Les Gilets jaunes "i tyenbo i lar pa"

Les Kaz du peup attaquées mais toujours debout

photo d’illustration RB imazpress

Le mouvement des gilets jaunes a été très important en terme de mobilisation depuis le 17 novembre 2018. Après la visite de la ministre Annick Girardin, des annonces faites, les gilets jaunes ont été de plus en plus critiqués par l’ensemble de la population suite aux nombreux blocages. Le noyau dur des militants a décidé de changer la forme en installant des kaz du peup un peu partout sur l’île en évitant au maximum d’entraver la circulation. Ainsi depuis décembre, des gilets jaunes s’installent sur des rond points, sur le bord des routes et se relaient afin de poursuivre les réunions d’informations, les échanges avec les citoyens et faire signer différentes pétitions. Ces derniers jours certaines kaz ont été attaquées. Ces tentatives d’intimidation poussent certains à repenser le mouvement et à remettre en question les Kaz alors que d’autres d’autres comptent bien rester et continuer la mobilisation. Voici ce qu’il se passe sur ces lieux de vie.

• Des Kaz depuis quand ?

Les kaz du peup sont apparues après le début de la mobilisation. Certaines ont été érigées dès le 17 novembre 2018, comme celle qui était devant la préfecture de Saint-Denis. Les autres ont été construites après, durant le mois de décembre ou même en début d'année. Manapany c'est le 17 décembre 2018, à Saint-André c'était fin décembre, au Tampon, à la tour des Azalées, les gilets jaunes sont installés depuis le 3 janvier. D'autres Kaz existent à Saint-Leu, Saint-Pierre, Sainte-Suzanne et au Port cependant nous n'avons pas pu joindre les gilets jaunes sur place.

• Que fait-on dans la Kaz ?

Dès le départ, le concept a été pensé pour accueillir les citoyens et échanger, les kaz du peup sont dans une optique d'ouverture où chacun est le bienvenue. Sur place différentes réunions se déroulent, il y aussi des ronds cozé où chacun propose, donne des idées et l'assemblée debat et discute. Certaines personnes viennent pour prendre un café, apporter leur soutien et voir ce que devient le mouvement. Les gilets jaunes contactés nous disent qu'ils ne sont pas les représentants du mouvement, ils représentent simplement leur vision du mouvement. D'ailleurs les précédents personnes référentes qui ont été mises en avant au plus fort de la mobilisation sont plus ou peu présentes à l'exception de quelques personnalités.

Jade qui fait partie des gilets jaunes au Tampon indique "Il y a plusieurs façons de voir la chose, certains sont des rebelles, d'autres veulent continuer à bloquer, il y a une certaine utopie désormais". D'ailleurs d'autres actions sont menées sur le lieu de vie, diffusion de film, cours de yoga, vente de légumes ou concerts. "Ça fonctionne comme un éco-village, une communauté. Chacun i donne la main". Même son de cloches du côté de Saint-André. "On organise des réunions d'information, on discute des avancées du mouvement. Il y a toujours des gens qui passent, des curieux et il y a des échanges des ronds cozé" déclare Kevin.

• L'ambiance sur les lieux de vie

Selon les témoignages recueillis, l'ambiance dans les Kaz est bonne. Bientôt trois mois de mobilisation, le mouvement a laissé des traces. Certains ont repris leur travail, d'autres se concentrent sur leur vie personnelle, mais dans l'ensemble les gilets jaunes qui tiennent les lieux de vie s'entendent bien. Il y a bien sr quelques distensions : "Il y a des soucis, mais ça s'est calmé, les liens se sont renforcés" selon Kevin de Saint-André. Au Tampon, Jade est enthousiaste "Il y a une très bonne ambiance, même s'il y a quelques distensions. On n'est plus dans la découverte, on vie ensemble désormais. On est de plus en plus complémentaires".

• quand un départ ?

La Kaz du peup à Saint-Denis a été désinstallée le 2 février dernier, celle de La Possession a été brulée puis reconstruite. La Kaz de Gillot elle aussi est partie en fumée pendant la nuit du 11 au 12 février. Lire aussi => Les Gilets jaunes lèvent le camp : la Kaz du Peuple de la préfecture désinstallée La Kaz de Manapany à Saint-Joseph elle aussi a été désinstallée le 12 février. Dany précise "On prend pas le risque d'avoir un coup de machette ou de brler vif". Si le lieu de vie est démantelé les gilets jaunes n'abandonnent pas le mouvement "On s'organise autrement pour continuer la manifestation". Selon les gilets jaunes, ces attaques visent à décréditer le mouvement ou intimider les personnes dans les kaz. Jalousie ? Vengeance ? Pour le moment ces attaques n'ont pas été revendiquées et aucune enquête n'a été diligentée par les forces de l'ordre. D'autres Kaz ne veulent pas se laisser intimider. Saint-André Kevin déclare que la Kaz a été victime d'une tentative de destruction la nuit du 10 au 11 février mais les pompiers sont intervenus rapidement. Quatre à cinq individus ont été aperçus avant que des boîtes en carton enflammées soient jetées à proximité du lieu de vie. Pourtant la question du départ ne se pose pas selon Kevin, il rajoute "On est attaqué médiatiquement, sur les réseaux sociaux, par la police. On veut nous faire peur". D'ailleurs il rajoute "La Kaz de Gillot sera reconstruite". Du côté du Tampon, "Un départ ? On y pense pas. On n'a pas la réponse" selon Jade. "On a envie de garder ce lieu culturel, c'est la maison du peuple". • Le message aux Réunionnais Si le mouvement change de forme, les gilets jaunes restent actifs. La Réunion reste au centre des revendications. "Il faut reprendre La Réunion en main" déclare Kevin le Saint-Andréen. Les gilets jaunes de la tour des Azalées eux s'expriment en choeur "Nou veu un vré démocrati, un vré pouvoir d'achat, que les Réunionnais soient souverains sur l'île" Jade rajoute "Il faut arrêter d'être esclave". Point de vue partagé par Kevin : "Il faut reprendre notre avenir en main, il faut se réveiller. Que les Réunionnais au sens large reprennent La Réunion". Dany lui souhaite faire un peu de prévention "Bon courage à tous les gilets jaunes de La Réunion. Faut pas prendre de risques et faire attention à la malveillance des gens". Il indique également que le mouvement n'est pas terminé, loin de là. "On s'organise autrement pour continuer la manifestation".

jb/www.ipreunion.com

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