Frédéric Joram, secrétaire général de la Préfecture

Migrants : "plusieurs filières criminelles" s’organisent

photo RB imaz press reunion

Six bateaux sont arrivés à La Réunion en treize mois. Le dernier, qui a accosté à Sainte-Rose le 13 avril 2019 transportait 120 Sri-Lankais. Ils ont tous demandé l’asile. En tout ce sont ainsi 273 Sri-lankais, hommes, femmes et enfants qui ont traversé l’Océan Indien et ont tout risqué dans l’espoir de trouver une vie meilleure à La Réunion. Le point avec Frédéric Joram, secrétaire général de la Préfecture de La Réunion. (Photo : RB/Imaz Press Réunion)

• Où en sont les demandes d’asile à la frontière des 120 migrants arrivés samedi 13 avril dans le port de Sainte-Rose ?

Il y a eu 69 auditions réalisées, il en reste encore trente-cinq (les familles sont auditionnées ensemble, ndlr) à conduire, elles seront faites vendredi. Pour le moment, ils sont onze à être sortis de zone d’attente, ils pourront déposer une demande d’asile en préfecture. Trois de ces personnes l’ont fait dès mercredi.

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• Combien y-a-t-il de demandeurs d’asile sri-lankais à La Réunion ?

Sans compter ce bateau, nous avons eu depuis mars 2018, 153 ressortissants sri-lankais parvenus à La Réunion. Sur ce chiffre, 70 sont sur le territoire réunionnais, leur demande d’asile est en cours d’instruction. Les autres ont été renvoyés.

• La Réunion est-elle capable d’accueillir ces personnes? Est-ce qu’il y a assez de place pour les loger dans les centres d’hébergement ?

Il faut effectivement trouver des places. Soit dans des centres que nous pouvons configurer en centre d’hébergement, soit dans des logements vacants. Nous allons trouver de la place.

• Il n’y aura pas de manque ?

Je ne dis pas que c’est facile. Mais nous allons trouver de la place. A l’heure qu’il est tout indique que nous allons trouver des places nécessaires.

• Les avocats des migrants dénoncent une procédure "irrégulière," contestant notamment l’arrêté préfectoral portant création d'une zone d'attente temporaire au sein du gymnase Duparc à Sainte-Marie, qu’en pense la Préfecture ?

La création d’une zone d’attente temporaire est prévue par le Code de l’étranger, elle l’est explicitement. C’est sur cette base juridique que nous créons une zone temporaire, parce que nous sommes soumis à un flux massif et imprévu d’étrangers. Ce sera aux autorités juridictionnelles d’apprécier la légalité de la création de la zone d’attente. Mercredi le tribunal administratif s’est déclaré incompétent.

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• C’est le sixième bateau qui arrive en treize mois, pourquoi La Réunion ne dispose-t-elle pas d’une zone d’attente suffisamment grande ?

Nous avons une zone d’attente permanente à l’aéroport qui fait vingt places. A l’échelle des différents aéroports français, c’est très significatif. En temps normal elle suffit à répondre aux besoins. Jusqu’à présent, pour les précédentes arrivées, nous avions complété nos capacités de vingt places par des réquisitions de chambres hôtelières. Le grand nombre d’arrivées simultanées samedi dernier nous a poussé à réquisitionner un gymnase. Nous avons eu l’information de l’arrivée du bateau samedi en fin de matinée, à 16 heures, la zone d’attente était prête, les capacités avaient été identifiées.

• Tout un gymnase est réquisitionné, des entraînements ou des compétitions sont annulés, la zone d’attente de Gillot sera-t-elle agrandie ?

Agrandir la zone d’attente à Gillot n’est pas possible, il y a des limites liées au bâtiment mais nous réfléchissons en effet à mobiliser des places pour en faire des zones d’attente ailleurs, à proximité de l’aéroport. Eventuellement une zone d’attente permanente.

• Combien coûte le renvoi de migrant dans leur pays d’origine ?

Cela coûte évidemment, de la même façon que des éloignements individuels par voie commerciale coûtent. Mais c’est le prix à payer pour faire respecter le droit, faire respecter nos frontières et envoyer un signal, tant aux filières de l’immigration irrégulière qu’aux candidats de l’immigration irrégulière. Ils doivent comprendre que ce projet est voué à l’échec.

• Le dernier bateau arrivé samedi 13 avril 2019 est vraisemblablement parti d’Indonésie. Avons-nous affaire à la même filière criminelle que celle qui opère au Sri-Lanka ? Ou s’agit-il d’autre chose ?

Je ne sais pas s’il y a une ou des filières. Il y en a peut-être plusieurs, qui s’organisent au fil du temps. Cette ou ces filières font l’objet d’une enquête judiciaire sous l’autorité du procureur. Il semble que nous ayons un mode opératoire différent, que celui utilisé jusqu’à présent, il va conduire les enquêteurs à orienter différemment leurs recherches.

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