Après l’agression par un détenu radicalisé de deux surveillants en Métropole

"Ce type d’acte isolé peut arriver à La Réunion"

photos RB imazpress reunion

Ce mardi 5 mars 2019, un détenu radicalisé et sa compagne ont violemment poignardé deux surveillants de la prison de Condé-sur-Sarthe, en Métropole, les blessant grièvement. Les agresseurs se sont ensuite retranchés dans l’établissement durant plus de dix heures avant que le Raid ne lance l’assaut. La jeune femme est morte, le prisonnier a été interpellé. Un acte violent qui remet à l’ordre du jour la question de la sécurité et de la radicalisation en prison. La Réunion, aucun des trois établissements pénitentiaires n’a de quartier étanche destiné aux détenus radicalisés. Ce mercredi 6 mars, les surveillants pénitentiaires ont débrayé devant la maison d’arrêt de Saint-Pierre, le centre pénitentiaire de Domenjod et celui du Port pour dénoncer cette situation à haut risque, car, affirme Vincent Pardoux, responsable FO pénitentiaire "ce type d’acte isolé peut arriver à La Réunion" (photo d’illustration rb/www.ipreunion.com)

"La Réunion ne peut pas faire face à la radicalisation en prison"

Équipement inadapté, détenus radicalisés non isolés, une sécurité pas à la hauteur des risques. l’heure actuelle, pour le personnel pénitentiaire, aucune des trois prisons de l’île ne peut faire face au danger que représentent les détenus radicalisés. Ils seraient une trentaine derrière les barreaux dont une dizaine très suivis. Mais la surveillance est une chose, la sécurité en est une autre.

Pour Christian Noel, secrétaire départemental deFO pénitentiaire, il est nécessaire de mettre en place des quartiers étanches, des unités où les détenus radicalisés ne seraient pas en contact avec les autres prisonniers. Comme en métropole dans les prisons de haute sécurité. Ce qui permettrait de les isoler et qu’ils ne puissent pas faire de prosélytisme.

Le cas de Riad Ben Cheikh

Car pour le moment, les détenus radicalisés les plus dangereux sont en isolement mais ils ne peuvent pas y rester indéfiniment. C’est le cas de Riad Ben Cheikh, à l’isolement depuis son incarcération en aot dernier, il vient de revenir dans le droit commun, une décision prise par le Tribunal administratif récemment. L’homme condamné pour apologie du terrorisme est donc, de nouveau en contact avec les autres détenus au centre pénitentiaire de Domenjod.

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Non respect de la loi

Pour Alexandre Vissouvanadin, secrétaire général de UFAP-UNSA Justice, le fait que La Réunion n’ait pas de quartier d’évaluation de la radicalisation (QER) est un manquement grave au décret de janvier 2018 qui instauri le fait que tous les territoires d’Outre-mer en ait "la création de ces QER est nécessaire, l’administration nous mène en bateau depuis un an et joue la montre, pendant ce temps-là, nous prenons tous les risques." Le syndicaliste demande aussi des trappes passe-menottes pour équiper les détenus les plus violents de menottes avant de les accompagner d’un point A à un point B et surtout des gilets pare-lame "si notre collègue de la prison de Condé-sur-Sarthe en avait eu, il n’aurait pas été blessé au thorax". Une nécessité pour être en sécurité.

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Jérôme Lebeau, le djihadiste de Saint-Benoît toujours à La Réunion

Car la menace est réelle. Le profil de Jérôme Lebeau, qui s’était auto-radicalisé inquiète et il est actuellement détenu à La Réunion. Le jeune homme, déterminé, n’avait pas hésité à ouvrir le feu sur des hommes du GIPN le 27 avril 2017 à Saint-Benoît. Incarcéré en métropole, il est revenu dans l’île le temps de la reconstitution des faits. Sauf, qu’il n’est jamais retourné dans l’Hexagone, et son retour ne semble même pas envisagé. Pour Vincent Pardoux, secrétaire régional de FO-Pénitentiaire, ce genre de détenu représente un danger "ce qui est arrivé mardi en métropole n’est pas un acte isolé, cela pourrait se produire à La Réunion, on est à la merci de ces choses là" affirme-t-il, résigné.

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"Nous sommes la dernière roue du carrosse"

Le syndicaliste, comme ses collègues partagent le sentiment d’être laissé pour compte par son administration "la réaction de la ministre après l’agression de nos collègues est très parlante, c’est un cumul de maladresses, nos collègues, victimes, sont montrés du doigt alors même qu’ils sont encore hospitalisés" s’indigne Vincent Pardoux. Nicole Belloubet a présenté la prison de Condé-sur-Sarthe comme l'une des plus sécurisées de France "au vu de l'agression de nos collègues, on ne peut que s'inquiéter" termine le syndicaliste.

Si la logistique n’est pas au rendez-vous, un service de renseignements pénitentiaire plus structuré s’est crée l’année dernière. Tout est verrouillé, les informations sont transmises à la préfecture et au ministère de l’Intérieur sans passer par les surveillants.

Une mobilisation

Ce jeudi 7 mars, le personnel pénitentiaire a décidé de bloquer les prisons de Domenjod et de Saint-Pierre et de débrayer au Port pour dénoncer le manque d'effectif, d'équipement et de structure adaptés pour faire face au danger que représente cette trentaine de détenus radicalisés et surtout interpeller les autorités sur le manque de sécurité et les risques encourus dans l’exercice de leurs fonctions.

fh/www.ipreunion.com

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