Une telle circulation de la dengue ne s’était pas vue depuis 1978

photo d’illustration IMAZ PRESS REUNION

Attention, la dengue continue de progresser sur l’île ! Ce mardi 13 mars 2018, la préfecture ainsi que l’Agence régionale de santé (ARS) ont annoncé le renforcement de la lutte anti-vectorielle. Et pour cause : en l’espace d’une semaine, 131 nouveaux cas ont été confirmés. Ce qui porte à 324 le nombre de cas autochtones signalés cette année. Si l’état d’épidémie n’a pas été décrété, c’est la première fois depuis la fin des années 1970 qu’autant de personnes sont touchés sur le département. En parallèle, l’IRD (Institut de recherche pour le développement) a indiqué que des méthodes innovantes de lutte contre le virus étaient en cours de traitement au sein de plusieurs laboratoires.

Depuis le début de l’année, La Réunion connaît une augmentation sporadique du nombre de cas de dengue : 324 personnes ont été touchées. En l’espace d’une semaine, ce sont 131 nouveaux cas qui ont été confirmés. Les chiffres ont de quoi donner le tournis, et pour cause. "En 2017, pour la première fois, le virus a circulé de manière persistante : on s’attendait à ce que pour le retour des beaux jours, on observe une augmentation des cas de dengue" indique Luce Menudier, épidémiologiste de cellule d’intervention en région de Santé Publique France. Une telle propagation ne s’était pas vue depuis la fin des années 1970, lors de la dernière épidémie d’ampleur. Un tiers du département avait alors été touché. Au delà, la dengue se concentre en "une petite circulation" avec une pointe de 228 cas en 2004. En 2017, ce sont 94 cas qui ont été recensés. Et depuis début 2018, la hausse ne cesse de se confirmer semaine après semaine.


Dengue à #LaReunion / Luce Menudier, épidémiologiste : "324 cas en 2018, 94 en 2017" pic.twitter.com/KdkrxoXElh
— Maëva Pausé (@maepause) 13 mars 2018


 


La dernière épidémie d’ampleur de dengue à #LaReunion date de 1977-1978 pic.twitter.com/yAzsbVQvrp
— Maëva Pausé (@maepause) 13 mars 2018


 

Une situation pré-épidémique

À ce stade, c’est encore le niveau 2B du dispositif Orsec de lutte contre les arboviroses qui est en cours. En d’autre termes, la circulation du virus connaît une intensification et risque d’évoluer vers une épidémie. Mais qu’est-ce qui a entraîné une telle propagation de la dengue cette année ? D’abord, les fortes pluies entrent évidemment en compte. Depuis le début de l’année, systèmes cycloniques et mauvaises conditions météorologiques s’enchaînent. De plus, ces épisodes sont entrecoupés de périodes de fortes chaleurs. Soit le cocktail parfait pour permettre la prolifération du moustique.


La préfecture mobilise les acteurs de lutte contre la #dengue à #LaReunion pic.twitter.com/0jtyzfCiwS
— Maëva Pausé (@maepause) 13 mars 2018


 

Quels sont les endroits les plus concernés ?

Les cas se répartissent dans des zones de circulation active connues, mais également de manière isolée dans de nouvelles zones. C’est l’Ouest qui est la région la plus touchée. Les quartiers concernés sont pour la plupart situés à Saint-Paul. Les communes de La Possession, du Port et de Saint-Leu connaissent aussi une circulation du virus. Du côté du Sud, ce sont les secteurs de Ravine Blanche et de Bois d’Olives où l’on recense une répartition de la maladie.

Le Groupement de lutte anti-vectorielle en renfort

Afin de lutter au mieux contre la dengue et d’éviter de passer au stade de l’épidémie, la préfecture ainsi que l’ARS se sont réunies afin de rappeler la nécessité d’une action collective et coordonnée. Le groupement de lutte anti-vectorielle est chargé de décider de la gestion de cette action. Créé en pleine épidémie de chikungunya, il a pour mission de faire dialoguer les différents partenaires de lutte contre les moustiques. En plus des 120 membres que compte actuellement l’équipe de lutte anti-vectorielle, 20 contractuels vont venir grossir les rangs.

D’un point de vue pragmatique, ce sont 40 pompiers du SDIS (Service départemental d’incendie et de secours) qui ont été appelés pour des opérations de sensibilisation et de traitement au sein des foyers de dengue identifiés sur Saint-Paul. Ils devraient se déployer en début de semaine prochaine. Leur présence est indispensable : les sapeurs-pompiers peuvent effectuer des démoustications sans agrément. La Croix-Rouge française a élement apporté sa contibution avec la mise à disposition dans les semaines à venir d’une vingtaine de bénévoles sur les communes de Saint-Paul et de Saint-Pierre.

Mais, selon François Maury, directeur de l’ARS, c’est avant tout au Réunionnais d’avoir les bons réflexes. "On ne peut pas être derrière chaque Réunionnais chaque jour" estime t-il. En rappelant les principes de base à observer : éviter les récipients gorgés d’eau tels que les soucoupes, pots, ou vases ainsi que les amas de déchets comme les encombrants et les déchets verts. Des comportements à risque qui favorisent la prolifération des moustiques et donc les risques de transmission de la dengue.

Des méthodes innovantes de lutte en développement

Ce mardi, l’IRD (Institut de recherche pour le développement) a fait part de sa mobilisation dans le domaine de la lutte anti-vectorielle à La Réunion : "Contrairement aux années antérieures, où le nombre de cas diminuait significativement à la fin du mois de décembre, des foyers de transmission de dengue se sont maintenus à l’ouest de l’Ile de La Réunion fin 2017. Ils laissaient craindre une crise épidémique majeure durant la saison pluvieuse, propice à l’augmentation de la densité des moustiques, vecteurs du virus"

"Cette prévision se confirme aujourd’hui, puisque la Cellule de l’Institut de veille sanitaire Océan Indien (CIRE) vient d’annoncer une phase d’alerte épidémique en mars 2018 et déclenché le niveau 2B du plan ORSEC de lutte contre les arboviroses" note encore l’institut. Dans ce contexte de récurrence, l’IRD précise que de nouvelles méthodes innovantes de lutte sont en cours de développement au sein de plusieurs laboratoires.

Avec notamment la "technique de l’insecte stérile (TIS) et de la Technique d’incompatibilité Cytoplasmique (TIC), qui reposent sur l’introduction de moustiques mâles rendus "stériles" (respectivement par irradiation aux rayons X et par la bactérie Wolbachia en laboratoire) dans les populations naturelles de moustique". Car avant la lutte, il y a aussi la prévention et l’anticipation. Deux stratégies qui gagneraient à être développées : selon les données de l’IRD, c’est un quart de la population mondiale qui est concerné par le risque d’épidémie de dengue.

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