Manifestations et violences urbaines

Un couvre feu au bout de quatre jours de paralysie

Photo RB/Imaz press Réunion

Les rues de Saint-Denis sont vides et presque toutes les places de parking sont inoccupées mardi 20 novembre. Une étrangeté pour ce centre ville qui frôle souvent le coma circulatoire en semaine. Le même calme est observé dans plusieurs communes. En place depuis samedi, les barrages routiers des gilets jaunes ont provoqué d’énormes embouteillages et les usagers de la route réduisent leur déplacement au maximum.

La désertification des rues et des routes est encore plus grande depuis samedi soir. Des bandes de jeunes organisent  des blocages  sur plusieurs grands axes réclamant aux automobilistes un droit de passage allant de 5 à 20 euros. Pour avoir refusé de payer des usagers de la route ont été agressés et dépouillés.

"Ces marmailles n’ont rien à voir avec notre mouvement. Ils rackettent les gens qui sont en train de demander à l’Etat une augmentation de leur pouvoir d’achat. C’est du n’importe quoi" s’insurge Jean-Jacques. Cinquantenaire employé du Bâtiment au chômage depuis deux ans, il a participé samedi et à un barrage filtrant des gilets jaunes au Port. Il a quitté les lieux "lorsque les marmailles ont commencé à insulter les automobilistes"

Devant une grande surface vandalisée au Moufia, un quartier de Saint-Denis, Marie Andrée, jeune mère de deux enfants, lance : "ces jeunes décrédibilisent le mouvement du 17 novembre. En plus ils brûlent des poubelles, des voitures de particuliers aussi défavorisés qui va payer ?"

Depuis samedi, des dizaines de véhicules ont été enflammés dans plusieurs villes. La plupart des poubelles ont été brûlées. Une quinzaine de commerces ont été pillés et parfois incendiés par des émeutiers parfois à peine âgés de 14 ans.

"Bien sûr on ne peut pas cautionner la violence et les dégradations sur les biens et les personnes, mais il faut aussi se poser les bonnes questions : dans certaines familles les grands-parents, les parents, les grands frères et les grandes sœurs n'ont jamais travaillé. Beaucoup sont en échec scolaire. Tous vivent des minima sociaux" énonce un syndicaliste sous couvert d’anonymat.

"Que des gamins de 12 ans issus de ces familles soient sur les barrages, c’était couru d’avance" analyse ensuite le syndicaliste. "Et puis il ne faut jamais oublier ces chiffres :  28% des actifs sont au chômage et que 42% de la population vit en dessous du seuil de pauvreté" ajoute-t-il

"C’est toute une réflexion sur le profond mal vivre de La Réunion qu’il faudrait mener. On s’apercevrait que le mouvement des gilets jaunes et celui des émeutiers ont la même source : le sentiment d’être abandonné, la volonté d’être entendus“ estime Laurent, 23 ans, titulaire d’un Master d’anglais et en recherche d’emploi.

Le préfet Amaury de Saint-Quentin, n’a pas fait de commentaire particulier à ce propos. Mardi après-midi il a décrété un couvre-feu de 21 heures à 6 heures pour 13 des 24 communes de l’île. "C’est une mesure forte, inédite. Elle me paraît adaptée à la situation, à cette menace que nous devons combattre" a-t-il commenté.

Le préfet a aussi déclaré vouloir travailler "avec les acteurs locaux pour que toutes les forces vives de l’île puissent résoudre cette crise dans les délais les plus brefs." Il a annoncé avoir "donné instruction aux forces de l’ordre de dégager systématiquement dans le calme et la mesure les grands axes de l’île."

De fait, les forces de l'ordre sont intervenus à plusieurs reprises ces deux derniers jours pour dégager des barrages et repousser les émeutiers. Plusieurs de ces derniers ont commencé à être jugés en comparution immédiate. Les peines prononcées vont jusqu’à deux ans de prison.

Mais mardi en début d’après midi 37 barrages étaient encore actifs sur les routes de l’île. Tous les établissements scolaires, des crèches à l’université sont fermés. A l’exception des services de l’Etat toutes les administrations locales ont gardé portes closes

La quasi totalité des événements culturels et sportifs sont annulés. L’aeroport international Roland Garros ferme à 18 heures (15 heures à Paris) obligeant les compagnies aériennes à revoir les horaires ou à annuler des vols.

La Réunion n’avait plus connu une telle tension depuis 1991. Cette année là la saisie par l’Etat des émetteurs de Télé Freedom, émettant sans autorisation, avait été le détonateur d’un mouvement de protestation qui a tourné à l’émeute. Huit personnes avaient alors trouvés la mort dans l’incendie d’un magasin de meuble Ndriana en cours de pillage et une jeune automobiliste s’était tuée après avoir perdu le contrôle de sa voiture à la suite d’un caillassage

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