Mise en cause par une pétition, la filière se défend

"Les ananas péi sont sains et bons"

Une étude réalisée sur six ans par l’association de protection environnementale Générations futures inquiète les consommateurs réunionnais. Et il y a de quoi quand on lit les conclusions de l’enquête, le fruit qui présenterait le plus fort taux de pesticides est l’ananas. Selon l’étude, 46% des ananas de la production française viendraient de La Réunion. L’ananas, c’est un peu le fruit phare des étals des marchés forains de l’île, apprécié des Réunionnais, on en trouve toute l’année. Le fruit serait-il bourré de pesticides ? Faux répond la chambre d’Agriculture "la filière ananas à La Réunion est saine", point, barre, y’a rien à voir !

Inquiétude et pétition

Les chiffres de l'étude sont affolants: 65,9% des échantillons présenteraient des résidus de pesticides dont 9,6% dépassent les limites autorisées ce qui place l’ananas au premier rang des dépassements en pesticides ! Ça fait froid dans le dos...

Les résultats de l'enquête ont provoqué une levée de bouclier du groupe Cétanou, une plateforme participative et solidaire péi qui a pour vocation d'"d’agir solidairement, partager des solutions alternatives écologiques et économiques, devenir des Consom’Acteurs responsables et des Eco-citoyens engagés pour préserver le futur de nos enfants." Cétanou a donc relayé les conclusions du rapport sur son site en pointant du doigt le volet ananas.

On peut lire que "la France est le premier producteur européen d'ananas avec 30 000 tonnes par ans. 46% provient de La Réunion, 27% de la Guyane et 10% de la Guadeloupe."

Les chiffres sur les pesticides retrouvés dans les ananas ont fait bondir le collectif "nous avons un fruit d’exception, le célèbre Ananas Victoria qui pousse sur nos terres, et mûrit naturellement sous le soleil de La Réunion, gouteux, sucré, riche en vitamine C et en manganèse… Sa culture représente un marché important dans l’économie de l’île, et en parallèle, nous constatons un vide total d’information sur les taux de pesticides présents sur les Ananas Péi." Cetanou en a remis une couche, invitant les consommateurs a signé sa pétition"stop pesticides à La Réunion."

"Une filière saine"

Justement, les chiffres, c'est ce qui a mis la puce à l'oreille de la chambre d'Agriculture "on est vraiment loin de ce qui est annoncé dans cette étude" explique Éric Lucas, responsable diversitification végétale à la chambre verte, avant de poursuivre "on produit 10 000 tonnes d'ananas à La Réunion et on en exporte environ 2 500" détaille-t-il.

Pour Éric Lucas, aucune suspicion ne plane sur la filière ananas "à l'heure actuelle, les agriculteurs n'ont aucune raison de traiter les ananas, que ce soit avec des fongicides ou des pesticides car nos ananas ne sont pas touchés par des insectes, cochenilles, charançon ou autres" indique-t-il.

Un produit pourrait poser question mais ce n'est ni un pesticide, ni un fongicide, il s'agit d'un engrais chimique"effectivement, nous utilisons de l'éthylène liquide. L'ananas en produit naturellement mais on triche un peu pour stimuler la floraison, ce n'est pas abrasif pour la plante ni mauvais pour la santé du consommateur" précise Éric Lucas.

Quant à la confusion dans le rapport de Générations futures, elle serait du à un amalgame. C'est ce qu'affirme Yannick Soupapoulle, chef de projet de l'association réunionnaise interprofessionnelle des fruits et légumes (Arifel). "il y a clairement méprise sur la provenance des ananas pris en compte dans cette étude." fait-il valoir.

Yannick Soupapoulle explique que l'enquête de Générations futures n'est pas claire et qu'il y aurait confusion entre production et importation "on peut trouver des résidus de pesticides dans les ananas mais cela n'a rien à voir avec La Réunion, les plus gros exportateurs sont le Costa Rica, le Brésil et des pays d'Afrique comme la Côte d'Ivoire, eux font face à des invasions nocives pour les ananas, ils utilisent donc des pesticides pour lutter contre".

"La production locale dans le viseur"

Par ailleurs, le chef de projet de l'Arifel déplore "la critique systématique qui est faite sur la production locale." Selon lui, la question sanitaire des produits importés est rarement remise en question. S'il comprend les inquiétudes des consommateurs réunionnais et la prise de conscience qui en découle, un point le dérange particulièrement "on veut mettre en parallèle la métropole et La Réunion mais nous ne faisons pas face aux mêmes problématiques, cette association la filière ananas locale alors qu'elle est saine, derrière, il y a des gens et c'est leur gagne-pain qui est remis en question. Malgré leur bonne volonté, ces consommateurs militants font parfois des raccourcis qui ont des conséquences désastreuses pour les agriculteurs" s'indigne-t-il. La Réunion, entre 380 et 400 agriculteurs cultivent des ananas.

Vérifier les informations

Depuis quelques années, les pétitions se multiplient, partagées par des milliers de personnes sur les réseaux sociaux, elles sont parfois basées sur de fausses ou inexactes informations. Pour cette fois, les informations relayées ne sont pas fiables, non les ananas réunionnais ne sont pas infestés de pesticides.

Cependant, on ne peut pas dénigrer ce nouveau mode d'expression des citoyens. Certaines pétitions ont permis de bouger les lignes, d'interpeller les politiques, d'informer l'opinion publique.

fh/www.ipreunion.com / redac@ipreunion.com

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