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Balkanican Dream

A quoi ressemblerait aujourd’hui la musique globale si l’URSS avait gagné la Guerre Froide ? Cette année, le Soviet Suprem débarque au cœur des Francofolies de La Réunion et va renverser les modèles et dicter la danse. Un coup de cœur à ne pas manquer ce samedi 10 mars aux Francofolies !

Il était une fois, il y a longtemps, dans les faubourgs du Kremlin (Bicêtre), un jeune garçon nommé Lénine… John Lénine. Un jour, il rencontre le petit Sylvester Staline, avec qui il se prend la tête dans la rue. Ça commence souvent comme ça, une amitié. L’alliance est scellée autour d’un verre derrière le rideau de fer (du bistrot du coin). C’est ainsi que naît ce qui deviendra le plus incroyable duo de dictateurs du monde moderne.

Les années passent, les Américains sont désignés vainqueurs de la Guerre Froide. Pour la peine, nos héros se font congeler pour quelque temps. Cette sombre période voit apparaître l’industrie du disque, la musique mondialisée et avec elle, le concept édulcoré de World Music, que John Lénine définira de « soupe anglo-saxonne avec quelques instruments traditionnels ». C’en est assez : en 2017 (l’année du Soviet), John Lénine et Sylvester Staline décryogénisés reprennent la chapka et s’embarquent sur la route de la révolution. Un troisième homme rallie leur cause. Didier Croûte Chef. Celui qui « pousse des platines comme certains soulèvent de la fonte ». Le Soviet Suprem est créé.

« Ça y est : tout est prêt pour le putsch, on a noyé le ragga dans l’rom ; on a rappé le chou du hip hop ; on a « charterisé » la langue de Molière et on va envoyer tous les tartuffes du groove au goulag ».
Les deux généraux se chargent de replacer la world music dans sa juste définition : elle devient musique internationale… L’internationale, donc, pour rendre hommage aux musiques populaires du monde entier. Vous l’aurez compris, Soviet Suprem, c’est pas d’la menthe à l’eau… c’est d’la vodka menthe, sauce manouche bohémienne, tzigane, parigo un peu aussi, parce que la révolution, c’est pour tout le monde. Musiques des Balkans, des pays de l’Est, de Grèce et d’ailleurs, se mélangent joyeusement dans cette marmite électro punk bolchévique.

La verve vive

Lorsqu’il ne joue pas les dictateurs du dancefloor, Lénine devient Toma Feterman, de La Caravane Passe, rappeur, musicien multi-instrumentiste et parolier. Staline quant à lui n’est autre que R-Wan, musicien, rappeur du groupe Java, et l’une des meilleures plumes françaises de sa génération. Je vous invite donc à vous pencher de toute urgence sur les textes : riches, rythmés, à prendre au second voire au dixième degré. Les paroles de chaque morceau recèlent une foule de métaphores et jeux de mots rivalisant d’imagination et d’humour, jouant sur l’ironie, la multiplicité du sens et les allitérations. C’est du grand art.

Il serait dommage de s’offusquer trop hâtivement du choix de ce registre imaginaire. Si Soviet Suprem fait revivre les vieux fantômes du PC, ce n’est évidemment ni par idéologie ni par nostalgie d’une quelconque dictature.

A la base du projet, l’idée est « en toute modestie, de révolutionner l’industrie musicale », dit Thoma Feterman. S’appropriant les codes de la musique « capitaliste » (breloques, bling bling et autre folklore), ils renversent donc la situation à la mode soviétique. En effet cette imagerie leur apparaît comme « un truc dérangeant, qui fait se poser des questions, tout en permettant de faire une musique énergique ».

Soviet Suprem Party

« Il est temps de réhabiliter l’Internationale, de libérer la fête et de lâcher les chevaux cosaques dans la sono ! »

Le Soviet Suprem, c’est avant tout la révolution du Dancefloor. Là aussi, nos « beastie boys des Balkans » sortent l’artillerie lourde. Le live déploie une débauche contagieuse d’énergie, en un grand délire costumé et mis en scène. Bouger oui, mais ensemble, cher camarade ! Ici on partage, on revient au collectif, on retrouve la « connexion sociale créée par la musique ». Dans « dancefloor », il y a « dance » et on ne peut pas s’en priver : cette musique est faite pour ça.

Je ne sais pas vous, mais moi je prends ma carte, direct. Et comme le dit Didier Croûte Chef, vive le nouveau désordre mondial !

Lalou



Programme complet des Francofolies

9 MARS
19h00 Dolorès - Scène Lagon
20h00 Brigitte - Scène Piton
21h15 Raphaël - Scène Lagon
22h45 Pigment - Scène Piton
23h45 Deluxe - Scène Lagon

10 MARS
18h00 Kaloune - Scène Piton
18h45 Pix’L- Scène Lagon
20h00 Danakil - Scène Piton
21h30 Damso - Scène Lagon
23h00 Soviet Suprem - Scène Piton
00h00 N’To - Scène Lagon

11 MARS
17h00 Zarlor Nout Péi - Scène Piton
19h00 Amadou et Mariam - Scène Lagon
20h15 Lo’Jo - Scène Piton
21h15 Bernard Lavilliers - Scène Lagon