Journée internationale des forêts

Urgence, il faut protéger la végétation de La Réunion

photo imaz press reunion

A l’occasion de la journée internationale des forêts le 21 mars 2019, l’Office nationale des forêts propose trois jours d’activités pour célébrer la nature et sensibiliser les participants sur l’action des forestiers et des associations, mais aussi sur l’importance de la protection de la biodiversité. L’île de La Réunion, terre riche d’espèces endémiques, reste la cible de nombreuses menaces environnementales et humaines, notamment au Maïdo, où les séquelles sont lourdes après les incendies de 2010 et 2011. (Photos rb/www.ipreunion.com)

Protéger nos forêts, " un combat permanent ", résume Paul Ferrand, le directeur adjoint du Parc national. Les mots sont justes : à l’heure du réchauffement climatique, et 8 ans après les incendies du Maïdo, que reste-t-il de la végétation réunionnaise ? L’île aux allures de paradis apparaît comme luxuriante aux yeux des visiteurs. Elle n’en est pas moins vulnérable. Derrière les palmiers de carte postale se cachent de véritables problèmes environnementaux, qu’il est urgent de traiter.

Plusieurs menaces pèsent au-dessus de l’île. La véritable épée de Damoclès, c’est bien la recrudescence des espèces envahissantes, qui gênent la repousse des arbres endémiques de notre île. " Si on ne fait rien, ce qui repousse ce sont justement ces espèces envahissantes ", explique Paul Ferrand. Il en va de même pour les invasions d’insectes comme les psylles, qui colonisent les Tamarins : " ils sucent les feuilles et font crever les arbres ". On en trouverait des centaines de milliers par arbre. " C’est un vrai sujet de préoccupation pour nous. Plusieurs zones sont menacées par ces insectes, comme la Forêt de Belouve. "

8 ans après, Le Maïdo peine à retrouver sa verdure

Il avait déjà été dit que la végétation du Maïdo ne serait plus jamais la même. Les deux incendies déclenchés par l’ancien caporal-chef Patrice Nirlo – condamné à 12 ans de réclusion criminelle en 2016 – ont marqué cette zone à tout jamais. Le Maïdo ne retrouvera un état correct que d’ici 40 à 50 ans, d’après les experts.

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" La forêt du Maïdo garde un aspect très abîmé, très dégradé ", estime Paul Ferrand. Le travail de restauration est colossal : il représente des centaines d’hectares. " Pour l’instant nous ne travaillons pas à un rythme suffisant. Nous devions remettre en état 14 hectares par an, pendant dix ans. Nous sommes à 5 hectares par an environ pour le moment."

L’incendie de 2011 notamment a détruit 2 800 hectares de forêt. Le Maïdo, qui veut dire " terre brlée " en malgache, n’a hélas jamais aussi bien porté son nom : des flammes de plusieurs dizaines de mètres ont dévasté la végétation. Un an après un premier incendie ravageur, ce deuxième feu a duré un mois, ne laissant pas à la forêt le temps de se reconstruire.

Des espèces menaçantes

Les équipes du Parc national ont tenté de sauver la flore endémique de l’ouest, face à la menace des espèces envahissantes. " L’ajonc d’Europe, appelé genêt en métropole, est un vrai problème dans la forêt du Maïdo ", explique Hermann Thomas, conseiller écologue pour le Parc national. " Il a été introduit en tant que plante fourragère sur l’île, mais elle est épineuse donc elle nécessite beaucoup de précautions. " L’acacia, introduit pour sa part pour la culture du géranium, est également une menace de taille. " Le feu a favorisé sa propagation : après un incendie, les graines de l’acacia germent mieux et prolifèrent. "

L’ONF liste également le goyavier, l’herbe sornette aussi appelée " piquant ", ou encore la vigne marrone. Autant d'espèces invasives qu'il est nécessaire de repousser. " Forcément, ça demande des moyens financiers et humains importants ", explique Paul Ferrand. " Il y a d'abord un travail d’arrachage, enlever une espèce demande aussi de traiter la zone avec des produits chimiques adaptés, puis il faut réimplanter une espèce endémique afin d’occuper l’espace et éviter que l’espèce envahissante revienne. "

C’est notamment le travail attendu sur la liane papillon, originaire du Sri Lanka. " Beaucoup de plantes ont été introduites à des buts décoratifs, ornementaux, elles ont remplacé petit à petit les espèces endémiques ", regrette Hermann Thomas.

Plusieurs opérations de plantations

A l’occasion de la journée internationale de la forêt, l’ONF propose entre autres une activité de plantation à La Providence, avec une classe de scolaires. Les plants en question : des " ruizia cordata ", espèce rare et menacée.

Cette logique de plantation, c'est également celle de la cellule " Live Forêt Sèche ", qui vise à défendre la biodiversité de La Réunion. Une première phrase de projet allant jusqu'en 2014 consistait à faire un état des lieux et dresser un plan d’action pour réintroduire 52 espèces, dont 13 protégées. 85 hectares de forêt ont déjà été restaurés, selon les coordinateurs du projet. Et 180 000 arbres ont été replantés à Grande Chaloupe, autour de Ravine à Malheur.

Des actions capitales car sur l’île, 239 espèces sont déclarées en danger, " une trentaine d’espèces végétales sont en voie d’extinction ", précise Hermann Thomas. " Prenez le bois de senteur blanc, par exemple, il n’y a plus que 5 arbres sur toute l’île. Et comme il s’agit d’une espèce endémique, ce sont les seuls individus qui existent au monde. " Glaçant.

L’impact du réchauffement climatique de plus en plus inquiétant

Pour le Parc national, les changements climatiques ont une influence non négligeable sur la biodiversité. Les cycles de floraison sont décalés et les pollinisateurs se font moins nombreux. Certaines espèces se montrent aussi moins compétitives, à savoir moins résistantes face à ces changements.

Comment faire alors pour se protéger des perturbations climatiques et des catastrophes naturelles ? " Une idée par exemple serait de prélever des échantillons des espèces en voie de disparition ", selon Hermann Thomas, " on pourrait ensuite les cultiver en arboretum, pour éviter l’influence d’éléments extérieurs, avant de les réintroduire dans la nature. "

Autant d'idées, malgré des moyens techniques et financiers encore insuffisants, qui pourraient renforcer la protection de l'habitat forestier. "Il faut à tout prix sensibiliser les gens", explique Aurélie Cornuejols, de la cellule Live Forêt Sèche. "C'est en continuant à en parler auprès du public et avec des actions de prévention que l'on peut aussi protéger nos forêts."

mm/www.ipreunion.com

mots clés de l'article : Actus Reunion

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