Une étude de l’Institut national d’études démographiques

Les violences sexistes sont toujours plus nombreuses à La Réunion

(Photo archives Imaz Press Réunion)

Vendredi 8 mars, à l’occasion de la Journée Internationale des Droits des Femmes, l’Institut national d’études démographiques (INED) présentait les premiers résultats de l’enquête concernant les violences faites aux femmes à La Réunion. Le premier constat est simple : les violences sexistes sont toujours plus nombreuses à La Réunion qu’en métropole et n’ont pas diminué depuis 2002.

La dernière étude remontait à 2002, dont les résultats avaient été " édifiants ", comme l’a souligné le préfet Amaury de Saint-Quentin. 17 ans plus tard, on ne peut pas vraiment dire que la situation pour les femmes réunionnaises se soit améliorée. L’INED a réalisé, sur l’espace d’un an, 3069 interrogatoires téléphoniques, dont les questions étaient axées sur trois grandes thématiques : les violences au sein du couple, celles sur le lieu de travail, et enfin celles commises dans l’espace public. Une étude qui s’aligne sur celle réalisée en 2015 dans l’Héxagone.

Le premier constat est simple : les violences sexistes sont toujours plus nombreuses à La Réunion qu’en métropole et n'ont pas diminué depuis 2002. Notons d’abord les chiffres des violences au sein du couple. Sur les 1519 femmes à avoir été en couple au moins quatre mois sur l’année 2018 – sur les 2209 interrogées, 27,9% d’entre elles déclarent avoir déjà subies des violences psychologiques. " Les crises de jalousie, le contrôle de la personne, la dévalorisation, le dénigrement, les privations ou encore empêcher la personne d’accéder à l’argent du couple font par exemple partis de ces violences " explique Sandrine Dauphin, directrice du projet de l'INED. En 2002, le pourcentage étaient quasi-identique : 27,7%. Par ailleurs, ce nombre est doublement supérieur à celui observé en métropole.

Pour plus de précisions, Sandrine Dauphin explique les possibles raisons des écarts de violence entre La Réunion et la métropole.

Concernant les violences physiques – coups, blessures tentatives de meurtres - il est bon de noter que les femmes ayant signalé avoir déjà été victime de celles-ci déclarent aussi avoir subi des violences psychologiques. L’étude souligne d’ailleurs qu’une femme subissant des violences physiques ou sexuelles signalera quasi-systématiquement la présence de violences psychologiques en parallèle. 2,7% des femmes ont déclaré avoir subi des violences physiques, et 1,4% des violences sexuelles – des chiffres quasi-identiques à 2002

Les violences au travail

Une femme sur quatre interrogée sur les violences sur son lieu de travail a déclaré en avoir subi. D’ailleurs, cela n’est pas exclusif aux femmes, 25% des hommes interrogés – sur un échantillon de 860 hommes – sont eux aussi concernés. En métropole, ce chiffre se situe plutôt à une personne sur cinq.

La majorité des violences rapportées sont de l’ordre psychologique, comprenant l’humiliation et le dénigrement. En 2002, 19,3% des femmes avaient déclaré avoir subi une situation du genre sur son lieu de travail. "Cependant, la parole s’étant libérée, on ne peut affirmer que ce n’est pas simplement cette libération qui est en cause de l’augmentation des chiffres" souligne Justine Dupuis, chercheuse à l'INED. Enfin, des violences physiques ont été rapportés par 1,8% des femmes, contre 3% en 2002, ce qui constitue donc la première baisse de violence de cette étude.

Les violences dans l’espace public

L'espace public est lui aussi propice aux violences sexistes, comme l’ont démontré les nombreux témoignages sur le harcèlement de rue parus ces deux dernières années. Il n’est donc pas étonnant qu’une femme sur quatre déclarent avoir été interpellée sous pretexte de drague, dont 80% d’entre elles plus d’une fois. 9,1% ont aussi dit avoir été insultées, généralement après un rejet, contre 11% en 2002. Concernant les atteintes sexuelles – pelotage, proposition sexuelle, être suivie – 7,8% sont concernées, et 1,6% le sont pour les violences physiques, contre 8,6% et 1,5% en 2002. Finalement, 0,2 ont déclaré avoir subi des violences sexuelles, un chiffre égal à celui de 2002.

Si les chiffres ne sont pas en baisse, on peut tout de même souligner une amélioration ces dernières années : de trois plaintes par jour déposées en commissariat en 2013, nous sommes passées à cinq plaintes en 2017, ce qui signife que les femmes sont plus à même de porter plainte aujourd'hui. Le préfet a par ailleurs précisé que 1500 affaires de violences sexistes avaient été traitées dans la même période de temps. L'ensemble du groupe de parole rappelle enfin que les femmes en situation de violence conjugale peuvent se rapporcher de la Fédération Nationale Solidarité Femmes au 3919.

as/www.ipreunion.com

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