Scandales et polémiques à tout-va

Maltraitance animale à La Réunion : le vrai du faux

photo RB imaz Press Réunion

Des mots, des mots, des mots. Attrapant sa plume, Brigitte Bardot s’est posée cette semaine en grande défenseure de la cause animale, reprochant aux Réunionnais d’être des "sauvages" exerçant sur les chiens et les chats des "barbaries" sans nom. Et tout y passe, de la pêche aux squales par des toutous appâts, aux chats euthanasiés par milliers dans les fourrières. Un discours culpabilisant, insultant, ignorant, raciste et aussi très manichéen. Non madame Bardot, pour la énième (et espérons dernière) fois les Réunionnais ne sont pas des barbares. Ils aiment leurs animaux, et ils sont parfois prêts à tout pour les sauver. Tour d’horizon en vrai/faux des clichés qui ont la vie dure. (Photo d’illustration : RB/Imaz Press Réunion)

• Les Réunionnais maltraitent les animaux

FAUX – "Il y a beaucoup d’animaux à La Réunion et il y a beaucoup de gens qui les aiment," indique Hélène Rondeau, vétérinaire et présidente du Gevec (Groupe d’étude vétérinaire sur l’errance des carnivores). Tous les Réunionnais ne maltraitent pas tous les chiens et les chats qui leur passent sous la main. Dans les familles, ils sont souvent des membres à part entière, des petits rois. Il suffit de regarder les cabinets vétérinaires, ils sont pleins. Ils sont surtout "très nombreux par rapport à la population, en comparaison à la métropole. Cela veut bien direque les gens font soigner leurs animaux, les enfants : ils viennent pour faire soigner leur chat ou leur chien," poursuit la vétérinaire.

Les propriétaires d’animaux blessés sont d’ailleurs prêts à dépenser jusqu’à leur dernier denier pour soigner leur petite boule de poils. "Des chirurgies osseuses peuvent coter jusqu’à 1.200 euros. J’ai eu des clients qui ont fait des crédits, qui sont allés demander des sous à la famille, qui ont étalé les paiements, en trois, quatre ou cinq fois. Des gens qui vivent dans des kaz en bois sous tôles. Ce ne sont vraiment pas des cas exceptionnels ou isolés, nous le voyons très très souvent," raconte docteure Hélène Rondeau. Et parfois, "la question de faire des soins au rabais se pose ou de ne pas soigner complètement l’animal: nous allons le réparer en partie pour qu’il puisse vivre correctement. Et il y a des fois où l’on ne peut pas. L’euthanasie n’est jamais facile, c’est toujours dur," poursuit-elle.

Il suffit aussi de regarder les rayons des animaleries ou des grandes surfaces pour constater que les clients recherchent le meilleur pour nourrir ou jouer avec leur animal. Et sur les radios? Il y a toujours des gens qui appellent parce qu’ils ont trouvé ou perdu un toutou ou un minou. Sans parler des dizaines de groupes sur Facebook qui recensent les disparitions et aident les propriétaires. Alors non, tous les Réunionnais ne sont pas tortionnaires.

Et VRAI – Mais "il est clair qu’on ne peut pas nier qu’il y ait des actes de maltraitance et de cruauté très grave envers les animaux sur l’île. Il ne faut juste pas faire de généralité et cette maltraitance n’est pas spécifique à La Réunion," explique Lysiane Uny, présidente de REVEZ (REunion Viv Ensamb ek Zanimo, ex CRAPA). L’année dernière, son association a passé des mois à recueillir des signalements de maltraitance, "nous en avions plus d’un par jour, c’est énorme. On a fini par arrêter parce que c’était trop et qu’à nous seuls on ne pouvait pas," souffle-t-elle. Les animaux errants amochés, tranchés d’un coup de sabre… Bien sr que ces cruautés existent.

Il existe aussi des propriétaires qui laissent leur animal en cage ou attaché à un arbre, mal nourris et déshydratés… "Il y a des animaux malheureux. Bien sr, admet Hélène Rondeau. Une grande partie de la maltraitance de l’animal est aussi de la maltraitance par ignorance: les propriétaires ne savent pas qu’un chien ne doit pas rester attaché dans une cour. Une cour qui est de plus en plus petite, avec de plus en plus de voitures sur la route qui passent. Ils ne savent pas qu’un chien fugue et peut causer des soucis."

• Il y a une forte errance animale à La Réunion

VRAI – "La maltraitance découle de l’errance, elle en est une conséquence," estime Lysiane Uny. Des meutes de chiens qui peuvent effrayer, surprendre, il y en a beaucoup.

