Derniers chiffres de la délinquance

Six femmes sont victimes chaque jour de violences conjugales à La Réunion

photo Imaz Press

Si le nombre de cambriolages et de morts sur les routes diminue, là où le décompte de la préfecture est moins bon c’est sur les violences conjugales. Au 1er octobre on compte 1.670 affaires contre 1.513 l’année dernière, soit une augmentation de 10%. Premières victimes : les femmes. Elles sont en moyenne 185 par mois, soit 6 par jours. "Un vrai fléau" estime le préfet de La Réunion Jacques Billant, qui place la lutte contre les violences conjugales en tête des grandes priorités dans la lutte contre la délinquance. (Photo d’illustration rb/www.ipreunion.com)

Quand on constate que le nombre de violences conjugales augmente de 10%, cela ne présage rien de bon. Et les femmes sont les premières victimes, elles étaient au nombre de 1363 l'année dernière et passent à 1492 cette année. "Cela revient à 185 victimes par mois en moyenne, soit 6 par jour", résume Jacques Billant. On estime également que dans les affaires de violences conjugales, 89% des victimes sont des femmes.

Contrairement à l'Hexagone, La Réunion ne dénombre pas de meurtre cette année lié à des violences conjugales. Sur le plan des violences intrafamiliales par contre, on ne peut pas oublier le terrible drame à la Rivière des galets. Un homme a tué ses trois jeunes fils le 24 mars dernier. Un triple meurtre prémédité car le père avait appelé la mère, dont il était séparé, et l'avait prévenue qu'il allait tuer ses enfants.

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Mais pour le préfet, cela n'est pas nécessairement synonyme de mauvaise nouvelle. "Si on dénombre davantage d'affaires de violences conjugales, cela signifie également que le nombre de dépôts de plainte augmente." En effet le constat est là, et il ne concerne pas que La Réunion, il existe bien plus de violences que de plaintes. Notamment sur l'île, où le sujet reste extrêmement tabou.

Les trois quarts des victimes ne portent pas plainte

"Il y a un chiffre noir très important, on estime qu'environ trois quarts des victimes de violences n'osent pas porter plainte", confirme le procureur de Saint-Denis, Eric Tuffery. Selon lui, le travail sur l'île a commencé depuis longtemps, notamment sur le plan de la formation des gendarmes et des policiers. "Il faut que ce nombre continue à augmenter pour qu'il se rapproche du nombre de faits."

Dans les couloirs des tribunaux, les violences conjugales sont omniprésentes. "Il n'y a pas une semaine sans que l'on voit passer une affaire de ce genre" explique Eric Tuffery. C'est également ce qu'observe Caroline Calbo, procureure de Saint-Pierre : "Lors de ma dernière permanence, il y avait 8 gardes à vue. Parmi elles, deux pour danger sur la route, dont une impliquant de l'alcool. Quatre autres étaient des affaires de violences conjugales, et les deux dernières des agressions sexuelles ou des viols." Un tableau représentatif selon elle de ce que l'on observe habituellement au tribunal...

Vers un meilleur accompagnement

Aujourd'hui, les autorités affirment en avoir conscience. "Il faut un meilleur accompagnement pour que ces femmes victimes gagnent en confiance et se rendent en gendarmerie ou au poste de police pour dénoncer ces violences" explique le préfet. Une démarche qui reste souvent compliquée. "Encore aujourd'hui on a tendance à faire culpabiliser les femmes qui vont porter plainte, il faut arrêter cela" estime le procureur général près de la Cour d'appel de Saint-Denis, Denis Chausserie-Laprée.

Cette écoute bienveillante est renforcée par le nombre d'intervenants sociaux en commissariat et en gendarmerie. Lors de sa dernière visite sur l'île, la ministre des Outre-mer Annick Girardin s'était rendue à Saint-Benoît pour aborder la question des violences faites aux femmes. Aux côtés du Département, elle avait annoncé la mise en place de quatre nouvelles assistantes sociales pour l'accueil des femmes victimes, au lieu des deux initialement prévues. Ainsi le nombre des intervenantes passe de quatre à huit. "Une décision déjà mise en place", assure le préfet.

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"Quand une femme se déplace pour dénoncer ce type de faits, il faut l'accompagner au mieux. On peut aussi l'héberger, la protéger. C'est très douloureux pour ces femmes de faire la démarche de porter plainte", ajoute Eric Tuffery. "Si le mot 'plainte' fait peur, elle peut simplement venir signaler les agissements de son conjoint, afin que les forces de l'ordre soient au courant." C'est également l'avis de Denis Chausserie-Laprée : "Il faut bien savoir qu'il n'est pas nécessaire que la femme dépose une plainte pour qu'il y ait une enquête... un signalement peut suffire, afin d'alerter les gendarmes ou les policiers."

Pour les épauler, il ne faut pas négliger le poids des associations, qui assurent aussi des permanences au côté des brigades pour conseiller ces femmes victimes.

L'alcool, fléau du fléau

Trois grandes priorités animent le préfet dans sa lutte contre la délinquance : lutte contre les cambriolages, les violences routières et les violences conjugales. A chaque fois, un même constat : l'alcool est omniprésent. "Il est présent dans 80% des cas de violences intrafamiliales" estime Jacques Billant.

Pour Eric Tuffery, il faut également "lutter contre les promotions permanentes sur l'alcool dans les magasins." Il ne faut pas oublier que l'alcool "détruit des couples, des familles, détruit des vies." La préfecture y travaille, avec la modification de l'arrêté départemental régissant le débit de boissons, ainsi que l'augmentation des contrôles d'alcoolémie. Un nouveau plan de lutte est également en réflexion, il devrait être finalisé d'ici la fin de l'année.

mm / www.ipreunion.com / redac@ipreunion.com

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