Après la prise de parole d’Emmanuel Macron

Les réactions à La Réunion

AFP - ludovic MARIN

Voici les réactions à La Réunion suite à la longue intervention du président de la République hier, jeudi 25 avril 2019.

• Cyrille Melchior, président du conseil départemental

Le Président de La République s’est exprimé ce soir suite aux contributions des Français au grand débat national.

Au travers de cette intervention, le Président de La République a, à mon sens, pris la mesure de la colère légitime des Français et de leur profond sentiment d’abandon. D’abord, je crois que la principale bonne nouvelle est que le Président de La République souhaite replacer l’Humain au coeur du projet Français. C’est d’abord une réponse à l’exaspération fiscale de nos concitoyens en annonçant une baisse significative de l’impôt sur le revenu.

En ce qui concerne les niches fiscales, dossiers indispensables au développement de notre territoire -notamment via la défiscalisation en Outre-mer- en ma qualité de président du Département, je serai vigilant quant au maintien de ces dernières en faveur des ménages et de la création de filières économiques sur le territoire de La Réunion qui je le rappelle connait un taux de chômage record en Europe.

Je salue également l’annonce de la ré-indexation des retraites de moins de 2000 euros à partir du 1er janvier prochain. Cette prise en compte s’inscrit dans le constat que nous dressons déjà au Département dans le cadre de nos ateliers du plan Senior sur cette injonction paradoxale qui consiste à avoir des prix moyens dans nos EPHAD autour de 1800 € mensuels alors que le revenu de la grande majorité des personnes âgées est significativement plus bas. Là aussi nous serons vigilants quant à la défense des intérêts de notre population.

Sur la différenciation des territoires, et l’adaptation de notre République décentralisée, je crois que le modèle de la départementalisation puis la création des régions a permis un développement sans commune mesure de notre île. Mais il est vrai que ce système sur certains aspects connait des limites avec des transferts de compétences qui ne sont peut être pas assez aboutis et qui ne permettent plus aux citoyens d’identifier le bon interlocuteur à même de répondre à leurs préoccupations sur des sujets du quotidien. J’accueille donc avec intérêt l’annonce d’un nouveau pacte territorial construit autour de la différenciation.

Je note le côté positif des mesures fortes qui s’inscrivent dans la lutte contre les inégalités au niveau de la politique de la famille et, spécifiquement des familles mono parentales, de la petite enfance, de la lutte contre l’échec scolaire, de la garantie d’une retraite minimale de 1000€ et enfin de la baisse d’impôts à hauteur de 5 milliards d’euros pour les classes moyennes.

• Jean-Luc Poudroux, député

Après la restitution du Grand Débat National, le Président de la République ne répond toujours pas aux attentes profondes exprimées depuis des mois par un grand nombre de françaises et de français.

Le Président de la République a enfoncé des portes ouvertes et il s’est d’abord écouté parler. Il reste sur sa planète qui tourne dans le sens contraire des aiguilles d’une montre. Aucune visibilité, aucune lisibilité sur les annonces. Il a juste été annoncé un inventaire à la Prévert sans l’amélioration immédiate de la vie quotidienne des françaises et des français. Les fins de mois resteront toujours aussi difficiles pour la majorité d’entre eux.

L’augmentation significative du pouvoir d’achat, la réduction des impôts, les attentes démocratiques ne sont pas au rendez-vous. L’efficacité des mesures économiques et sociales annoncées n’est pas démontrée. S’attaquer à la réduction du chômage doit être une priorité pour augmenter la croissance afin de donner plus de pouvoir d’achat et plus de services publics.

Je déplore que cet axe n’ait pas été développé davantage. Aujourd’hui l’urgence n’est plus de débattre, d’exposer ou faire de l’autosatisfaction mais bien de prendre des actes forts qui s’imposent.

Rien ne change et je le déplore, encore une fois. Trop de temps est perdu. La jeunesse, les étudiants, les artisans, les agriculteurs, les petits et moyens commerçants, la classe moyenne et les retraités demandent plus de solidarité sociale.

Je suis à vos côtés et c’est ensemble que nous mènerons le combat pour une société plus juste et meilleure. L’action, c’est aujourd’hui et non demain. Agir maintenant, pour le présent et pour le futur !

• Jean Hugues Ratenon, député

Macron égal à lui-même : du grand bla bla bla

Durant 1 heure, Emmanuel Macron a voulu faire croire qu’il avait écouté et entendu les français lors du grand débat national imposé par le mouvement des gilets jaunes.

