : « ça a l’air plus simple de chorégraphier, de manipuler des êtres humains, avec qui on peut avoir un dialogue et une confrontation. Là, quand on travaille avec la matière, c’est quand même complexe »… « ça implique des choix drastiques, la matière ne fait pas tout ce qu’on lui demande », ajoute la plasticienne.

Jérôme Brabant, lui, ne performera pas sur scène cette fois. « Ce n’est pas parce qu’on est danseur ou plasticien qu’on n’a pas d’autres envies, qu’on ne peut pas être un peu élastique sur sa manière de créer », explique Gabrielle. Sur quoi Jérôme rajoute : « il faut progresser, aller sur d’autres chemins ». On ne peut qu’acquiescer. L’expérience s’annonce surprenante. Puisse-t-elle apporter, dans le sillage de ses ectoplasmes dansants, un souffle d’air frais aux spectateurs.

En attendant, allons-y en sifflant un petit air qui trotte dans la tête...

C’était tremblant, c’était troublant,
C’était vêtu d’un drap tout blanc,
Ça présentait tous les symptômes,
Tous les dehors de la vision,
Les faux airs de l’apparition,
En un mot, c’était un fantôme

Lalou


Danse | Cie l’Octogonale | Jérome Brabant | « Spectres »

  • JEU 15 NOV 2018 - 20:00 - CDOI - Théâtre Le Grand Marché - St Denis - Tarif : 13€/25€
  • VEN 16 NOV 2018 - 20:00 - CDOI - Théâtre Le Grand Marché - St Denis - Tarif : 13€/25€