Selon des journalistes du Sri Lanka au moins huit bateaux ont tenté la traversée

Migrants "ils voyagent d’abord sur de gros chalutiers et ensuite sur des petits bateaux"

photo RB imaz Press Réunion

Bateaux retenus à quai par les autorités, plaintes pour vols déposés par leurs propriétaires, passeurs et candidats à l’immigration arrêtés... Les enquêtes menées au Sri Lanka sur les filières qui organisent un fructueux trafic d’êtres humains vers La Réunion semblent aboutir. Pourtant, plusieurs questions demeurent et les hypothèses soulevées laissent supposer une organisation bien rodée et des dispositifs bien en place. C’est l’avis des journalistes du Sri Lanka qu’Imaz Press a interrogé. Nos confrères n’excluent pas que les migrants voyagent d’abord sur de gros chalutiers et ensuite sur des petits bateaux. Ils seraient transbordés sur les coques de noix en vue à l’approche des côtes réunionnaises

• Un navire plus important approvisionne les petits bateaux

Près de 4.200 kilomètres, plus de vingt jours de navigation en pleine saison cyclonique… Et pourtant les Sri-Lankais qui foulent le sol réunionnais sont en parfaite santé. Pas de cas d’insolation, de déshydratation ou de malnutrition.

Au Sri Lanka, nos confrères s’interrogent également sur ce long trajet et évoquent plusieurs hypothèses. Une ou plusieurs escales? Un navire plus important ravitaillant les petites coques de noix? "Les personnes voyagent peut-être sur un gros chalutier et lorsqu’ils sont près de La Réunion, ces personnes sont transbordées sur un bateau plus petit pour aborder les côtes et éviter d’attirer l’attention," évoque ainsi un journaliste du Daily News. Sur ce "gros navire" seraient stockés des vivres, de l’eau mais aussi du carburant. Les petits bateaux seraient tractés par le chalutier. Une hypothèse également évoquée à La Réunion, selon des sources proches de l’enquête.

• Au moins trois navires empêchés de quitter le Sri-Lanka

"Ce sont plusieurs navires qui ont été empêchés de quitter le Sri-Lanka pour se rendre à La Réunion," déclarait le secrétaire d'État auprès du ministre de l'Intérieur, Laurent Nunez jeudi 17 janvier 2019. Selon nos informations, ils sont au moins trois.

Parmi eux, le chalutier, intercepté le 11 septembre 2018 et qui transportait 90 personnes, 89 hommes et une femme.

Avant cela, il y en avait un autre, un bateau avec 21 occupants (19 hommes et deux femmes), arrêté le 8 aot 2018 à 117 milles marins de Chilaw (Ouest du Sri-Lanka), rapporte le Daily News. Dans les passagers, deux déserteurs de l’armée.

Il y a deux jours, jeudi 14 février 2019, les forces spéciales d’intervention et la marine du Sri Lanka ont arrêté 21 personnes, dont trois femmes et quatre enfants qui s’apprêtaient à quitter illégalement le territoire, rapporte le Daily Mirror. Ils étaient cachés dans une maison située à Siyambalanduwa. Peu de temps après, trois hommes, les présumés passeurs ont été interpellés dans une Résidence à une centaine de kilomètres plus au sud, à Pannegamuwa avec deux véhicules et près de 627 000 roupies (environ 3100 euros). Selon le Daily Mirror, les 21 personnes s’apprêtaient à quitter le Sri Lanka pour La Réunion

Ces navires portent à huit le nombre des bateaux candidats au départ. Cinq ont réussi.

• Drame de l’immigration: des navires auraient coulé

Mais selon la presse locale, il y aurait beaucoup plus de bateaux quI seraient partis du Sri Lanka. "Certains de ces navires ont coulé," affirme une journaliste du Daily News sans donner plus de précisions. Une information qui n’est pas vérifiable, mais pas étonnante. La saison cyclonique bat son plein dans l’océan Indien, le "Wasana" qui transportait les 62 migrants avait d’ailleurs bien d croiser le cyclone intense Cilida en décembre…

• Vol de bateau

Pour le journaliste du Daily News, "des bateaux servant autrefois à la pêche servent pour faire du trafic d’êtres humains aujourd’hui." Mais d’où viennent-ils? Qui sont les propriétaires? Selon la presse locale, plusieurs plaintes pour vol ont été déposées notamment dans les villes portuaires de Negombo et Chilow.

Sudarshana Perera, le propriétaire du "Prashansa", le dernier navire arrivé sur l’île avec 70 personnes à son bord, a ainsi déclaré son bien perdu, accablant son capitaine. Il a annoncé à la Police que son chalutier, d’une valeur de 75.000 euros, avait quitté Negombo le 9 janvier avec sept membres d’équipage, assez d’eau et de nourriture pour deux mois ainsi que 10.000 litres de carburant. Le moteur avait également été changé… Et depuis plus de nouvelle. Le 5 février, son navire réapparaît, au Port-ouest à La Réunion. Son capitaine, Chaminda Kumara Fernando a même profité du trajet pour amener sa famille, son épouse, ses trois enfants et son frère. Ils seront tous renvoyés au Sri-Lanka le 14 février.

• Mais pourquoi ces navires visent-ils La Réunion?

D’après un journaliste du Daily News, "les passeurs trompent les candidats à l’immigration. Ils leur promettent un passage sr vers la France (la métropole ndlr), mais ils les emmènent à La Réunion." Une information qu'Anthony, un des migrants arrivé avec le Prashansa confirmait bien lors d'une entrevue avec la presse : "La Réunion c'est la France. Nous voulons aller en France."

Le journaliste sri-lankais évoque également les routes migratoires menant en Australie fermées depuis 2013. Les Sri-lankais qui tentent aujourd’hui de s’y rendre sont refoulés systématiquement dans des îles reculées du Pacifique où ils vivent (ou survivent) dans des centres de détention."Avant les bateaux se rendaient en Australie, mais maintenant c’est impossible, confirme le journaliste du Daily News. La frontière est verrouillée, les portes sont fermées. Ils cherchent donc une autre voie. Les passeurs font des recherches sur les endroits où immigrer. Ils connaissent les îles, même les petites et ils savent comment y aller."

La Réunion est la terre d’asile la plus proche malgré les 4.200 kilomètres qui la sépare du Sri Lanka. Elle est la porte d’entrée pour la métropole et pour l’Europe, sachant qu’à Paris vivent des communautés tamoules très bien implantées.

• Que deviennent les 64 migrants renvoyés jeudi au Sri-Lanka

Le Daily News, citant un porte-parole de la Police, rappelle: "c’est une infraction punissable en vertu de la Loi sur l’immigration et l’émigration", que de se rendre illégalement dans un pays étranger. Les 64 migrants du Prashansa renvoyés le jeudi 14 février ont été jugés le jour d’après. Nous n’avons pas encore d’information concernant leur condamnation.

nt/www.ipreunion.com

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