Clara et Raymonde, mères de deux enfants

PMA pour toutes : "nos familles existent déjà"

AFP/Archives - LIONEL BONAVENTURE

Ce mardi 24 septembre 2019 s’est ouvert le débat sur la bioéthique à l’Assemblée nationale. Parmi les nombreux sujets abordés, l’ouverture à la PMA (procréation médicalement assistée) à toutes les femmes, célibataires et homosexuelles. Le sujet enflamme le débat, mais en réalité, les familles homoparentales avec des enfants issus de PMA existent déjà depuis de très nombreuses années. L’inscription de la PMA pour toutes dans la loi ne ferait que faciliter les démarches de ces couples qui n’ont pas attendu la loi pour former leur famille. C’est le cas de Clara, 44 ans, et Raymonde, 45 ans, en couple depuis 15 ans et mères ensemble de deux enfants.

Et pour pouvoir former cette famille, ce sont des années d'attente, de grosses sommes d'argents dépensées, des milliers de kilomètres parcourus et beaucoup de patience que le couple, aujourd'hui pacsé, a dû affronter. "Avoir un enfant par PMA, ce n'est pas quelque chose qui se fait sur un coup de tête : c'est un enfant qu'on désire de tout notre cœur, le projet est mûrement réfléchi, c'est un projet de vie" raconte Clara. Alors il y a douze ans, elle et sa compagne, Raymonde, se sont envolées pour la Belgique, où la PMA pour toutes est déjà autorisée.

"Après notre premier rendez-vous, nous avons patienté deux ans avant d'y retourner. C'est là que Raymonde a reçu une insémination artificielle" continue-t-elle. Les deux femmes ont été chanceuses : la fécondation a réussi, alors qu'il n'y a que 20% de chance que cela réussisse du premier coup. Neuf mois plus tard, le 24 décembre 2009, Maël naissait. "Un joli cadeau de Noël et d'anniversaire" plaisantent-t-elles.

Des mots simples pour expliquer ses origines

Aujourd'hui, Maël a dix ans, et sait parfaitement d'où il vient. "On a mis un point d'honneur à lui dire toute la vérité, il n'y a jamais eu de tabou. Ça n'a rien de difficile à comprendre quand on utilise des mots simples" expliquent les deux mamans. La seule différence, est que l'une se fait appeler maman, et l'autre mamoune.

"Il est arrivé que des camarades de classe lui fasse des remarques, mais il leur explique calmement, et s'ils ne comprennent pas, Maël revient à la maison et nous dit qu'ils sont vraiment bêtes à ne pas comprendre quelque chose d'aussi simple" raconte Clara en riant.

Il y a deux mois, Raymonde a mis au monde leur deuxième enfant, Méo. "Cette fois, nous sommes allées à Alicante, en Espagne, pour faire une fécondation in-vitro (FIV)" explique Clara. Un entretien en vidéo-conférence avec traducteur et un trajet de 9 000 kilomètres plus tard, et Raymonde est enceinte.

"On a eu beaucoup de chance encore une fois, rien ne garantit que ça marche du premier coup, explique-t-elle. Et pour le coup, le prix est multiplié par vingt en comparaison à l'insémination artificielle…" Avoir un enfant par PMA quand on est une femme seule ou homosexuelle, c'est un investissement en temps, mais aussi en argent. "Ce n'est pas normal que certaines femmes soient privées de ce droit parce qu'elles ne sont pas en couple avec un homme".

L'adoption, oui, mais seulement s'il y a mariage

Le quotidien de la famille est comme celui de toutes les autres : l'école, le travail, les petits bobos, les rendez-vous chez le médecin… "La vie n'est pas un long fleuve tranquille, mais ça n'a rien à voir avec l'homoparentalité" résume les deux femmes.

Administrativement, elles n'ont jamais rencontré de problèmes. A l'école, à la crèche, chez le médecin, tous comprennent que Clara est la maman de Maël et Méo au même titre que Raymonde. Mais sur le papier, Clara n'est pas reconnue. En cas de drame, légalement, Clara n'aurait pas de droit sur ses enfants. Elle a par contre la chance d'avoir une famille qui les soutient, et qui ne la séparerait pas de ses enfants.

"Je pourrais les adopter, mais aujourd'hui, il faudrait obligatoirement que je me marie ! Ce n'est pas normale, j'élève mes deux enfants au même titre que ma compagne" dénonce Clara. Elle souligne d'ailleurs des incohérences, notamment au niveau des différentes allocations versées par la Caf (caisse d'allocations familiales) et la CGSS (caisse générale de sécurité sociale). "C'est mon nom qui apparaît avec ma compagne et mes enfants, c'est mon numéro d'allocataire, pareil pour les impôts, et pourtant sur le papier je ne suis pas parent" lance-t-elle.

Reconnaître des familles qui existent déjà

Aujourd'hui, les deux femmes attendent le vote de la loi pour finalement pouvoir faire reconnaître le statut de mère de Clara. "Nos familles existent déjà, nous n'avons pas attendu la loi en France pour le faire, et nous sommes très loin d'être les seules !" dénoncent-elles. "Il est temps qu'on reconnaisse nos familles, la société évolue, et nous sommes des personnes comme tout le monde. Un enfant a besoin d'amour, qu'on s'occupe de lui… Ce que nous faisons, comme n'importe quel parent" continue le couple.

Elles dénoncent l'hypocrisie de vouloir refuser la PMA aux femmes célibataires. "Combien de pères ont quitté leur compagne et leurs enfants, et ne sont finalement que des géniteurs ? Le cadre hétérosexuel ne garantit pas une famille avec papa maman comme les opposants peuvent prôner, et pourtant ces mères célibataires arrivent tout à fait à élever des marmailles heureux et équilibrés !" s'exclame Clara.

Le projet de loi sera discuté pendant environ trois semaines, avant d'être voté officiellement le 9 octobre. Une loi qui sécuriserait le futur des nombreuses familles homoparentales ayant eu recours à une PMA à l'étranger. as / www.ipreunion.com

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