Réunion par Imaz Press, vendredi 8 mars 2024 à 14:11

Résisterons-ils à de fortes rafales ? : Logements neufs : des millions d’euros pour construire et un coup de vent pour tout endommager

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Lorsque Belal s’est abattu sur La Réunion le 15 janvier dernier, nombreux sont les Réunionnais à avoir vu leurs toits s’envoler, leurs baies vitrées se briser, leur maison être inondée. À l’avenir, des phénomènes de ce type et encore plus violents sont appelés à se multiplier. Face à de telles prévisions et face aux dégâts déjà causés par le cyclone Belal, il est légitime de s’interroger sur la capacité de nos constructions à résister à des vents violents (Photo sly/www.imazpress.com)

Belal passe et à Sainte-Marie, le toit d'une résidence sénior s'envole. Au Port, un coup de vent et les habitants d'une résidence se retrouvent inondés et avec une baie vitrée en moins. Dans des logements neufs (privés comme sociaux), des vents violents et des pluies diluviennes et les murs sont trempés…

Des exemples comme ceux-ci, de nombreux Réunionnais peuvent en raconter.

Les élus de La Réunion ont été d'ailleurs plusieurs à soulever ce problème.

Céline Sitouze, vice-présidente du Conseil régional le dit, "revenez en arrière dans les anciennes résidences, on n'a pas ou peu de problèmes".

"On a vraiment un problème de normes à La Réunion. On applique les normes européennes mais qui ne correspondent pas à notre territoire", dit-elle.

"Je ne suis pas technicienne mais on voit des constructions sortir en quelques mois", note la vice-présidente de Région. "Je pense qu'il y a une pression mise sur le constructeur qui est importante pour avoir un produit fini rapidement et moins vous prenez de temps, plus vite vous rentrez l'argent et donc il y a de la négligence et des mauvaises conditions de logement pour nos habitants", s'indigne Céline Sitouze. Écoutez.

Le député Frédéric Maillot, présent lors de l'état des lieux des dégâts de la résidence Karavel à Sainte-Marie a lui aussi haussé le ton. "J'ai vécu 37 ans dans un logement de la SIDR construit dans les années 60 et c'est très solide. Et ici, même si je ne suis pas manuel, j'ai vu des malfaçons criantes."

"Qui contrôle la sécurité et surtout la qualité des logements ?", se questionne-t-il.

À La Réunion, selon la Confédération nationale du logement (CNL), 146 immeubles neufs sont en situation d'indécence que cela soit dans les parties communes ou dans les logements. "La situation est grave", alerte Erick Fontaine, administrateur de la CNL. "La Réunion est le seul département de France où on a autant de dégradation dans des logements neufs." Écoutez.

L'administrateur craint d'ailleurs qu'un jour – alors que les phénomènes météorologiques vont s'accentuer, "qu'un immeuble ne s'effondre".

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- Les logements neufs sont-ils construits comme des châteaux de cartes ? -

Mais alors, comment expliquer que ces bâtis aient l'air moins résistants ? Comment expliquer qu'un toit d'une résidence livrée en octobre 2023 s'envole ? "Ce n'est pas logique avec des vents à 150km/h", confirme Frédéric Souverain, directeur de la gestion locative à la Semader.

"Ça nous interpelle, ces difficultés sur les résidences neuves et c'est pour cela que notre objectif c'est d'être plus présent sur les chantiers et travailler main dans la main avec les promoteurs" assure-t-il. "On ne doit plus voir ce genre d'incident."

Auparavant, "la Semader sélectionnait les entreprises mais aujourd'hui on est sur des VEFA (vente en l'état futur d'achèvement)", explique Frédéric Souverain. "La difficulté du VEFA, c'est que juridiquement on n'est pas légitime à venir contrôler les travaux pendant car nous ne sommes pas propriétaires du bâtiment." Écoutez.

En effet, la chaîne de contrôle d'un bâtiment est multiple. La qualité est exigée par le maître d'ouvrage et pour cela il s'entoure d'un bureau de contrôle qui confie les travaux à des entreprises. Le premier garant qualité est donc le chef d'entreprise, qui va déléguer. L'architecte vient ensuite vérifier. À la fin, le contrôleur technique fait un rapport et vérifie les notes de calcul.

