Le corps de son fils a été retrouvé dans la Garonne

Le père de Martin Pennica lance un cri d’alerte sur la nouvelle drogue "MDMA"

Photo : DR

Le 2 avril 2019, le corps de Martin Pennica a été repêché dans la Garonne, en Métropole. L’étudiant réunionnais de 24 ans était alors porté disparu depuis plus de deux mois. Interne en chirurgie ORL, il faisait ses études à Bordeaux et a disparu dans la nuit du 18 au 19 janvier, après une sortie en discothèque avec ses amis. Aujourd’hui son père lance un cri d’alerte : le docteur Pennica estime que son fils a été victime, comme beaucoup d’autres jeunes, de la drogue notamment la "MDMA". Ce dérivé de l’ecstasy provoque selon les mots du docteur un "scandale sanitaire". "Il faut absolument une prise de conscience du risque que prennent nos jeunes" écrit-il. Nous publions sa lettre ci-dessous.

Fin janvier, l'alarme est donnée : Martin Pennica, un jeune Réunionnais de 24 ans, interne en médecine ORL n'a pas donné signe de vie. L'alerte a été lancée sur les réseaux sociaux par l'association des internes des hôpitaux de Bordeaux (AIHB). De son côté, la police a ouvert une enquête et engagé des recherches pour le localiser.

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L'étudiant se volatilise à la sortie d'une discothèque du centre-ville de Bordeaux. Depuis, plus aucune trace du jeune homme. Malgré les recherches des enquêteurs, la mobilisation de ses proches, les auditions de dizaine de personnes, des semaines après toujours aucune nouvelle. Seule piste écartée par la police : la disparition volontaire.

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Début avril, un corps est repêché dans la Garonne. Jusqu'ici, les enquêteurs avaient de fortes présomptions, elles ont été confirmées par les résultats des analyses ADN sortis le mardi 2 avril. Le corps repêché dans la Garonne au niveau du quai Français de Bassens le 21 mars dernier, soit plus de deux mois après la disparition de l'étudiant réunionnais, est bien celui de Martin Pennica.

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Le procureur conclue à une alcoolisation importante dûe à la soirée où se trouvait le Réunionnais le soir de sa disparition. Le docteur Pennica aujourd'hui, le père de Martin, rappelle que certains journalistes avaient évoqué l'existence d'un "produit chimique". Or sa détection est impossibles des semaines après avoir retrouvé le corps. Pourtant son père en est sûr : son fils a été victime d'une drogue, la MDMA, un dérivé de l'ecstasy extrêmement dangereux. Complications rénales, cardiaques ou cérébrales, hépatites... les dégâts sur la santé sont nombreux.

Nous publions ci-dessous la lettre du docteur Pennica

Lettre publiée dans le Quotidien du médecin

"Je souhaite vous alerter sur un fléau méconnu et pourtant hautement dramatique. Ce fléau entraîne des dizaines de morts et des centaines de blessés souvent graves chaque année. Il touche dans l'immense majorité des jeunes de quinze à trente ans.

Ma démarche aujourd'hui trouve son origine dans le drame que je viens de vivre.

J'ai cinquante-cinq ans, marié, chirurgien, père de deux enfants. Le plus jeune d'entre eux, vingt-quatre ans, interne en chirurgie, s'est noyé dans la Garonne en début d'année. C'était un jeune homme brillant, au parcours sans faute, apparemment tout à fait équilibré, sportif, sans problème relationnel particulier notamment amoureux. L'avenir lui tendait les bras jusqu'à cette fête qui lui aura été fatale.

Une fête arrosée d'alcool, comme cela a toujours existé, mais avec un élément nouveau qui est à l'origine du basculement psychologiquement de l'état de faible conscience du danger à l'état d'inconscience totale du danger, et donc du drame. C'est ce qui est arrivé à mon fils.

Cet élément, c'est la MDMA : une drogue " festive " dérivée de l'Ecstasy, largement valorisée dans les témoignages des jeunes notamment sur internet.

D'après la police, mon fils s'est noyé " accidentellement " dans la Garonne comme des dizaines de jeunes avant lui et probablement après lui. Ces " pseudos accidents " ont été très nombreux dans les années 2010 au moment de l'arrivée de cette " nouvelle Ecstasy" en France. l'époque, sur seulement une année, certains journalistes avaient comptabilisé plus de trente jeunes disparus puis retrouvés noyés (comme mon fils), sans blessure, habillés, avec leur portefeuille toujours sur eux.

