Réunion par Imaz Press, mercredi 10 janvier 2024 à 09:33

Les courses prises d’assaut : Frénésie autour des inscriptions : le trail victime de son succès

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Alors que la saison 2024 de trail n’a pas encore démarré, les inscriptions aux courses du calendrier s’envolent littéralement. Les organisateurs sont submergés de demandes. Pour faire face, certains ont accepté d’augmenter la jauge. Mais d’autres refusent pour des raisons de sécurité évidentes, créant un mécontentement qui s’est exprimé sur les réseaux sociaux autour des inscriptions au Trail de Minuit. Comment expliquer cette frénésie de la demande alors que l’on recense la bagatelle de 145 courses inscrites au calendrier en 2024 ? Voici les réponses des acteurs du trail dont le succès ne se dément pas (Photo d’illustration : rb/www.imazpress.com)

C’est comme si tout à coup, l’île toute entière était gagnée par une pénurie de riz et que les Réunionnais se précipitaient dans leurs supermarchés pour acheter leur produit phare par peur de manquer. Le marché des courses de trail fonctionne à l’identique. La demande explose en effet de toutes parts tandis que l’offre a du mal à s’adapter.

Pourtant, pas moins de 145 courses sont inscrites au calendrier. "La Réunion est l’un des départements où il y a la plus forte densité d’épreuves, affirme Joël Chenin, président de l’association Saint-Jo Trail Team qui organise le trail du Cap Volcan le 11 février prochain. C’est sans commune mesure avec la Savoie ou les Hautes-Pyrénées ! Des régions de trail, pourtant."

Mais à la Réunion, dans le sillage du Grand-Raid, point culminant de la saison, c’est incomparable. Les courses sont littéralement prises d’assaut. "On est obligé de refuser du monde", constate navré Jacky Murat qui organise le 21 janvier prochain la Course Tangue (22km) avec pas moins de 700 participants ainsi que les deux formats de la Transvolcano (40 et 66km), 450 participants chacun. "Depuis un mois, c’est plein, ajoute le même. Les places sont parties très vite. Cet engouement pour le trail est impressionnant. Mais, on ne peut pas faire plus. Trop de dossards, ce n’est pas bon. Notamment pour la sécurité."

Et c’est la même ritournelle, partout. Au SPAC2S, qui organise la 8e édition du St-Jo Trail des Deux Rivières, le 6 avril prochain (65km, 2800m D+), c’est déjà complet ! "On avait 500 places disponibles l’an passé, explique Marie-Marthe Turpin. Devant l’engouement, on a augmenté la jauge pour passer à 700 places. C’est complet depuis plus d’un mois ! Et on n’ira pas au-delà de 700. C’est une question de responsabilité !"

L’un des exemples les plus frappants de cet afflux sans précédent est peut-être le Trail de Minuit cher à Patrick Delgard (56km, 3200m D+). Son club, le Caposs, pensait avoir bien fait les choses en mettant à la vente pas moins de 1200 dossards à la mi-décembre. "Mais ils sont partis en l’espace de quatre heures !", souligne-t-il.

Devant le mécontentement général, l’organisateur a rouvert les inscriptions trois jours avant Noël en remettant sur le marché 250 dossards. "Là encore, constate-t-il, c’est parti en même pas une demi-heure!"

- "1.000 dossards partis en 36 heures !" -

Cette frénésie a engendré de la frustration. Certains, sous le coup de la déception de ne pas avoir pu s’inscrire, ont interpellé l’organisation sur les réseaux sociaux pour se plaindre du fait que la campagne d’inscriptions avait été lancée trop tôt, cinq mois avant la course prévue les 18, 19 mai prochains. "Mais, aujourd’hui, il faut savoir anticiper, faire des projections plusieurs mois en amont sinon vous n’avez pas de places", est presque navré de reconnaître Joël Chenin qui a vécu le même emballement à propos de son Cap Volcan (32km, 2600m D+). "Nos 1.000 dossards sont partis en 36 heures créant du mécontentement, avoue-t-il. Avant, les coureurs pouvaient attendre le dernier moment pour s’inscrire. Aujourd’hui, ils estiment qu’ils n’ont plus le temps de la réflexion."

Mais comment expliquer une telle ruée sur les trails péi ? A la tête du Trail des Anglais, dont les 1.500 dossards sont partis là encore en une semaine, Stéphane André livre son analyse du phénomène trail à la Réunion. "Je ne dirais pas qu’il est en plein boom sur l’île, je parlerais plutôt de palier d’évolution, dit-il. Avant le Covid, il y a bientôt quatre ans, le trail péi était dans un palier de stabilisation au niveau de son nombre de pratiquants. Aujourd’hui, il est à nouveau dans un palier de progression. Depuis la fin de la crise Covid, nous constatons un attrait fort pour la discipline. On est reparti sur une phase de développement."

Le patron d’Ilop avance quelques chiffres difficiles à vérifier. "Il me semble que l’on était aux alentours de 6 à 7.000 traileurs dans les années 2015-2016-2017, quand je m’étais penché sur le sujet, confie-t-il. Aujourd’hui, je pense que l’on approche des 10.000."

