sports par Paris (AFP) , mercredi 18 novembre 2020 à 00:00

Violences sexuelles dans le judo : et si les instances avaient failli ?

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Les instances du judo ont-elles dissimulé l’inexcusable ? La récente suspension d’un ex-dirigeant soupçonné d’agressions sexuelles, qui avait déjà été signalé il y a près de quinze ans, provoque des remous internes et pourrait éclabousser jusqu’à la fédération.

Y a-t-il quelque chose de pourri dans le judo? "Je pense que vous ne savez pas à qui vous avez à faire. Ces gens-là se sont soutenus pendant des années. Ils sont redoutables", lâche une source fédérale. Le ton est donné.

Les violences sexuelles sont un mal profond qui touche l'ensemble du sport. Mais il semble frapper particulièrement le judo, l'une des disciplines les plus pratiquées en France avec un demi-million de licenciés. De récentes révélations sont en train de faire sauter quelques verrous.

- Parquet saisi -

Les instances vacillent notamment sur un cas révélé par l'AFP vendredi, sur la vingtaine de signalements recensés jusqu'ici par le ministère des Sports dans le judo.

Cet ancien président de la ligue Nord-Pas-de-Calais, ex-membre du comité directeur de la fédération entre 2012 et 2016 et âgé d'une soixantaine d'années, vient d'être suspendu. Interrogé par l'AFP, il avait confirmé sa suspension et imputé les accusations le visant à "des désaccords entre des personnes dans un club".

"Il y a quatre affaires de violences sexuelles qui sont récemment remontées le concernant", assure une source proche du dossier. Le procureur de Lille a été saisi pour "au moins une d'entre elles", poursuit cette source.

Ce nom n'est pas inconnu dans l'univers du judo français. "Ca fait plusieurs années que le nom de ce monsieur ressort dans des affaires avec des femmes, ce sont des rumeurs, des bruits que le petit monde du judo ne pouvait pas ne pas savoir", assure un ex-judoka, qui souhaite conserver l'anonymat.

Il a notamment été l'entraîneur d'un professeur récemment mis en examen pour viol sur l'une de ses élèves à l'époque mineure, dans un club du Nord de la France. C'est cette élève qui a témoigné dans le Parisien il y a près de deux semaines, point de départ d'une série de révélations.

Selon des sources au fait du dossier qui requièrent l'anonymat, une ancienne judoka a pourtant tenté il y a une quinzaine d'années "à plusieurs reprises" de briser le silence concernant cet ex-dirigeant.

"Elle a signalé des faits au niveau local dans le Nord de la France, mais cela n'a rien donné", dénonce une de ses sources. Pour quelles raisons? A-t-il été protégé?

Preuve de la très grande nervosité autour de ce dossier, "des membres de la fédération l'appellent pour lui mettre la pression", ces derniers jours, selon plusieurs proches de la judoka à l'origine des premiers signalements.

Une enquête interne sur la gestion du cas de cet ex-dirigeant, ainsi que sur "d'autres cas" qui pourraient être problématiques, a été confiée au DTN Jean-Claude Senaud, selon le président de la fédération Jean-Luc Rougé.

"C'est une affaire en cours, je ne souhaite pas m'étaler dans la presse", a seulement déclaré à l'AFP l'ex-président de la ligue Nord-Pas-de-Calais à l'époque des faits Jacques Badreau, un prédécesseur de la personne en cause.

Plus gênant, une semaine avant la suspension de cet ex-dirigeant, Jean-Luc Rougé, président depuis 2005, a prévenu lors d'une réunion avec d'autres dirigeants du judo français, que ce nom "allait sortir" dans les prochains jours, ont assuré des sources internes à la fédération à l'AFP.

"C'est donc bien qu'il savait qu'il y avait un problème", estime l'ancien judoka.

- "Beaucoup de courage" -

Jean-Luc Rougé, qui brigue dimanche un cinquième mandat à 71 ans, a expliqué à l'AFP "ne pas se souvenir" d'avoir évoqué ce nom à ce moment-là.

Quelques heures après cette réunion, le 3 novembre, lors d'une rencontre avec la ministre des Sports Roxana Maracineanu, "quand la fédération a confronté ses fichiers aux nôtres, on a constaté que nous avions ce nom, mais pas la fédération", assure une source ministérielle.

Une enquête administrative a été ouverte et une mission d'inspection sur le judo a été lancée par le ministère. Cette dernière permettra "d'enquêter plus loin pour voir ce qu'il en est", avait confié vendredi Roxana Maracineanu à l'AFP.

"Il y a 20 ou 30 ans, ces cas ne sortaient pas, a confié un président de ligue régionale sous couvert d'anonymat. Les jeunes filles qui parlent maintenant ont beaucoup de courage."

mots clés de l'article : sport , Agression , judo , fédération

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