La galère des transports en commun

Vous êtes mal desservis par les bus : passez votre permis et achetez une voiture !

Car Jaune photo RB imazpress

La Réunion est depuis toujours confrontée à un problème de taille : les transports en commun. Tout le monde le sait, se déplacer en bus est un véritable parcours du combattant, que ce soit au niveau du respect des horaires, des liaisons à prendre, ou bien même pour avoir la certitude que son bus passera bien. Et plus le Réunionnais habite dans les hauts, plus il aura de difficultés à se déplacer. (Photo d’illustration rb/www.ipreunion.com)

L'île est fractionnée en plusieurs intercommunalité, qui gèrent chacune son réseau de bus : Citalis pour la Cinor, Kar'Ouest pour le TCO, Alternéo pour la CIVIS et Estival pour la Cirest. La Région gère de son côté les Cars jaunes, qui couvrent toute l'île. Et on peut dire que les services proposés par ces différentes compagnies possèdent toutes leur part de tord dans la mauvaise desserte que subit notre île. • Peu de transports pour les hauts Le premier constat est flagrant : plus on habite dans les hauteurs, plus la régularité des bus se fait rare. Que ce soit à Saint-Denis, où le dernier bus pour la Montagne se fait aux alentours de 19 heures, à Saint-André, Saint-Louis ou Saint-Gilles, où certaines lignes ne voient qu'un bus par heure passer : plus on est haut, moins on est desservi. Une situation dont les responsables des transports de chacun intercommunalité ont bien conscience. "Le problème, c'est que la régularité des lignes se fait en fonction de la fréquentation d'un même arrêt : moins il y a de personnes qui empruntent la ligne, moins il y aura des bus pour desservir cette ligne" expliquent-ils tous. L'argument financier est le premier avancé. Il est vrai qu'il semble logique d'investir sur des lignes de bus surexploitées – qui concernent généralement le littoral. Mais il semble tout aussi injuste de pénaliser la population ayant décidé de ne pas vivre en centre-ville. Car ces personnes se retrouvent avec des options plutôt limitées : se cantonner aux rares horaires disponibles dans la journée, avoir une voiture, ou rester chez soi. Gardons en tête que chacun n'a pas les moyens d'avoir sa voiture : une personne en situation de précarité, mineure, ou même en situation de handicap, ne pourra pas avoir son propre véhicule. • Pas de transports la nuit La quasi inexistence des transports de nuit – ou même simplement de soirée – est elle aussi frappante. Aujourd'hui, seule la Civis propose un service de nuit, qui nécessite par ailleurs une réservation maximum 24 heures à l'avance et un abonnement sur le réseau de bus. Ce n'est pas grand-chose, mais c'est déjà ça. "Nous sommes les seuls à proposer un service de ce type" souligne par ailleurs la direction des transports de la Civis. D'ici quelques années, si le projet de tram TAO de la Cinor se concrétise, c'est jusqu'à 1 heures du matin que l'on pourra se déplacer. A noter que cela serait déjà le cas si le projet de tram-train n'avait pas été annulé… • Des budgets inégaux entre intercommunalités Ces écarts d'offres peuvent aussi s'expliquer par les budgets alloués au développement des transports dans chaque intercommunalité. Aujourd'hui, la Civis investit 22 millions d'euros, soit 40% de son budget, dans les transports. A la Cinor, c'est un tiers du budget annuel qui leur est consacré, avec 32,3 millions d'euros alloués à Citalis en 2018. A la Cirest, ce sont 7,4 millions d'euros sur 100 millions du budget total, soit 7,4% au total… Au TCO, 23 millions d'euros sont injectés dans le réseau Kar'Ouest, sur un budget total de 151,84 millions d'euros annuels. • Un retard technologique Chaque intercommunalité se défend de faire le maximum pour améliorer l'expérience des usagers. Depuis quelques temps, des "QR codes" sont disponibles aux arrêts de bus de certaines compagnies. Avec son smartphone, il est maintenant possible de savoir dans combien de temps exactement arrivera son bus, grâce à un système installé dans les véhicules pour suivre en temps réel le trajet de ces derniers. Mais quand on aborde la question d'éventuels panneaux numériques, comme cela existe depuis une quinzaine d'années en métropole, les réponses divergent. "Nous allons bientôt faire un test à Saint-André" indique-t-on du côté de la Cirest. Chez Kar'Ouest, les QR codes font à peine leur apparition. "Une application devrait bientôt voir le jour, car il faut avancer avec son temps et améliorer la communication avec la clientèle" indique-t-on par ailleurs du côté du TCO. A la Cinor, pas de panneaux ou de QR codes. Certains panneaux sont visibles dans le centre-ville de Saint-Denis, mais ils semblent aux abonnés "en panne" depuis toujours. Difficile déjà de trouver un bus où l'écran numérique indiquant les arrêts à venir fonctionne parfaitement. • Des retards récurrents et des bus surchargés S'ajoutent à ce manque de communication des retards à répétition, voire des bus qui ne passent jamais à l'arrêt. "Les embouteillages sont récurrents et indépendants de notre volonté, mais nous travaillons actuellement à la création de couloirs de bus pour endiguer le phénomène" précisent la Cirest et le TCO. A Saint-Denis, ces couloirs existent déjà aujourd'hui, sans pour autant garantir une ponctualité sans défaut. Certains arrêts ne sont d'ailleurs pas desservis le dimanche, pour une raison toujours de fréquentation. D'autres lignes, elles souffrent d'une surfréquentation. "Certaines lignes sont saturées, nous en sommes conscients, tandis que d'autres lignes sont elles en sous-charge, il existe un réel déséquilibre entre les lignes" admet la Cinor. Chez Kar'Ouest aussi, on admet que les bus ne sont pas toujours adaptés. "Beaucoup de petits bus circulent sur le TCO, mais nous remplaçons petit à petit la flotte par des grands bus, car certaines personnes ne pouvaient pas monter à bord des petits et devaient attendre le bus suivant" explique-t-on au TCO. A noter qu'avec l'augmentation de la taille des bus, certains arrêts verront la fréquence de desserte diminuer… Même son de cloche à la Cirest, qui indique qu'à elle seule, la ligne 1 supporte 30% des usagers du territoire – soit 1,7 millions de personnes par an. "D'autres lignes sont totalement délaissées, c'est pourquoi on n'augmente pas la fréquence" précisent-ils. Pour les Cars jaunes, les mêmes problématiques sont relevées par les usagers : retards fréquents, surcharges des cars qui n'acceptent donc pas de voyageurs en plus, mauvaises expériences avec les contrôleurs de la société…

Rappelez-vous, en 2010 le conseil Régional promettait que 2000 bus viendraient renforcer la flotte des autocars pour améliorer l'offre. Contactée ce lundi 4 novembre 2019 pour savoir ce qu'il en est de cette engagement à ce jour non tenu, la Région n'a pas donné suite à notre demande d'interview.

as / www.ipreunion.com / redac@ipreunion.com

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