Jacques Dessange, coiffeur des stars et homme d’affaires

© afp.com - ALAIN JOCARD

Il avait coupé les cheveux de Jean Seberg pour "A bout de souffle", inventé le "coiffé-décoiffé" : Jacques Dessange, qui est décédé mardi à l’âge de 94 ans, a vécu plus d’un demi-siècle de coiffure et de très bonnes affaires.

Apprécié par les stars, il a fondé un empire qui compte aujourd'hui plus de 1.700 salons de coiffure implantés dans 43 pays mais avait surtout fait parler de lui, ces dernières années, pour ses démêlés judiciaires avec son plus jeune fils, Benjamin. Et sa présence sur la liste des comptes cachés de la HSBC en Suisse.

Hubert, de son vrai prénom, était né le 5 décembre 1925 à Souesmes, en Sologne, d'un père coiffeur et d'une mère patronne du café qui jouxtait la boutique.

Il s'initie au métier dans le salon paternel et, après son certificat d'études, monte à Paris en 1945 pour "y coiffer les dames". Mais l'apprentissage va être difficile: il se fera renvoyer douze fois en un an avant de se faire embaucher chez un coiffeur à la mode, Louis Gervais.

Hubert, qui devient alors Jacques, ne maîtrise toujours pas la technique des crans et des indéfrisables mais la mode est aux chevelures floues et libres et les clientes commencent à être conquises.

En 1954, il ouvre son premier salon, avenue Franklin-Roosevelt, tout près du rond-point des Champs-Elysées. Il en ouvre bientôt un autre en Tunisie, le premier à l'étranger. Des actrices comme Brigitte Bardot, Jean Seberg, Jeanne Moreau et bien d'autres passent entre ses mains expertes et le côtoient dans la vie mondaine. Il fait des shows à l'étranger et jusqu'en URSS, sous l'ère de Khrouchtchev.

Tout semble lui sourire: un premier fils, Cyril, naît en 1961 et, bien introduit dans le monde du cinéma, il devient le coiffeur officiel du festival de Cannes. Dorénavant, il coiffe non seulement des vedettes internationales comme Liz Taylor, Marlene Dietrich ou Ava Gardner mais aussi de jeunes chanteuses françaises très populaires comme Sylvie Vartan ou Sheila à qui il coupe ses couettes.

Déjà associé à d'autres coiffeurs, souvent jeunes et talentueux - une façon habile d'éluder la concurrence -, Jacques Dessange lance sa "marque" en 1966 en utilisant son nom dans une dizaine de salons, puis une vingtaine.

- Bisbilles familiales -

Un second fils, Benjamin, naît en 1967 mais, très absorbé par ses activités professionnelles et en bisbilles continuelles avec sa femme Corinne, il ne s'en occupera guère.

Jacques accroît son emprise sur le monde de la coiffure: des produits phytosanitaires (toujours à son nom) à des écoles de formation en passant par la fabrication de perruques.

Mais sa grande réussite ce sont les contrats de franchise avec des professionnels déjà aguerris qui, moyennant un pourcentage sur leurs chiffres d'affaires, peuvent accéder au nom d'une marque prestigieuse. En 1998, on dénombrera 254 salons "Jacques Dessange" en France. Il y en aura jusqu'à 500 à l'étranger.

Le groupe exploite également d'autres réseaux de franchisés par le biais de deux marques réputées plus abordables, Camille Albane et Frédéric Moreno.

En 2004, cinquante ans après l'ouverture de son premier salon, le célèbre coiffeur passe la main à son fils Benjamin même s'il garde des parts dans l'entreprise.

Mais quatre ans plus tard, alors que la majorité du capital est cédée à un groupe financier, rien ne va plus: "j'ai été viré comme un malpropre par mon propre fils", confiera-t-il à l'AFP.

Il publiera même en 2011 "Le complot", un opuscule d'une cinquantaine de pages, adressé aux franchisés et largement distribué sur internet pour se livrer à une attaque en règle contre son fils cadet.

Mais Dessange International ne parviendra pas en février 2012 à faire condamner le fondateur de l'entreprise pour dénigrement.

Le nom de Jacques Dessange a aussi été cité en 2015 par le Monde et des médias internationaux parmi les détenteurs de comptes non déclarés au fisc chez HSBC Suisse. Le célèbre coiffeur y aurait eu jusqu'à 1,6 million d'euros entre 2006 et 2007. Il aurait ensuite régularisé sa situation avec le fisc français en 2012.

Depuis de nombreuses années, Jacques Dessange s'adonnait à sa passion pour la peinture dans sa propriété de Sologne.

mots clés de l'article : people , industrie , cosmétiques , services , hygiène , coiffeur