Le procureur concluait alors rapidement à une alcoolisation importante et l'affaire était classée. Pourtant, certains journalistes émettaient un doute quant à l'existence d'un " produit chimique ", mais on ne savait pas lequel. Un produit à la demi-vie courte qui empêchait sa détection lors de la récupération des corps des semaines après le drame. Et qui, de surcroît, n'est pas forcément recherché de façon systématique en première intention, contrairement au dosage de l'alcoolémie.

Nouveau produit, nouveau dosage, détection non systématique, présentation festive et non dangereuse, corps retrouvés tardivement, médias silencieux, campagne scolaire inexistante : toutes les conditions sont réunies pour passer à côté.

Quelques articles et quelques reportages çà et là ont abordé le sujet. Mais la manière de le traiter et d'enquêter n'a pas permis de hisser ce problème au niveau de scandale sanitaire qui est le sien. On peut le comparer au scandale du Mediator en termes de victimes. En effet les autorités ne prennent en compte que les morts directes secondaires à la prise de MDMA : complications cardiaques, cérébrales, rénales, hépatiques.

Mais elles occultent les morts indirectes par sauts (et non glissade) dans les rivières, noyades, sauts dans le vide tête la première, (fausses) chutes de balcon, sauts de falaise, de rempart, accident de voiture, pseudo suicides (sans signe précurseur ni lettre testamentaire) laissant les parents dans l'incompréhension et le désespoir !!!

Ce produit, la MDMA, souvent en association avec l'alcool, entraine des réactions paranoïaques et paradoxales. Les urgences des hôpitaux le savent puisqu'ils récupèrent tous les week-ends des jeunes complètement confus et hagards, souvent blessés, paralysés, handicapés ...

Les pompiers témoignent de plus en plus de ce phénomène. Ils arrivent sur les lieux où la personne adopte une attitude dangereuse pour elle-même (rebord d'un balcon, d'un rempart, d'un pont). Ils ont alors à faire avec un individu complètement déjanté, dont le comportement est différent de la simple alcoolisation. " Une fois récupérée, la personne doit parfois être sanglée ", affirme un médecin pompier.

Ceux-là sont sauvés. Mais les autres n'y réchappent pas et se tuent en donnant l'impression d'un simple accident sans rapport avec la prise de drogue ? Qui comptabilise ? Qui fait les rapprochements ? Qui alerte ? Qui dénonce ? Qui lance les campagnes de prévention ?

Le nombre de décès des 15-30 ans secondaire à cette drogue est beaucoup plus important qu'on ne le pense. La consommation a explosé (deuxième drogue après le cannabis). On peut s'en procurer de plus en plus facilement et de moins en moins cher. Elle touche des centaines de milliers de jeunes. Toutes les occasions sont bonnes : les week-ends pour les fêtes, les tonus et les soirées d'intégrations, les carnavals étudiants, les anniversaires (comme mon fils). Les accidents sont donc de plus en plus fréquents.

Aucun adolescent et ami avec qui nous avons parlé après le décès de notre fils n'était conscient des risques qu'il prenait. Par contre tous ont avoué en avoir déjà pris. Demandez autour de vous. C'est très commun et très banal " puisqu'un copain m'a dit qu'il n'y avait pas de risque ". Pour eux c'est anodin, c'est juste pour faire la fête...

Pourquoi ce courrier me direz-vous : tout simplement pour médiatiser ce fléau. Pour que les lanceurs d'alerte, les autorités, les médias, les associations s'emparent de ce sujet et enquêtent véritablement. Comptabiliser de façon exhaustive tous les accidents et décès indirects dus à ces substances chimiques qui font perdre la tête à nos enfants.

Il faut absolument une prise de conscience du risque que prennent nos jeunes. Il faut aussi que les parents sachent que leurs enfants seront un jour ou l'autre confrontés à la tentation de la MDMA (et malheureusement aussi d'autres nouvelles drogues comme la GHB et la GBL). Il faut que l'on puisse alerter, montrer des vidéos de jeunes en délire, mal en point. Avertir des risques dans les collèges et les lycées. Il faut ouvrir les yeux des jeunes, de VOS ENFANTS, des autorités, des parents (complètement " largués " sur ces nouvelles drogues).

Je n'ai trouvé aucun organisme ou instance qui recense toutes ces morts suspectes, disparitions inquiétantes et autres pseudos suicides dans les statistiques des décès et accidents. Si le vrai chiffre des victimes apparaissait dans les médias, nul doute que les autorités réagiraient. On pourrait alors envisager une vraie information et une prise de conscience des risques encourus. Et peut-être freiner cette déferlante de consommation chez les ados de plus en plus jeunes et sauver la vie de dizaine de jeunes.

Docteur Angelo Pennica, chirurgien ORL, La Réunion"

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