Sous certaines conditions

Légalisation des compétitions de MMA : les ligues de sports de combat de La Réunion sont OK

photo/ AFP

La France est l’un des derniers pays européens à bannir les compétitions de MMA (mixed martial arts en anglais, arts martiaux mixtes en français) mais va bientôt changer. Fin juin 2019, Roxana Maracineanu, la ministre des sports, a annoncé la légalisation de ce sport au 1er janvier 2020. La structuration du MMA sera confiée à une fédération de sports de combats, reste à savoir laquelle... tout se décidera d’ici la fin de l’année. La Réunion, les arts martiaux ont la cote, Imaz Press a cherché à savoir ce que l’officialisation de cette discipline encore très controversée pourrait changer sur l’île.

Aujourd’hui, la pratique du MMA est autorisée en France. En revanche, les compétitions sont interdites. La Réunion, les pratiquants d’arts martiaux sont nombreux, de manière générale, les présidents de fédérations de sports de combat voient la légalisation du MMA d’un bon oeil mais ils attendent une règlementation précise pour encadrer ce sport qui souffre d’une image péjorative : cage, effusions d’hémoglobine, impression que tous les coups sont permis…

Le MMA, qu’est-ce que c’est ?

Pour répondre à cette question, autant faire appel à un spécialiste de la discipline. Frédy Dambreville est instructeur de MMA depuis 2010. Son diplôme lui a été délivré par la commission nationale de la discipline. Il nous explique que le MMA est un mélanges de plusieurs disciplines connue "c’est un mix de boxe thai, kick-boxing, lutte contact, ju jitsu brésilien et pancrace. Des sports tous autorisés mais dès qu’on les mélange, ça y est, c’est interdit" explique-t-il, dubitatif.

Non, tous les coups ne sont pas permis dans le MMA

Frédy Dambreville entraîne une quarantaine de combattants dans son dojo à Saint-Denis "les règles sont simples, le MMA est une discipline de percussions pied, poing, genou, coude, qu’on retrouve dans la boxe anglaise et la boxe thai. Dès qu’on s’accroche et on est sur de la lutte et du judo et au sol, c’est du ju jitsu brésilien, de la lutte olympienne. Le MMA n’a rien inventé, on reprend juste les codes d’autres sports de combat."

Quant à la mauvaise image que traîne la discipline, Frédy Dambreville a sa petite hypothèse "en France, on est très conservateur, je pense que c’est à cause du fait que l’on braque les projecteurs sur les compétitions mais personne ne vient voir ce qui se passe en salle, la base de ce sport, c’est de préserver l’intégrité physique des combattants. D’ailleurs, le rôle de l’arbitre est central, il permet d’arrêter le combat à tout moment." Pour l’instructeur, la pratique de ce sport est avant tout pédagogique et éducative "on est très loin de l’image du voyou" ajoute-t-il.

Frédy Dambreville attend la légalisation du MMA avec impatience "cela va mettre un terme à la pratique sauvage qui ternit l’image de ce sport. Dans ces combats illégaux, tous les coups sont permis, ce sont les vidéos que vous voyez sur Internet avec des gamins qui se tabassent jusqu’au KO, le MMA, ce n’est pas cela." termine-t-il.

Pour la ligue de karaté, tout est question de règles

La ligue de karaté et disciplines associées est elle aussi pour la légalisation du MMA mais elle émet quelques réserves. Alix Caro, le président de la ligue soulève deux points importants "l’éthique morale et les termes juridiques pour encadrer la discipline".

C’est justement toute la problématique. Alex Caro considère que le flou qui règne autour des règles qui régissent le MMA viennent ternir sa réputation "si le ministère décide de fixer des règles claires, une pédagogie… ce sera alors plus simple de faire accepter la discipline au grand public". Aujourd’hui, cette image violente qui colle à la peau du MMA est exacerbée par la présence de cage, Alex Caro est catégorique "il faudrait les enlever, ça adoucirait l’image de ce sport qui peut donner d’impression de voir des gladiateurs s’affronter dans une arène. Je pense que le MMA peut tout à fait se pratiquer sur un ring de boxe".