Des grandes messes qui ont tout de même couté 12 millions d’euros aux contribuables pour arriver au résultat de ce soir.

Il a totoché les français, et donc les réunionnais , pendant deux ans ; il va continuer à totocher encore plus . Voila ce qu’a dit Macron ce jeudi soir. Aucune mesure concrète, immédiate contre la vie chère ;

Pas de retour de l’ISF Pas de RIC = le peuple toujours bâillonné Aucune annonce pour le logement Aucun mot pour l’Outre Mer.

Il a dit beaucoup de choses, sans avancer le coût, le financement ; il annonce la création de groupes de travail, encore des machins ; sans décliner le statut ni les pouvoirs ! Un spécialiste de l’enfumage.

Les Réunionnais doivent malheureusement s’attendre à connaitre encore des mesures anti sociales, de voir leur pouvoir d’achat baissé. L’arrogance et la politique pour les riches de Macron vont aggraver les situations financières, déjà fragiles, des plus modestes et des plus pauvres.

C’est pourquoi et plus que jamais : pas une seule voix ne doit être accordée aux candidats de La République En Marche lors des prochaines échéances électorales et notamment pour les européennes le 26 mai prochain.

• Parti communiste réunionnais

Nouvel acte de décentralisation : c’est le moment de la conférence territoriale élargie

Le président de la République s'est exprimé ce jeudi soir lors d'une conférence de presse. Cette expression est la conséquence du mouvement des gilets jaunes, qui demande au gouvernement des mesures contre les inégalités de revenus et fiscales notamment.

Aussi il n'est guère étonnant que le chef de l'Etat annonce des mesures visant à apporter une bouffée d'oxygène à des victimes de la politique soutenue par la liste Loiseau - Macron. Cela se comprend d'autant plus qu'une élection a lieu dans un mois.

Pour le PCR, il apparaît tout aussi clairement que si certaines mesures annoncées, si elles sont à prendre, ne pourront résoudre à La Réunion une crise d'une ampleur sans commune mesure avec celle de la France.

La seule ouverture proposée reste néanmoins à saisir, à savoir la proposition d’un nouvel acte de décentralisation adapté à chaque territoire, dans le cadre du principe de la différenciation.

Les Réunionnais-es sont donc au pied du mur de leurs responsabilités. Pour le PCR, le moment est venu de donner une suite concrète à la proposition largement soutenue dans l’opinion pour une conférence territoriale élargie devant élaborer un projet global et cohérent pour notre pays. Il appartient en effet aux Réunionnais de prendre en main leur avenir et d'être à la hauteur du défi relevé par les aînés de 1946, pour une nouvelle étape dans l’émancipation de La Réunion.

• La fédération socialiste de La Réunion

Depuis plusieurs mois, les français, et notamment les Réunionnais se rassemblent pour demander la fin des injustices et des inégalités. Cette conférence de presse sur les conclusions du grand débat national du Président n’a toujours pas apporté de réponses.

Nous attendions des mesures favorisant la démocratie et le pouvoir d'achat des Français, de l'ambition face aux enjeux de la transition écologique. Rétablir l'ISFpour rétablir la " justice fiscale " !

Les petites annonces et les mesurettes du Président Macron ne concluent pas le grand débat national. Elles n’apportent aucune solution face aux demandes des Français.

A l’annonce de ces mesures peu convaincantes, nous ne pouvons que retenir du Président qu’il persiste dans son cap et intensifie les réformes injustes.

• Olivier Hoarau, maire du Port

"Je retiens trois points de ce discours. D’abord, il annonce un nouveau pacte territorial et il parle de l’Outre-mer en premier, même s’il ne reste pas sur le sujet. Dans ce pacte territorial, il y aura un nouvel acte de la décentralisation et donc un renforcement des pouvoir locaux. Les maires devront plus donner leur avis. Ce que j’entends, c’est que pour aller aussi loin dans un renforcement des compétences locale, il est évident que le frein réunionnais qui l’alinéa 3 de l’article 72 va sauter. On ne peut plus maintenir ce frein réglementaire. C’est une très bonne chose.

En parallèle, Emmanuel Macron a annoncé qu’il renforce le fait que les préfets puissent avoir le dernier mot sur certaines décisions locales, pour éviter des circuits administratifs très lents. Il faut être vigilent car il ne faut pas que le préfet en abuse.

