sports par Paris (AFP) , jeudi 15 octobre 2020 à 19:00

Droits TV : le foot français met en demeure Mediapro de payer

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Le foot français riposte face à Mediapro : la Ligue (LFP), contrainte jeudi à un nouvel emprunt pour pallier le retard de paiement du diffuseur principal de la L1, a mis le groupe sino-espagnol en demeure de payer, menaçant de se tourner vers d’autres diffuseurs.

C'est le directeur général exécutif de la LFP Arnaud Rouger qui conduit la contre-attaque, le jour d'une réunion d'urgence du Conseil d'administration de l'instance.

Dans un courrier adressé mercredi aux clubs et consulté par l'AFP, Arnaud Rouger annonce avoir "mis (Mediapro) en demeure de régler les échéances des 1er et 5 octobre".

Détenteur de la majeure partie des droits de la Ligue 1 et de la Ligue 2 sur la période 2020-2024 pour plus de 800 millions d'euros par an, Mediapro est en retard sur le paiement d'échéances dues début octobre, estimées par le quotidien L'Equipe à 172 M EUR.

Le patron de Mediapro, Jaume Roures, s'est engagé dans un bras de fer avec la Ligue, réclamant un délai de paiement - qui lui a été refusé - et une renégociation à la baisse des droits, que le groupe sino-espagnol exploite par le biais de sa nouvelle chaîne Téléfoot.

La LFP, qui s'était déjà endettée au printemps avec un prêt garanti par l'Etat de 224,5 M EUR pour compenser l'arrêt prématuré du Championnat pour cause de crise sanitaire et alimenter la trésorerie des clubs, va s'endetter une nouvelle fois avec un prêt qui était à l'ordre du jour jeudi du Conseil d'administration et doit être validé lundi prochain en assemblée générale.

Contactée, la LFP n'a pas donné suite aux sollicitations de l'AFP sur les modalités de ce prêt.

- "Un scandale" -

Selon la lettre d'Arnaud Rouger, la Ligue a "obtenu une offre de financement compétitive" et prévoit d'effectuer un premier versement aux clubs vendredi, puis un autre "dès la perception des fonds empruntés, probablement à la toute fin octobre".

L'échéance non payée par Mediapro devait en effet être reversée le 16 octobre aux clubs, dont les droits TV sont la principale source de revenus (36% pour la L1 en 2018-19 selon la DNCG, gendarme financier du foot français).

Faute de quoi certains risqueraient de ne pas pouvoir payer leurs joueurs dans les temps.

"Il y a évidemment un certain nombre de clubs qui peuvent se trouver en grande difficulté", a souligné le président lyonnais Jean-Michel Aulas mercredi, se disant "inquiet".

Et les doutes sur le sérieux financier de Mediapro ne cessent de grandir. La compagnie, qui avait 727 M EUR de dettes fin 2019, a vu la note de son propriétaire Joye Media dégradée par l'agence Moody's, à B3, ce qui correspond à un "haut risque" de non-remboursement ou de retard dans les remboursements de crédits.

Jeudi, l'entraîneur marseillais André Villas-Boas a dit n'avoir "jamais vu ça". "Moi aussi je rêve d'une maison de millionnaire à Beverly Hills, mais je ne fais pas de proposition de 20 millions. Si tu n'as pas d'argent, ne fais pas de proposition pour les droits du foot français, c'est un scandale", s'est emporté le Portugais.

Selon la lettre d'Arnaud Rouger, Mediapro a engagé auprès du tribunal de commerce de Nanterre une procédure de médiation, qui permet aux entreprises de négocier avec leurs créanciers.

- Réponse "inacceptable" -

La réponse de Mediapro dans cette procédure "a été totalement inacceptable au regard des incertitudes financières pour les clubs", détaille le directeur général exécutif.

"Soit une issue favorable est trouvée avec Mediapro, soit ce n'est pas le cas, et il faudra envisager la reprise du contrat par d'autres opérateurs", menace-t-il, tout en précisant avoir activé par ailleurs "la garantie donnée par la société mère du groupe Mediapro", le fonds chinois Orient Hontai Capital.

"La médiation en cours bloque le recours à la caution", a néanmoins précisé à l'AFP une source proche du dossier. "La LFP est en train de traverser ce que vivent beaucoup de TPE (très petites entreprises, ndlr) et de PME en France, avec un fournisseur qui ne paye pas."

Auquel cas les droits TV pourraient être remis aux enchères, avec le risque d'obtenir une enveloppe nettement plus faible de Canal+ ou beIN Sports, les autres diffuseurs majeurs en France.

Cela pourrait avoir des conséquences en cascade pour les clubs, qui ont déterminé leur masse salariale en fonction du contrat avec Mediapro et sont déjà fragilisés par l'assèchement, crise sanitaire oblige, des recettes de billetterie.

jta-ama-cto-emi-av/jed

mots clés de l'article : sport , foot , médias , télévision , L1 , FRA , L2

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