Les bailleurs intervenants ensuite, dès lors qu'ils deviennent propriétaires.

"L'évolution rapide du secteur de la construction à La Réunion, marquée par une intensification notable des projets au cours des vingt dernières années, nous a confronté à de nouveaux défis", précise la SHLMR.

"Cette accélération, couplée à une sophistication accrue des bâtiments - tels que bardages, brise-soleils, systèmes solaires thermiques –, a inévitablement conduit à une recrudescence des imperfections observées sur les constructions récentes. Ces complexités additionnelles, bien que visant à améliorer la qualité de vie des habitants, augmentent les risques d'erreurs durant la mise en œuvre", ajoute le bailleur.

"Cette situation reflète les défis auxquels est confronté le secteur du BTP local, tiraillé entre le besoin d'accélérer les livraisons et la nécessité d'assimiler des méthodes de construction de plus en plus complexes. La mise à niveau des compétences dans le secteur est donc une priorité, afin d'assurer une qualité des ouvrages sans compromettre la cadence de production", poursuit la SHLMR.

"Malgré nos efforts constants pour superviser et valider la qualité des travaux à chaque étape, certains détails peuvent nous échapper, d'où l'importance cruciale de renforcer les mécanismes internes aux entreprises de construction. En effet, l'efficacité et le renforcement de l'auto-contrôle par les entreprises de construction est essentielle."

"Aussi nous tenons à rappeler que lors des derniers épisodes cycloniques, les bâtiments de la SHLMR n’ont subi aucun dégâts majeurs qui puissent mettre en cause la sécurité des locataires ou la sécurité structurelle de la construction."

Si les bailleurs n'excluent pas l'existence de problèmes dans les logements, "la plupart sont des problèmes d’humidité souvent dus à des infiltrations. En effet, tous les bâtiments à La Réunion sont soumis à des conditions climatiques extrêmes, avec notamment des pluies très intenses rabattues par des vents puissants en été. La seconde cause peut provenir de malfaçons de conception ou d’exécution durant les travaux, par exemple une fuite dans une salle d’eau qui impacte un voisin"., indique l'Association régionale des maîtres d'ouvrage sociaux et aménageurs de l'Océan Indien (Armos) qui regroupe les sept promoteurs sociaux de La Réunion.

"Contrairement à une idée reçue, il n’est en aucun cas de l’intérêt des bailleurs de réaliser des investissements au rabais, ce qui impacterait la durabilité et la valeur marchande et locative de leur patrimoine", poursuit l'association des bailleurs de La Réunion.

"Ainsi les bailleurs sont dépendants de la qualité de conception et d’exécution des bâtiments qu’ils commandent."

À La Réunion, chaque année, les bailleurs investissent 160 millions d'euros dans l’entretien du parc social.

"Grâce à l’accélération des investissements, les réhabilitations s’établissaient en moyenne 400 logements par an depuis une dizaine d’années", souligne l'Association régionale des maîtres d'ouvrage sociaux et aménageurs de l'Océan Indien (Armos).

En 2022 et 2023, ce sont ainsi plus de 1.500 logements par an, tous bailleurs confondus, qui auront été remis à neuf.

- 90% des sinistres sont pour des infiltrations d'eau -

Si ces logements impactés concernent en majorité des bâtiments appartenant à des bailleurs sociaux, cela concerne également les résidences privées.

Dans ce cas, comment fonctionnent les assurances ?

Pour Dominique Robert, agent général Allianz Réunion UFA Assurances, "quand il y a un cyclone il y a la notion de catastrophe naturelle, alors dans le décret spécifique il est noté ce que l'assurance va prendre en charge".

En guise d'exemple, sur le cyclone Belal, les deux phénomènes pris en charge ont été les coulées de boue et la houle.

