Réunion vendredi 17 avril 2020
Anticiper la fin de l’épidémie

Pour "le jour d’après" : le dépistage massif est le seul rempart contre la circulation du coronavirus

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L’idée se répand de plus en plus que le nouveau coronavirus continuera à circuler tant qu’un vaccin n’aura pas été mis au point. A La Réunion, 394 cas de covid-19 ont été recensés depuis le début de l’épidémie. Ainsi certains pays commencent à parler "d’immunité collective", considérée par certains comme étant le seul moyen de lutter contre la circulation du virus. Un concept qui implique d’avoir plus de la moitié de la population contaminée. (Photo d’illustration rb/www.ipreunion.com)

Si la France vient à voir un jour son nombre de cas de covid-19 baisser de façon significative, cela ne voudrait pas dire pour autant que nous sommes débarrassés du virus. Preuve en est également qu'à La Réunion, après un franc ralentissement du bilan quotidien de cas confirmés, et aucun nouveau cas recensé pendant deux jours, 4 nouveaux cas ont été finalement confirmés ce jeudi 16 avril. Rien n'est donc joué.

Certains comme l'Uruguay par exemple visent alors l'"immunité collective". Concrètement, cela veut dire augmenter le nombre d'habitants immunisés et donc dotés des anticorps nécessaires pour empêcher la circulation virale. Mais le concept fait encore débat au sein de la communauté scientifique.

Selon le docteur François Chièze, directeur veille et sécurité sanitaire à l'Agence régionale de santé de La Réunion, "on a réutilisé des termes pour rendre plus moderne cette situation sanitaire". Pourtant il est nécessaire de rester très prudent.

A partir de quand considère-t-on qu'une population est immunisée ? Le seuil peut varier en fonction de l'infection virale et pour le nouveau coronavirus, il est encore en débat.

A La Réunion, nous avons connu une forme d'immunité collective dans le cas de la dengue par exemple, "pour le premier sérotype, à partir de 40% de la population contaminée, on sait que le virus circule de façon très limitée".

- L'exemple du chikungunya -

Dans le cas du chikungunya, dont l'épidémie a sévi en 2005-2006 à La Réunion, les chiffres parlent d'eux-mêmes : "on est arrivé jusqu'à 40.000 cas par semaine au plus haut de l'épidémie" rappelle le docteur Chièze. Le virus a touché au total près de 40% de la population faisant plus de 200 morts.

"Mais il n'y a eu qu'une seule vague épidémique, parce qu'on a dépassé un seuil qui a entraîné une limitation de la circulation virale du chikungunya" explique François Chièze. "Tout s'est arrêté l'année même de la circulation. Mais les dégâts sont énormes : beaucoup de décès, des comorbidités, des morbidités majeures. Certains ont encore des séquelles du virus aujourd'hui." Sur le plan des articulations notamment, l'épidémie a laissé des traces.

On voit donc dans le cas du chikungunya ou de la dengue que l'immunité dite "collective" se fait plus ou moins de façon naturelle, aussi car il n'existe pas de traitement efficace ou de vaccin ou bloquer volontairement la circulation virale. Le fait que ce concept devienne une stratégie dans certains pays fait débat notamment au sein de l'OMS.

- Seuls 0,05% des Réunionnais contaminés -

"L'histoire de ce virus est très récente, il y a donc encore beaucoup d'incertitudes mais son niveau d'immunité collective se situerait selon plusieurs études autour de 55%-60% de la population" nous indique le docteur Chièze.

Un taux dont la France est encore loin : seul 0,2% de la population a été contaminée depuis le début de l'épidémie. A La Réunion, plus précisément, moins de 0,05% des habitants sont touchés, soit 394 cas au total, sur près de 860.000 habitants.

Il est cependant bien trop tôt selon les autorités sanitaires pour faire une estimation de la circulation virale et de sa "fin" possible sur l'île. La communauté scientifique ne sait d'ailleurs toujours pas s'il est possible d'être contaminé à plusieurs reprises par le SARS-CoV-2 (le nom exact du virus).

"L'essentiel en attendant est de maintenir le système de santé dans son intégrité, on augmente les lits de réanimation et on augmente le nombre respirateurs" rappelle le docteur Chièze.

Car rien ne permet de dire pour l'instant si l'épidémie en restera là où non. Source d'inquiétude à La Réunion : l'apparition de formes graves du virus. Dans les Outre-mer et à La Réunion précisément, la part des personnes dites "à risque" est supérieure à la Métropole. Il s'agit de personnes en surpoids, diabétiques, qui souffrent hypertension, autant de facteurs à risque majeurs qui demande la plus grande surveillance.

- Multiplier les tests pour mieux estimer la circulation du virus -

"Nous n'avons aucune certitude sur le fait qu'on ait atteint un plateau, on ne sait pas si c'est fini" rappelle François Chièze. Et pour avoir une meilleure idée de la réalité de la circulation virale sur l'île, il faut tester.

"Il faut démultiplier les chances d'investigation pour avoir une idée de la réalité, et donc renforcer le dépistage. Des personnes ont des symptômes, d'autres peu, et ne sont donc pas identifiées" ajoute-t-il.

Pour l'ARS, l'anticipation sur le territoire réunionnais a été réelle et reste un point positif face à l'épidémie. Six jours seulement après l'annonce du premier cas de covid-19 à La Réunion, l'île a été placée en confinement au même titre que l'Hexagone. Une avance non négligeable.

"Des études internationales ont été menées sur les cas asymptomatiques, mais nous sommes incapables de donner un taux pour l'instant : ce nombre est-il important ou pas ? En-dehors des cas importés sur l'île, y a-t-il eu également des asymptomatiques qui auraient pur contaminer d'autres personnes ? C'est pour ça qu'il faut tester en nombre, c'est le seul moyen de savoir."

mm / www.ipreunion.com / redac@ipreunion.com

Pour aller plus loin :

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