sports par Paris (AFP) , vendredi 12 février 2021 à 23:22

Vendée Globe : la course dont Pip Hare "a rêvé toute sa vie"

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Durant trois mois et jusqu’à son arrivée vendredi à 0h57 du matin, l’Anglaise Pip Hare (Medallia) a partagé avec l’AFP son expérience du tour du monde en solitaire, le Vendée Globe "dont elle a rêvé tout sa vie", en livrant des carnets de bord dont voici des morceaux choisis :

. 10 novembre

Dimanche, "j’ai laissé amis, famille, mon équipe et la terre derrière moi. J’ai quitté ma maison et je suis partie en mer pour naviguer seule, non-stop autour du monde. Et pourtant, cela fait maintenant 24 heures que je suis dans ce voyage épique, et tout ce que je peux dire c'est que sur mon bateau de 60 pieds, Medallia, je me sens chez moi".

. 20 novembre

"De la peur, de la frustration et des moments fabuleux sur l'eau. J'ai toujours pensé que toutes ces choses résumeraient bien l'ensemble de ma course mais je n'avais pas imaginé que je les expérimenterais en seulement une semaine. Après avoir affronté un petit front puissant, Medallia a eu quelques pépins. Ca se situait en haut du mât. Je déteste grimper en mer, c'est absolument terrifiant (...) Mes mains tremblaient, ma respiration était rapide, ma bouche était sèche. Mais je l'ai fait".

. 26 novembre

"Je suis tellement fatiguée. Ce serait facile de supposer que le Pot au Noir, une zone connue pour ses vents légers, donnerait à un navigateur solitaire comme moi un peu de répit et du temps pour se reposer, réparer des choses et se préparer pour la prochaine grosse tempête. Mais en réalité, c’est l’inverse.(...) C’était il y a quelques jours et maintenant je suis en train de passer l’équateur. J’ai déjà traversé cette marque importante sept fois, mais le faire pour le Vendée Globe, c'est spécial".

. 3 décembre

"Maintenant, je vole le long de notre premier système dépressionnaire Sud, cela me fait tourner la tête et j'ai des nœuds dans l'estomac quand je pense à tout ce qui pourrait arriver de mal sur un bateau qui dévale dans l'obscurité avec des vagues s'écrasant violemment sur le pont (...) Mon niveau d'anxiété est quelque peu élevé (...) J'imagine que je suis toujours secouée par la mésaventure de Kevin (Escoffier). J'ai déjà imaginé comment je me sentirais dans ces quelques premiers jours de navigations dans les mers du sud. Ce sera le début de six ou sept semaines de la navigation la plus rude de ma vie (...) Nous y sommes, c'est l'inconnu et je vais faire le grand saut".

. 16 décembre

"Le noir complet. Pas de lune, une brise naissante. Et puis un grand bruit. Le bord (la partie le long du mât, NDLR) de ma voile avant s'est rompu (...) Mon esprit galopait. Si j'étais capable de faire descendre la voile assez bas pour que je puisse l'atteindre en toute sécurité, je pourrais alors mettre mon bord de rechange et la hisser de cette façon (...) J'ai réussi (...) Je me suis posée un moment, assise, et j'ai pensé à quel point j'avais été chanceuse".

. 25 décembre

"C'est Noël et je suis au fin fond des mers du sud, courant devant le dernier système dépressionnaire (...) Et il n'y a nulle part ailleurs où je préférerais être (...) Au plus fort de la dernière tempête que j'ai vécue - et qui a duré 36 heures - Medallia et moi étions sous pression. Le bateau bondit et tape dans des vagues immenses et l'eau qui jaillit par dessus le bateau signifie que je ne peux pas aller sur le pont sauf si c'est absolument nécessaire. C'est un sentiment exaltant - et intimidant".

. 31 décembre

"Voilà 51 jours que je suis en mer. Je n'ai vraiment pas l'impression que cela fait tout ce temps, c'est incroyable de penser que j'ai navigué aussi loin (...) J'ai perdu pas mal de poids - entre 4 et 5 kilos (...) Je me sens forte, les douleurs au dos que j'avais en début de course ont complètement disparu, mes mains sont robustes et mon niveau d'énergie est bon (...) Je ne compte pas les jours qui me séparent de l'arrivée. Je suis heureuse, là où je suis".

. 8 janvier

"J'avais eu jusque-là une course exaltante, surprenante, brillante, avec seulement quelques petits accrocs. Mais depuis quelques jours, j'ai une sérieuse avarie technique, du gros temps à gérer et je me bats contre la fatigue à chaque instant. Il y a quelques jours, l'anémomètre a cessé de fonctionner. Ca n'a l'air de rien, mais ces données sont vitales pour que Medallia navigue vite et en toute sécurité (...) Et histoire de compliquer les choses, ceci est arrivé alors qu'une grosse tempête approchait. C'est probablement le pire moment de ma course jusqu'à présent (...) Mais c'est incroyable ce que la nourriture, le sommeil et quelques perspectives peuvent faire pour vous (...) J'ai réussi à récupérer quelques données de vent, suffisamment pour atténuer mon stress. J'ai pu aussi faire une sieste, me nourrir et je me suis fait la leçon. Il était temps de se comporter comme une grande fille (...) Quand je vois le monde confiné, je suis incroyablement chanceuse d'être là où je suis".

. 15 janvier

"Je savais, en entrant dans cette course, qu'il y aurait des moments durs à vivre. Mais rien ne vous prépare à ce mélange de fatigue, de déception et de frustration quand les choses commencent à mal tourner. Mais, de la même façon, un bout de ciel bleu et un lever de soleil peuvent être incroyablement doux (...) Si ça ce n'était pas un signe d'espoir - que les choses vont mieux - alors je ne sais vraiment pas ce que cela pouvait être d'autre. Et je me suis rappelée de cette si grande chance que j'ai d'être là, participant à la course dont j'ai rêvé toute ma vie".

. 23 janvier

"Il y a clairement un changement à bord de Medallia. Les journées sont plus chaudes, la météo est moins terrible et je peux ressentir comme un petit air de retour à la maison. Et je me suis enfin extirpée de ce cycle infernal dans lequel j’étais et où, sans cesse, je me préparais à une tempête, j'affrontais une tempête, je me remettais d’une tempête et je réparais les dommages causés par une tempête".

. 29 janvier

"Un énorme bravo à Yannick (Bestaven) pour avoir remporté ce qui est probablement le final le plus serré dans l'histoire du Vendée Globe (...) C’est un honneur pour moi d’être dans la même flotte que ces légendes de la voile (...) Et pour moi, cette course est un véritable chemin intérieur. Je veux faire mieux (...) Et peut-être, être sur l’un de ces bateaux rivalisant pour avoir l’honneur de passer la ligne d’arrivée les premiers, lors de la prochaine édition".

Propos recueillis par Sabine COLPART

mots clés de l'article : voile , Vendée , 2020 , FRA , GBR

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