sports par Bangkok (AFP) , jeudi 18 novembre 2021 à 11:24

KO depuis la pandémie, le temple de la boxe thaï fait sa révolution

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Adieu les matchs où les parieurs venaient galvaniser des combattants 100% masculins dans une ambiance survoltée : le mythique stade Lumpinee de Bangkok, temple de la boxe thaï fermé au public depuis des mois, profite de la pandémie pour se métamorphoser, au risque de perdre son âme.

Avant la crise, des centaines de Thaïlandais s'entassaient sous des néons criards autour du ring, hurlant pour encourager les boxeurs. Les jours de grands matchs plus d'un million de dollars étaient pariés en un après-midi.

Mars 2020, tout s'arrête: le premier foyer de Covid-19 de Thaïlande est découvert dans la salle, immédiatement fermée.

Aujourd'hui, seules des retransmissions télévisées sont organisées dans l'arène vide.

Mais le Lumpinee Boxing Stadium "profite de cette crise pour se révolutionner", raconte à l'AFP le major général Ronnawut Ruangsawat, directeur-adjoint du stade géré par l'armée royale thaïlandaise depuis son ouverture en 1956.

"L'arène a été entièrement rénovée, les paris seront désormais interdits et les femmes autorisées à combattre", précise-t-il.

- Grand spectacle -

Les néons blafards ont été remisés au placard. Sitthichoke Kaewsanga s'élance sur le ring sous une pluie de lasers ultra-modernes rouges et argentés.

Derrière lui, des écrans géants dernier cri retracent le parcours du boxeur de 21 ans qui s'entraîne à l'excellence six heures par jour.

Crochet droit, coup de genoux, direct du gauche, seule la musique traditionnelle jouée en direct pour rythmer les coups de pied dévastateurs rappelle l'atmosphère d'antan.

La salle pourra accueillir à nouveau du public à partir de janvier en suivant un strict protocole sanitaire (test de dépistage du Covid-19, distanciation physique, etc). Mais les transformations ont drastiquement réduit sa capacité à 1.000 spectateurs contre 3.500 auparavant.

- Paris interdits -

L'armée a aussi décidé d'interdire les paris "qui engendraient trop de tricheries avec des joueurs parfois payés pour perdre le combat", relève Ronnawut Ruangsawat.

"On veut nettoyer ce sport, on espère que les autres salles de Thaïlande suivront", explique-t-il. Le but est aussi d'"accueillir plus d'étrangers pour faire découvrir notre trésor national".

Les paris ne vont pas disparaître pour autant, soulignent les professionnels du secteur.

"Ils vont continuer sur internet, ils font partie de l'ADN du Muay Thaï", la boxe thaïlandaise, commente Jade Sirisompan de la World Muay Thai Organization, une des principales fédérations internationales.

"Beaucoup de joueurs --dont de nombreux propriétaires de salles d'entraînement-- en vivent et peuvent empocher, les jours fastes, des milliers de dollars. Ils ne vont pas y renoncer".

- 100% féminin -

Le cataclysme vient aussi des femmes. Interdites de ring à Lumpinee pendant des décennies par respect des croyances les considérant comme impures à cause de leurs menstruations, elles sont désormais autorisées à combattre.

Un match expérimental a été organisé dans une arrière-salle en septembre mais la première rencontre 100% féminine a eu lieu le 13 novembre dans l'arène principale.

L’Australienne Celest Muriel Hansen, 27 ans et 28 victoires en 41 combats au compteur, éponge le sang sur son front après avoir été battue par Kullanat Ornok, une Thaïe de 21 ans.

"On est tellement fières d'avoir été les premières femmes ici. Cela fait des années qu'on se bat pour plus d'égalité", lance la boxeuse, qui cogne dans la catégorie des moins de 50 kilos.

Les temps sont difficiles depuis la pandémie.

"Je n'avais pas combattu depuis près d'un an. Avant, je gagnais une centaine de dollars par match, puis plus rien pendant des mois pour faire vivre ma famille", raconte Kullanat.

Privés de combats, des milliers de boxeurs professionnels ont regagné leur village.

Désoeuvrés, insuffisamment entraînés, oubliés par le gouvernement qui ne leur a versé aucune aide, nombre d'entre eux ne pourront jamais remonter sur un ring.

Parmi ceux restés ou de retour à Bangkok, beaucoup ont été obligés de prendre un petit boulot d'appoint comme Sitthichoke, devenu livreur pour la société Grab.

Il empochera mille dollars après sa victoire en cinq rounds à Lumpinee. Avant la pandémie, il pouvait engranger le triple.

"C'était étrange de combattre dans une arène vide. Ce n'est pas simple sans l'énergie de la foule", relève-t-il.

Et, même quand le public reviendra, rien ne sera plus jamais comme avant.

Jade Sirisompan regarde un match retransmis à la télévision et se sent nostalgique.

"On ne reconnaît rien, le temple du Muay Thaï est devenu une salle à grand spectacle. Il a perdu son âme".

mots clés de l'article : sport , santé , Thaïlande , virus , boxe , Pandémie

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