Plusieurs facteurs expliqueraient cet afflux croissant de pratiquants. Patrick Delgard voit pour sa part la part grandissante que prennent les femmes dans la sphère trail. "Sur la Diagonale, très longue, dit-il, la participation féminine plafonne à 10-12 % alors que sur les trails de 60km, elle monte à 30 %." Joël Chenin abonde. "Avant le trail était considéré comme un sport dur, viril, réservé aux hommes. Mais les femmes se sont aperçues qu’elles aussi étaient dures au mal, endurantes. Du coup, ces réussites ont suscité des vocations."

- "Les événements vus par des milliers de personnes" -

Le même Joël Chenin détaille un certain nombre d’autres raisons pour lesquelles le trail est si populaire.

"Les gens ont été frustrés par la crise Covid, où ils ne pouvaient quasiment pas faire de sport. Depuis la fin de la crise, il y a un an et demi, ils se rattrapent. D’où cet engouement croissant, avance-t-il en préambule. Ensuite, la communication des organisateurs a progressé. Ils mettent de plus en plus l’accent sur les affiches, les packs collector, des tee-shirts de qualité au design soigné pour un prix raisonnable comparé à ceux des grandes marques de trail. Enfin, troisième raison : les réseaux sociaux. Il y a de plus en plus de plateformes, où les traileurs échangent entre eux sur leur expérience. Les événements trail relayés par les réseaux sont vus par des milliers de personnes, là où auparavant c’était le seul calendrier de la Ligue qui les alertait. Ça crée de l’engouement."

Les organisateurs sont adeptes des teasers. Des vidéos-drone fabriquées par des professionnels ou des amateurs fleurissent sur les réseaux, suscitant l’intérêt des futurs pratiquants. A l’image des vidéos très remarquées que poste Patrick Montel, l’ancien journaliste de France Télévision, la dimension humaine du trail est mise en avant. "On met de plus en plus monsieur ou madame tout le monde à la une", décrypte Joël Chenin. "Il y a toujours une histoire belle et émouvante d’un coureur anonyme à raconter. On
humanise le trail et ça plaît aux profanes qui regardent ces images et ont envie de s’y mettre."

A l’opposé, pour les accros du chrono, il existe aussi de nouveaux outils qui stimulent les énergies et fédèrent l’enthousiasme général. L’application Strava qui transforme votre smartphone en appareil sophistiqué dédié à l’analyse de vos performances est très prisée par les coureurs qui partagent ainsi leurs données et leurs expériences sportives avec des millions d’athlètes comme eux, entretenant dans une sorte de compétition permanente entre passionnés invétérés, la popularité du trail.

Mais à la Réunion, la principale motivation de ceux qui chassent les dossards est sans aucun doute la perspective d’être au départ du Grand-Raid. Les organisateurs de la grand-messe d’octobre ont en effet affiché comme préalable à toute participation à leur tirage au sort le fait que les coureurs participent à des trails qualificatifs leur octroyant les points suffisants pour postuler à la Diagonale, au Trail de Bourbon et à la Mascareignes. "Ils viennent chez nous pour ça !", assure Marie-Marthe Turpin du SPAC2S. "Notre
course leur permet de faire le plein de points." Des propos corroborés par Joël Chenin. "Par rapport à la Diagonale, toutes les courses à fort kilométrage et fort dénivelé sont prises d’assaut parce qu’elles rapportent les points qu’il faut."

- "Nous vendons du rêve aux gens" -

Il existe néanmoins un revers à la médaille de ce déferlement de coureurs sur les sentiers. Stéphane André l’explique : "J’aurais pu accueillir 3.000 coureurs mais ce n’est pas raisonnable. Je m’explique : on ne peut pas prôner d’un côté le respect environnemental des sentiers en mettant en avant une éthique en matière écologique et céder à l’inflation en augmentant de manière indéfinie les quotas d’inscrits. Il faut avoir conscience de l’impact de nos courses sur des sentiers qui sont fragiles et ne pas les saturer de monde. De toute façon, s’il y a trop d’inscrits, à un moment donné, on sera rattrapé par la patrouille et notamment les responsables de l’ONF et du Parc National dont la mission est de veiller à la préservation de la nature qui nous entoure."

Joël Chenin se situe dans un autre registre pour relever les petits travers de cet emballement. "Les gens se lancent des défis visibles sur les réseaux sociaux qui susciteront l’admiration des autres, dit-il. Ils postent des stories et des réels pour mettre en exergue leur réussite. Ils se filment pendant la course. En fait, le trail flatte les egos. Avant, le rapport à notre sport était peut-être plus humble."

Si le trail continue malgré tout de tirer une grande partie de son succès de l’aventure humaine et collective qu’il symbolise, il n’a pas échappé à l’organisateur saint-joséphois que ce grand dessein universaliste était parfois teinté d’individualisme.

Le même organisateur conclut cependant : "Notre course part du battant des lames, du port de Langevin, pour monter au sommet du Volcan, en haut du Dolomieu. Comme la 0-3000 en triathlon, ça fait rêver les gens. Nous organisateurs vendons du rêve aux gens." Et ce rêve n’a pas de prix pour des milliers de traileurs.

Lire aussi - À La Réunion, le trail se développe à grande vitesse

fp/www.imazpress.com/redac@ipreunion.com

mots clés de l'article : sports , Actus Réunion

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