Deuxième élément, Emmanuel Macron commence à découvrir la société française. Il dit avoir entendu, dans le cadre du Grand débat, les problèmes des familles monoparentales, le décrochage scolaire, les personnes âgées… Jusqu’à présent nous avions l’impression d’avoir un président qui n’avait pas compris comment fonctionnait la société.

Troisième point, les gilets jaunes, ce mouvement d’ampleur qui a secoué et qui secoue encore la France a ramené le président de la République sur Terre. Il y a quelques mois de cela, il se disait être Jupiter, aujourd’hui Jupiter s’est posé sur Terre. Il a compris que la société ne le lâche pas.

Néanmoins, il faut rester vigilant: Emmanuel Macron annonce beaucoup de calendriers, avec un rythme rapide, attention de ne pas confondre précipitation et vitesse. Et je crains qu’il ne soit dans la précipitation. Par exemple, sur le référendum local, il ne donne pas de détail: quel est le seuil? Comment s’organisera-t-il? Quel sera le rôle du maire?

Sur certains sujets, Emmanuel Macron n'est pas clair mais est habile. Je n'ai pas entendu beaucoup de propositions sur l’emploi. Sur la formation, l’école, la réussite mais peu de chose sur l’emploi."

• Fédération syndicale unitaire

Du flou et de nécessaires précisions

Si les annonces faites par le Président de la République comportent beaucoup d'imprécisions, il a par contre clairement confirmé son choix d'orientation politique et les transformations en cours. Les grandes questions posées par les mouvements sociaux actuels ne trouvent pas de réponses fortes notamment en ce qui concerne le pouvoir d'achat, le rétablissement de l'ISF, une transition écologique juste socialement...

Certaines mesures annoncées se veulent des amorces de réponses au malaise social exprimé ces derniers mois comme la réindexation des pensions de moins de 2 000 euros sur l'inflation, la baisse des effectifs dans nombre de classes du primaire..., mesures qui sont d'ailleurs à mettre sur le compte des mobilisations des personnels et des retraité-e-s, mais de nombreuses ambiguïtés demeurent.

L'annonce de la fin des fermetures d'écoles, celles des d'hôpitaux, plus de fonctionnaires sur le terrain... n'est pas compatible avec le dogme de la baisse des dépenses publiques qu'il a pourtant confirmé.

La FSU est d'autant plus inquiète que le Président confirme les réformes en cours comme celle de la Fonction publique qui permettent, a contrario de ce qu'il annonce, des suppressions d'emplois et des possibilités d'externalisation de missions et services publics. C'est contradictoire avec l'objectif de plus et mieux de services publics sur tout le territoire.

Alors quid du projet de loi Fonction publique ? Quid des suppressions d'emplois annoncées ?

La FSU s'opposera à tout redéploiement visant notamment à supprimer massivement des postes par exemple dans le second degré de l'Education nationale qui connait actuellement une augmentation démographique. Par ailleurs, annoncer le maintien de l'âge légal de retraite à 62 ans mais l'accompagner de pénalités qui baisseraient le montant des pensions est une fausse liberté offerte à chacun et chacune.

Pour la FSU, trop d'annonces restent à ce stade imprécises voire inquiétantes : revalorisation possible des enseignant-e-s, réforme de la haute Fonction publique, nouvel acte de décentralisation, suppressions de niches fiscales, réforme des retraites examinée prochainement par le parlement... La FSU demande au gouvernement de préciser très vite nombre de ces mesures. Quant à la baisse des impôts financée par les salarié-e-s qui devraient pour cela travailler plus, cette mesure constitue, si elle est appliquée, une nouvelle injustice et ne répond pas à la nécessité d'un meilleur partage des richesses.

Travail, emploi, salaires, services publics, transition écologique... autant de sujets sur lesquels la FSU attend des mesures concrètes et qu'elle portera lors du 1er mai mais aussi lors du 9 mai prochain pour défendre la Fonction publique et ses agent-e-s.

• Ericka Bareigts, députée

La conférence de presse d’Emmanuel Macron est le constat d’un échec concernant la lutte contre les inégalités en France et la bataille pour le pouvoir d’achat en faveur des classes moyennes et modestes. Il a reconnu qu’il y avait des angles morts dans sa politique. Et malheureusement, nous devons constater que les Outre-mer et La Réunion sont aussi ces angles morts comme j’ai pu le dénoncer à l’Assemblée.

Il n’y aura donc pas de virage social tant attendu par les Réunionnais. Or ce que réclament les Français, c’est d’abord plus de justice !

