Moins de manifestations, plus d’organisation

Un an après la naissance des Gilets jaunes, les irréductibles s’organisent autrement

photo RB imaz press Réunion

Ce dimanche 17 novembre 2019 marque le premier anniversaire du début des protestations qui ont secoué La Réunion pendant de nombreuses semaines. Il y a un an jour pour jour, le mouvement des Gilets jaunes réunionnais est né. La Réunion s’est embrasée sous la colère de la population, qui dénonçait le coût de la vie dans l’île, les monopole, le manque de transparence de la classe politique... Mais alors que les manifestations ont disparu, les irréductibles du mouvement eux, sont toujours là. Leur mode d’action a juste muté. (Photo d’illustration rb/www.ipreunion.com)

"Gilet jaune un jour, Gilet jaune toujours" plaisante Sergine, manifestante des premiers jours. Elle l'assure, les Gilets jaunes sont toujours là, même s'ils ne sont plus visibles. "On a simplement changer de mode de fonctionnement" explique-t-elle. Depuis un an, Sergine considère, comme la plupart des Gilets jaunes interrogés, qu'absolument rien n'a bougé. "Le pouvoir d'achat est toujours aussi faible, les prix sont toujours aussi élevés, s'ajoutent à ça la réforme des retraites, de la fonction publique…" liste-t-elle. Aujourd'hui, les manifestations se sont taries, et on ne voit plus de marées jaunes dans les quelques rassemblements qui ont rythmés cette rentrée. Il y a bien eu un regain d'élan lors de la visite d'Emmanuel Macron en octobre, mais le rassemblement a bien vite été dispersé par les forces de l'ordre. "On a bien remarqué que ça ne servait à rien de manifester dans la rue de toute façon" souligne Kévin, Gilet jaune de la première heure. "On ne va pas passer notre vie à défiler dans la rue" continue-t-il. Il est de toute façon de l'avis de Sergine : aujourd'hui, la mobilisation passe par autre chose que la manifestation. "La colère des premiers jours est passée, nous sommes plus structurés, avec un vrai projet" détaille Kévin. Des groupes de Gilets jaunes se penchent donc sur de nombreux dossiers épineux, comme celui de la leucose bovine, afin d'apporter leurs recherches et d'alerter la population, par exemple.

Les Azalées, dernier bastion visible des Gilets jaunes Du côté du rond-point des Azalées, au Tampon, dernier bastion d'irréductibles, une quinzaine de personnes habitent sur place. "Nous sommes la dernière base visible, mais nous sommes toujours beaucoup à faire partie du mouvement" assure Grégory. Celui-ci n'attend plus rien de la classe politique, qui a "instrumentalisé la lutte sans que rien ne change" explique-t-il. Pour lui, son combat passe aujourd'hui par un changement du mode de vie et de consommation des habitants. "Nous avons créé un système d'échange de biens et de services, on s'entraide, nous avons beaucoup de projets en tête" raconte-t-il. Et cela s'articule autour de trois axes : régler le problème de la vie chère (notamment via une réindexation de l'octroi de mer), l'instauration d'une démocratie participative (avec l'instauration de Référendum d'initiative citoyenne), et enfin une promotion de l'écologie. "Il faut que les Réunionnais se rendent compte qu'il est possible de vivre autrement, sans surconsommation" presse Grégory. Une idée partagée par Sergine, qui pointe du doigt le problème de surconsommation, notamment de produits mauvais pour la santé. "On achète ce qui est disponible en grande surface, sans faire attention à la qualité de ce qu'on mange… Alors certes ça coûte moins cher, mais quel impact pour notre santé ?" s'interroge Sergine.

Premiers pas en politique Des listes composées de Gilets jaunes font aussi leur apparition pour les municipales de 2020. A La Possession, Eric Ramalingom a annoncé sa candidature pour la mairie, avec une liste composée entre autres de Gilets jaunes, mais aussi de "citoyens engagés" et de déçus de la politique traditionnelle.

"Manifester, ce n'est pas la solution : si on veut changer les choses, c'est à travers la politique que l'on y arrivera" détaille le candidat possessionnais. "Ce sont les politiques qui décident pour la population, alors il faut intégrer la politique pour modifier le système de l'intérieur" continue-t-il. L'objectif pour lui s'il est élu : mettre en place les RIC à La Possesion, afin de créer une démocratie participative. "Il faut aussi avouer que bloquer l'économie, ce n'était pas forcément malin" plaisante Eric Ramalingom. Si se lancer en politique peut sembler curieux pour un groupe qui dénonce l'inaction des élus, les Gilets jaunes interrogés répondent finalement tous la même chose : c'est en intégrant le système qu'ils pourront le modifier. "Aujourd'hui, il faut faire de la politique citoyenne, et non de la politique politicienne" lance Kévin. "Les Réunionnais ont ouvert les yeux il y a un an, mais ce n'est pas en une année qu'on pourra déconstruire 70 ans d'aliénation" conclut Sergine. Pour célébrer son premier anniversaire, le mouvement a en tout cas quelques actions de prévues : dès dimanche matin, un rassemblement est organisé devant la préfecture de Saint-Denis, pour montrer que le mouvement est toujours là. Au rond-point des Azalées aussi, un rassemblement est organisé. Les manifestants présents devraient par ailleurs se rendre devant le CHU de Saint-Pierre pour montrer leur soutien aux personnels hospitaliers en grève. Puis, à 13 heures, un pique-nique géant est prévu. Peut-être l'occasion de prendre le pouls de ce mouvement, bien silencieux aujourd'hui.

as / www.ipreunion.com

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