L’avis de Frédy Dambreville sur la question est à l’opposé "ce qu’on appelle folkloriquement ‘une cage’ est en fait un octogone. Si c’était un ring, les combattant passerait à travers les cordes, là ils sont coincés par l’octogone. Cette "cage"permet aussi de mieux bloquer son adversaire au sol avant de terminer pas une soumission. On peut s’entraîner sur un tatami mais pour être en conditions réelles, l’octogone est nécessaire, c’est aussi un enjeu de sécurité"

Alex Caro met le doigt sur une autre problématique, celle des infrastructures. La Réunion, la ligue de karaté compte entre 4200 et 4500 licenciés et elle fait face à un manque de place, de dojo pour les entraînements, les créneaux sont donc limités "on est en retard de 24% par rapport à la Métropole sur les structures, avec le MMA, la question de la place se posera"

La ligue de judo suivra les directives nationales

De son aveu, Bernard Laterrière, le président de la ligue de judo n’est pas un fin connaisseur de MMA. Sur ce dossier, il suivra donc les directives fédérales. Au niveau national, la fédération de judo est assez favorable à la légalisation du MMA sous certaines conditions citées par Bernard Laterrière "pas de cage, frappes au sol interdites et une formation stricte pour les instructeurs". Bernard Laterrière insiste sur ce point "il faudra former des officiels pour encadrer la pratique, sur les règles et les compétition, sans cela, ça va partir dans tous les sens".

De plus, le président de la ligue de judo voit aussi l’officialisation du MMA comme une possibilité de développer ce sport de combat qui suscite de la curiosité et donc d’augmenter le nombre de licenciés de la ligue "on est à environ 3500 licenciés, prendre le MMA sous notre aile pourrait nous permettre d’en avoir plus car beaucoup d’adeptes de MMA viennent du judo…".

La ligue de kick-boxing se frotte les mains

Le plus enthousiaste sur le sujet, c’est Jean-Bernard Sautron, le président de la ligue de kick-boxing "le MMA est très proche du pancrace, ce ne sera donc pas difficile de former nos éducateurs, il ne manquera que le volet sur les frappes au solà apprendre". Le président de ligue d’ajouter "à l’heure actuelle, nous avons entre 40 et 50 spécialistes (entraineurs ndlr) de pancrace, c’est à dire qu’ils possèdent le diplôme reconnu par la fédération, ils pourront facilement prétendre à devenir spécialistes de MMA" se réjouit-il.

Jean-Bernard Sautron est aussi persuadé que cette officialisation du MMA va attirer de nombreux amateurs mais qu’une majorité d’entre eux ne se cherchera pas à devenir pro "on restera sur une pratique récréative, notre fédération compte aujourd’hui 1800 licenciés, on peut s’attendre à voir une augmentation de ce nombre mais pas non plus un boom" termine-t-il.

Frédy Dambreville, instructeur de MMA depuis plus de dix ans est sur la même longueur d’onde "la pratique est déjà autorisée, je ne pense pas que le fait que les compétitions le soient aussi ait un gros impact sur le nombre de licenciés à La Réunion. Cela va juste structurer la discipline, permettre de mieux faire connaître les règles de ce sport"

Le MMA légal à partir de 2020

Avis plutôt positif du milieu des arts martiaux à La Réunion mais les tractations au niveau national risquent d’être âpres car les conditions de certaines fédérations semblent irréalisables expliquent certains aficionados de la discipline. Et c'est aussi une belle manne financière... Le choix de la fédération qui aura le MMA sous sa houlette se fera d'ici la fin d'année. "La fédération choisie obtiendra, à partir du 1er janvier 2020, une délégation pleine et entière pendant deux ans sur les volets amateur et professionnel" a annoncé la ministre des Sports.

fh/www.ipreunion.com

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