Le sixième bateau à arriver à La Réunion en 13 mois

Migrants : des filières organisées pour un vaste trafic d’êtres humains

Photo : RB/Imaz Press Réunion

Six bateaux en 13 mois. Si les cinq premiers venaient du Sri-Lanka, le sixième change la donne. Il viendrait d’Indonésie et transportait 123 personnes. Trois Indonésiens, soupçonnés d’être les passeurs et 120 Sri-Lankais... Du jamais vu. L’année dernière, ils étaient 83 sur quatre navires, auxquels s’ajoutent les 70 passagers du Prashansa de février 2019. Cette arrivée, atypique, soulève nouvelles interrogations... Mais pour les 120 migrants, elle n’est que le début d’une longue bataille administrative et judiciaire... (Photo : RB/Imaz Press Réunion)

Ils ont tous un parcours différent. L’un est passé par la Thaïlande, un autre a transité par Singapour. Une famille est restée de longs mois en Malaisie… Mais ils ont tous rejoint l’Indonésie. Là-bas, ils ont été approchés par des passeurs, qui leur promettaient en échange de plusieurs milliers d’euros, entre 2.000 et 8.000 euros, de mondes et merveilles: la Nouvelle-Zélande, l’Australie et pourquoi pas La Réunion, ce petit bout de France dans l’Océan Indien.

De petits bateaux de pêche avec six, sept, huit migrants, nous sommes passés à un navire plus grand pouvant supporter plus d’une centaine de personnes. "Les filières criminelles," pointées du doigt par les autorités en décembre 2018 sont bel et bien actives, de plus en plus organisées et de plus en plus vastes. D’abord le Sri-Lanka, puis l’Indonésie… Les passeurs qui semblent s’être passés le mot continuent de tracer, de manière très habile cette nouvelle route migratoire, engrangeant à coup sûr des centaines et des centaines de milliers d’euros. Un trafic d’êtres humains fructueux dont comprend encore mal le fonctionnement.

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• Des marins soupçonnés d’être des passeurs

Mais pour la première fois, des hommes sont clairement soupçonnés d’être des passeurs. Les trois marins indonésiens ont ainsi été déférés hier devant le tribunal de Champ Fleuri pour "aide à l'entrée ou au séjour irrégulier en bande organisée."

Avant eux, identifier les passeurs ou les capitaines s’avérait très compliqué. Le doute planait pourtant autour d’un homme, et de sa famille pour le "Prashansa", bateau arrivé en février dernier. Une journaliste sri-lankaise du Daily Mirror, nous avait indiqué que ce Chaminda Kumara Fernando était soupçonné d’avoir volé l’embarcation à son propriétaire pour emmener sa famille et des dizaines de personnes à La Réunion. L’histoire en était restée là pour nous, l’homme avait été renvoyé en charter dans son pays natal, où il devait être jugé pour ce vol…

• Peur des persécutions

Les migrants, premières victimes de ce trafic sont prêts à tout pour quitter le Sri-Lanka. Quitte à embarquer sur une coque de noix pour traverser des milliers de kilomètres. Par cet acte, ils risquent gros. Pour un Sri-lankais, quitter le pays sans autorisation est "une infraction punissable en vertu de la Loi sur l’immigration et l’émigration," nous expliquait il y a quelques semaines une journaliste du Daily News. De leur pays natal, ils ne leur restent que des mots comme "persécutions", "kidnapping", "danger", "pression"...

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S'ils ont aujourd'hui demandé l'asile en France, tout n'est pas encore fini, les longues et complexes procédures ne font que commencer.

• Demande d'asile à la frontière

Contrairement à ce que nous pouvons souvent entendre ou lire, l'asile ne s'obtient pas facilement. Dans le cadre d'une demande d'asile à la frontière, c’est le ministère de l’Intérieur qui prend la décision d’admettre ou non le demandeur sur le territoire, après avis de l’Ofpra (Office de Protection des Réfugiés et Apatrides). Celle-ci organise et mène des entretiens, en visioconférence avec l’assistance d’un interprète. Cette étape, très rapide, permet d’évaluer la recevabilité de la demande d’asile.

Ce lundi 15 avril, les 120 migrants ont débuté ces entretiens. En cas d’admission sur le territoire, ils pourront sortir de zone d'attente et auront huit jours pour formuler une demande d'asile auprès de la Préfecture.

Une décision de non-admission se traduira par leur renvoi vers son pays d’origine. Un recours est cependant possible devant le Tribunal administratif.

• Qu’est-ce qu’une zone d’attente ?

En attendant ces entretiens, les migrants sont donc contraints de rester en zone d'attente. Ce terme revient très souvent dans les médias. Il s'agit tout simplement d'un "lieu d’enfermement de l’étranger, précise Maître Ali Mihidoiri, avocat. C’est une zone d’accès très limitée, la loi prévoit spécifiquement les personnes qui sont autorisées à y accéder."

Depuis leur arrivée sur le territoire, les 120 migrants sont ainsi hébergés dans le gymnase de Duparc à Sainte-Marie. Il a été transformé par arrêté préfectoral en zone d’attente. Celle de l'aéroport de Gillot étant beaucoup trop petite.

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La période maximum de maintien dans cette zone est de 20 jours, sous contrôle du Juge des Libertés et de la détention (JLD). "Ce dernier intervient une première fois au bout de quatre jours pour décider, le cas échéant, d'une prolongation de 8 jours supplémentaires et une seconde fois au terme de ces 8 jours en vue d'une éventuelle prolongation exceptionnelle d'encore huit jours," signale l'Ofpra.

Pour les avocats des migrants tout se jouera devant le JLD, les faire sortir de zone d'attente, c'est aussi leur permettre de déposer une demande d'asile à la Préfecture, en bonne et due forme. Evitant ainsi un traitement et une évaluation rapide et peu approfondie de leur dossier, qui se résumera par leur renvoi au Sri-Lanka...

nt/www.ipreunion.com

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