sports par Paris (AFP) , samedi 11 septembre 2021 à 16:51

US Open : Djokovic, un Grand Chelem et des cœurs à prendre

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Novak Djokovic a beau être en course pour réussir le premier Grand Chelem calendaire depuis plus de 50 ans chez les hommes, dimanche à New York, il peine à conquérir les cœurs, pour des raisons difficiles à cerner.

En principe, le Serbe a tout pour être une idole: affable, respectueux, disponible, drôle, bel homme et bon père de famille, patriote et ouvert sur le monde, intelligent, cultivé, polyglotte...

On cherche des raisons objectives pour expliquer le désamour du public, qui lui marchande souvent ses applaudissements.

Une minorité est même parfois allée jusqu'à le huer. Trop mécanique ? Trop prévisible ? Trop défensif ? Un peu comédien ? Un peu arrogant ? Peut-être trop fort, tout simplement.

"Le fait est que 90% du temps, voire plus, je joue contre mon adversaire et aussi contre le stade. J'ai l'habitude, mais je suis humain, j'ai des émotions, et il m'arrive d'être agacé quand on me provoque", disait-il en juillet dernier à Wimbledon.

Il y a bien une raison, éternelle, à cette situation: la foule en a toujours préféré un deuxième, Roger Federer, en permanence sur un fil tendu avec son jeu à haut risque, et même un troisième, Rafael Nadal, dont la générosité dans l'effort et le corps tout cassé ont fini par émouvoir.

- Des secrets et des polémiques -

Djokovic, à 34 ans, est en pleine forme. Ses secrets ? un régime sans gluten qui l'a rendu, dit-il, plus résistant (un comble car son père était propriétaire d'une pizzeria !), du yoga et d'autres méthodes plus ou moins étranges: une chambre à oxygène pour la récupération, un gourou pour le mental, des visites à une mystérieuse "pyramide" en Bosnie (en fait une colline) pour l'"énergie", etc.

Sur le court, il semble invulnérable. Tout rebondit sur son corps élastique. Il a tendance à attendre la faute adverse, ce qui déplaît à presque tout le monde, mais il faut une bonne dose de mauvaise foi pour le juger ennuyeux.

Il fut un temps où il ne ménageait pas ses efforts pour rehausser sa cote de popularité, au risque d'être accusé d'en faire trop. À Roland-Garros, s'exprimant dans un français chaque année meilleur (il parle aussi l'anglais excellemment, l'italien et l'allemand), il plaisantait avec les spectateurs, signait des quantités d'autographes... Après sa première victoire en 2016, il avait tracé un grand coeur sur la terre battue avec sa raquette.

Mais des polémiques sont toujours venues saborder ses tentatives: par exemple quand il a pris position contre le vaccin anti-Covid, ou quand la tournée qu'il organisait en ex-Yougoslavie, en pleine pandémie, s'est transformée en "cluster".

- L'homme aux 150 millions -

"Nole" n'a rien de l'enfant gâté. S'il est le détenteur du record des gains sur le circuit avec plus de 150 millions de dollars, la pitance ne lui est pas toujours tombée directement dans le bec.

Son ambition ne date pas d'hier, c'est le moins qu'on puisse en dire. À sept ans, il affirmait déjà son objectif à la télévision serbe: devenir N.1 mondial.

Né à Belgrade en 1987, il a passé son enfance entre la capitale et la petite station de ski de Kopaonik, où son père tenait le restaurant familial, non loin d'un court de tennis.

C'est là qu'il a été repéré par Jelena Gencic, à laquelle il est resté très attaché jusqu'à sa mort en 2013. Ce mentor ne lui a pas seulement appris les fondements du tennis. Soucieuse d'enrichir la personnalité de son protégé, elle l'a initié à la musique classique et à la poésie de Pouchkine.

Lorsque les structures du Partizan Belgrade n'ont plus suffi, la famille Djokovic a fait de gros efforts financiers pour envoyer le prodige dans une école de tennis en Allemagne. Il y est resté trois ans avant de passer professionnel.

Entretemps, le jeune garçon avait été profondément marqué par l'expérience de la guerre du Kosovo, qui a touché sa ville en 1999 alors qu'il avait douze ans.

Pour échapper aux bombardements de l'OTAN, il a passé pendant deux mois et demi ses nuits dans des abris antiaériens et ses journées... sur un court de tennis, car l'école était fermée.

- Une longue ascension -

Très patriote, mais pas au point de résider dans son pays de naissance puisqu'il vit à Monaco, Djokovic a toujours soutenu la cause serbe et voulu corriger la mauvaise image donnée à son pays par le régime de Milosevic, qui n'est probablement pas pour rien dans les réticences que le joueur suscite.

Sur le circuit, l'ascension a été longue. Son talent a sauté aux yeux dès son arrivée chez les professionnels en 2003, mais il a mis longtemps à devenir unique. Début 2011, il avait déjà un palmarès enviable (un Open d'Australie et un Masters en 2008) mais rien n'annonçait la razzia à venir.

C'est sa victoire en Coupe Davis en 2010 - "sa plus grande émotion sur un court de tennis" - qui a servi de déclic.

Depuis, il a remporté au moins un tournoi majeur par an (sauf en 2017 lorsqu'il souffrait du coude). À Roland-Garros en 2016, il a fait le Grand Chelem sur deux ans en détenant les quatre "Majors" en même temps.

S'il gagne dimanche, en plus du Grand Chelem calendaire, il dépassera d'une unité Rafael Nadal et Roger Federer avec 21 titres majeurs (9 Open d'Australie, 2 Roland-Garros, 6 Wimbledon et peut-être 4 US Open). Un exploit qui lui faire prendre une longueur d'avance dans le débat sur le plus grand joueur de l'histoire.

mots clés de l'article : tennis , 2016 , SRB , Roland

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