Les chiffres sont là: fin décembre 2018, il y avait 222.800 chiens à La Réunion. Parmi eux, 30.900 sont divagants (chiens dont le propriétaire est connu qui errent sur la voie publique) et 42.100 sont errants, sans propriétaire. Pour l’éradiquer, Lysiane Uny énumère: "il faut faire appliquer les lois, sensibiliser, stériliser."

Et dans ces chiffres, il y a aussi les animaux communautaires ces chiens et ces chats qui n’appartiennent à personne et qui sont à tout le monde. Que chaque voisin nourrit et soigne. Des chiens et chats de quartier, bien implantés dans la communauté.

• Tous les animaux sont euthanasiés lorsqu’ils sont attrapés par la fourrière

VRAI et FAUX – L’euthanasie est presque systématique à La Réunion… "La réponse est essentiellement létale. Nous sommes le premier département en France en terme d’euthanasie. Nous en sommes à 85%: c'est-à-dire qu'un animal qui entre en fourrière à 8,5 chances sur dix de ne pas en ressortir… C’est énorme," signale Lysiane Uny.

"Et ce n’est pas la solution pour éradiquer l’errance, estime la militante. Il faudrait avoir un système de capture, stérilisation, relâche. Le prix serait d’ailleurs moindre: pour l’euthanasie, on estime que le cot est d’environ 300 euros par animal. Une stérilisation c’est 110 euros pour une chienne, 60 euros pour une chatte."

• Il n’y a pas de sanction judiciaire en cas de maltraitance animale

FAUX – A La Réunion comme en métropole, il est interdit d’abandonner, de négliger, de maltraiter ou d’être cruel envers un animal. La personne peut être condamnée jusqu’à 2 ans de prison ferme et 30.000 euros d’amende.

MAIS – Dans la réalité, très peu sont condamnés. Lysiane Uny donne en exemple le propriétaire d’Angel. Vous vous en souvenez? C'était en juin 2017, sa mort avait provoqué un tollé. Une pétition avait été signée par plus de 68.000 personnes. Ce chiot avait été retrouvé agonisant, souffrant de déshydratation et de malnutrition. Les associations n’avaient rien pu faire pour le sauver. "L’affaire a été classée sans suite. Mais ce n’est pas la seule, nous avons déposé des dizaines de plaintes qui se sont soldés par quelques petites condamnations," déplore Lysiane Uny, ajoutant que ce n’est pas un problème réunionnais: "c’est à l’échelle nationale. A l’heure actuelle, même quand on a tout, rien n’est mis en place."

• Les bénévoles ou militants de la cause animale sont mal considérés

FAUX – Il y a des dizaines et des dizaines d’associations qui sensibilisent, protègent, recueillent et soignent. Derrière elles, des centaines de militants et de bénévoles qui offrent leur temps pour dorloter ou promener. Les cagnottes ou les pétitions ouvertes sur Internet ont souvent un franc succès. Et que penser des trentaines de concurrents, qui courent tous les ans sur les sentiers, les pitons et les ravinesdu Grand-Raid? Sur plus de 164 kilomètres, la Diagonale des sans voix veut sensibiliser à la protection animale, et ses trailers sont acclamés.

• Les Réunionnais pêchent le requin avec des "chiens appâts"

FAUX – De mémoire de journaliste, archives de presse à l'appui, il n’y a eu que deux cas avérés de "chiens appâts" en plus de 20 ans… Cette pratique revient pourtant souvent sur le devant de la scène et est présentée comme une coutume locale. Des chiens, domestiques ou errants transformés en appâts vivants pour la pêche aux squales, leurs babines traversées par un crochet et jetés vivants dans la mer… Sur une île où la commercialisation de la viande de requin est interdite, il est très difficile de penser que la pratique est quotidienne. Pourquoi des pêcheurs voudraient capturer des squales - une tâche ardue -, sans aucune aucune possibilité de vendre ensuite le produit de leur pêche ? Les pêches ciblées du CRA? Des pêcheurs expérimentés, qui n’utilisent absolument pas des animaux vivants.

• Il n’y a plus de chats à La Réunion, ils ont tous été empoisonnés ou euthanasiés

FAUX – Des minous et des matous, il suffit de faire deux pas dans une ville pour voir qu’ils sont nombreux. D’après les associations qui s’occupent d’oiseaux migrateurs comme les pétrels, il y en a même jusqu’au sommet du Piton du Neige.

D’après les chiffres de la préfecture les chats domestiques seraient 159.690. C'est n'est pas qu'un peu...

nt/www.ipreunion.com

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