Mais "si on regarde les dégâts causés par Belal, il y a eu énormément d'infiltrations", précise Dominique Robert. Pour La Réunion, 45.000 déclarations tout assureur confondu ont été déposées dont 90% pour infiltrations d'eau. "Sauf que ce risque-là n'est pas pris en charge dans le cadre de la catastrophe naturelle et souvent les assurés pensent être protégés."

Dans ce cas-là, "si la personne est assurée par la garantie cyclone elle est mieux couverte", même si moins bien que "si cela était pris dans le cadre de la catastrophe naturelle".

Si aujourd'hui, nombreux sont ceux qui ont souscrit ces contrats, "il y a une limite dans le montant".

D'autant que le prix de l'assurance augmente. "Depuis deux ou trois ans ont a vu les tarifs des assurances augmenter et cela est lié aux phénomènes climatiques puisque la prise en charge est plus élevée", précise l'agent général Allianz Réunion UFA Assurances.

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- Quelles normes de construction à La Réunion ? -

Pour construire un bâtiment, un certain nombre de règles générales sont à respecter, portant sur l'accessibilité, la sécurité incendie, l'aération, le thermique, l'acoustique, ou la sismicité. Ces règles sont issues du code de la construction et de l'habitat, et de dispositifs normatifs au niveau européen.

Ce code impose que "les bâtiments exposés à un risque de cyclone prévisible préservent la sécurité des personnes présentes dans les bâtiments. La conception et la construction des bâtiments limitent les dommages qu'ils encourent en cas d'épisode cyclonique", explique la préfecture.

"À ce titre, les architectes doivent prendre en compte le risque cyclonique lors de la construction des bâtiments dans les territoires ultra-marins. En effet, une bonne conception des bâtiments permet de réduire significativement l’impact des cyclones : l’exposition du bâti au vent, sa compacité, sa hauteur et la forme de sa toiture sont autant de paramètres sur lesquels se pencher pour diminuer les sollicitations exercées sur les constructions lors d’un évènement cyclonique", ajoutent les services de l'État.

Suite au cyclone Irma, aux Antilles en 2017, le gouvernement a souhaité préciser ces dispositions générales en publiant un décret en 2023 (n°2023-1087 du 23 novembre 2023) imposant une réglementation spécifique para-cyclonique pour la conception et la construction des bâtiments exposés à ce risque.

Pour être opérationnel, ce décret doit être transcrit dans des arrêtés ministériels dans chaque territoire concerné. "Celui pour La Réunion va être rédigé en concertation avec les acteurs du territoire, en étant attentif aux enjeux économiques liés aux coûts de la construction dans notre île", poursuit la préfecture.

- La Réunion pas prête pour des rafales à plus de 300km/h -

Il est tout de même urgent d'agir. En novembre 2023, le préfet de La Réunion a réuni un Zonex avec, comme éventualité, l'arrivée d'un cyclone sur l'île avec des rafales de vent de 288 km/h.

Sur l’île, les normes anticycloniques en vigueur prévoient des constructions capables de résister à des rafales de vent de 250 km/h. En ce qui concerne les établissements publics, ce plafond s’élève à 288 km/h. Le plan de prévention des risques (PRR) édicte une implantation des constructions en dehors des zones sensibles, à l’image des bordures de littoral ou d’endroits exposés aux crues ou aux glissements de terrain.

"Irma nous montre qu’on doit prendre en compte des vents plus importants" a indiqué François Payet, architecte et porte-parole de l’association ATR-FNAUT, qui a en tête les rafales à 360 km/h qu’a entraîné le phénomène. Catégorique, il juge que "la quasi-totalité du parc de La Réunion risque d’être en grave difficulté si un cyclone de type Irma passe".

Chez le bailleur social de la SIDR, le directeur de la maîtrise d’ouvrage reste nuancé. "Tous les bâtiments neufs sont dimensionnés avec un vent de 288 km/h. Avec un vent de 350 km/h, il pourrait forcément y avoir des dégâts" estime-t-il.

Si l’hypothèse d’un Irma visitant nos côtes venait à se confirmer dans le futur, la question du degré de vulnérabilité des bâtis de l’île devrait vraiment nous inquiéter.

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ma.m/www.imazpress.com/redac@ipreunion.com

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