Le président n’a pas entendu et maintient l’injustice fiscale. Nous défendons le rétablissement de l’ISF, le Président persiste dans l’erreur alors que la suppression de l'ISF nous prive de 18 milliards d’euros de recettes sur le quinquennat.

Il réhabilite néanmoins le bilan de la gauche en reprenant des mesures du précédent gouvernement que nous avions défendues et votées, comme par exemple la baisse des impôts pour les classes moyennes. Alors que le Président annonce une diminution de 5 milliards € de baisse d'impôt sur le revenu, sous le précédent quinquennat, nous avions baissé l’impôt sur le revenu de 6,3 milliards € pour 12 millions de foyers.

Il fait un semblant de rétropédalage en reprenant à son compte des mesures du groupe des députés socialistes telle que l’indexation des retraites sur l’inflation. En effet, cette mesure existe déjà puisque nous l’avions proposée et obtenue en décembre 2018 par notre recours au Conseil constitutionnel qui a obligé le Gouvernement à revaloriser les retraites en 2020. Mais hélas, il maintient le blocage de l’augmentation des retraites agricoles à 85% du SMIC, alors même que cette mesure avait été votée en février 2017 par l’Assemblée nationale.

Enfin, le Président reconnaît à demi-mots l’utilité d’un service public fort en France. La maison France services par canton proposée existe déjà. Nous comptons en février 2019 1 676 maisons de services au public ouvertes ou en cours d'ouverture. 80% d’entre elles ont été créées entre 2012 et 2017. La Réunion, je soutiens une expérimentation de plateforme mobile de services publics allant au plus près des citoyens. C’est un enjeu d’accès au droit et donc de justice sociale !

Si le Président décide enfin de relancer la réforme constitutionnelle, après la suspension due à l’affaire Benalla, il doit tenir son engagement d’y inscrire a minima la suppression de l'amendement Virapoullé. C’est une question de considération pour les Réunionnais.

• Joseph Sinimalé, maire de Saint-Paul

Je suis déçu par la prestation du Président de la République. J’attendais vraiment un discours avec des actions concrètes qui touchent le cœur des Réunionnais. Il n’a pas abordé les véritables problèmes de fond, qui impactent la vie quotidienne des Réunionnais, de tous les Français. Il n’a pas écouté la population. Il n’a pas compris la méthode de travail qu’il faut mettre en place immédiatement pour satisfaire les demandes.

Je le vois, en tant que maire, les pauvres sont encore plus pauvres et tous les jours, on fait face à de nouveau pauvre. Il fallait prendre quelques mesures concrètes en direction des départements d’outremer. La population attend des mesures concrètes et immédiates pour améliorer ses conditions de vie. Dans son intervention, Emmanuel Macron a oublié les outremers. C’est dommage pour lui. Il s’est écouté parlé et n’a pas pensé à ces familles qui vivent dans la misère.

• Vanessa Miranville, maire de La Possession

Vers une nouvelle étape d’une décentralisation mieux adaptée à notre territoire

"Sur le volet national, nous prenons la pleine mesure de l’existence d’un décalage entre l’attente immédiate de mesures concrètes par les citoyens et les orientations générales annoncées du Président hier soir. Toutefois, force est de constater que nous pouvons nourrir un espoir légitime si le gouvernement s’inscrit dans une démarche de traduction réelle et de mise en application de mesures concrètes.

La vigilance est ainsi de mise même si de nombreuses annonces ont retenu l’attention ; la prise en compte de la baisse des impôts sur les revenus, l’indexation des retraites, la mise à l’honneur du référendum d’initiative partagée même si les contraintes restent encore trop élevées, la réduction des dépenses publique ne devant se faire au détriment de la qualité de Services public. J’espère que les concepts de sobriété et d’efficacité seront appliqués par le gouvernement, mais aussi par toutes les collectivités locales.

Pour notre île, nous avons entendu les propos du Président qui veut tendre à une décentralisation " plus responsable ". Je pense qu’il est important de définir une feuille de route pour l'avenir de La Réunion sur les 20 prochaines années, entre toutes les collectivités notamment à travers l’instauration d’une conférence territoriale élargie. En ce sens il faudra faire valoir la capacité d'expérimentation des collectivités. Pour cela, il nous faudra trouver la détermination pour tendre vers un modèle validé et concrétisé tous ensemble.

Je suis convaincue qu’il ne faut pas tout attendre de l’Etat et du gouvernement mais que chacun ; citoyens, collectivités, entreprises doivent agir ensemble avec courage et cohérence pour un avenir durable et ambitieux pour La Réunion"

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