La mouche à fruits fait des ravages

La saison des mangues est presque finie, avant qu’on en ait vu la couleur...

Mercredi 8 janvier 2014 Patrick Serveaux dans son exploitation

La mouche des fruits continue des faire des ravages et les mangues sont les premières victimes. Commencée très tôt, la saison a été mauvaise et les mangues plus que discrètes cette année ! Quelques José peuvent encore pousser d’ici février mais c’est bel et bien la fin de la saison... Certains agriculteurs ont perdu la moitié de leurs récoltes. Et selon la Chambre d’Agriculture, cela ne va pas aller en s’arrangeant. Un espoir : la technique des mâles stériles, déjà développée à Maurice, qui pourrait permettre à La Réunion d’éradiquer cet insecte qui détruit tous les fruits sur son passage. (Photo d’illustration rb/www.ipreunion.com)

Déjà presque plus de mangues... Les amoureux de ce fruit estival sont bien déçus. "Nous n'en avons vraiment pas eues beaucoup. Seules quelques floraisons, mais les fruits n'ont pas tenu" explique Eric Lucas, responsable de la cellule diversification végétale à la Chambre d'Agriculture. "Comme les letchis on a eu des mangues assez précoces. On aura quand même quelques mangues José jusqu'à fin février. Mais la grosse problématique pour nous reste la mouche des fruits."

Chaque année, l'impact de cet insecte tropical se renforce : "comme il y a moins en moins de mangues, toutes les mouches vont sur les fruits qui sont encore dans les arbres. C'est de plus en plus compliqué pour l'agriculteur de garder ses mangues saines" explique Eric Lucas.

Toutes les variétés sont concernées : américaine, José, carotte, Heidi... "Pour les carottes, les mouches doivent attendre que la mangue soit bien mûre avant de piquer. Pour les autres, la mouche peut piquer le fruit même s'il n'est pas mûr... La mouche aime les bonnes variétés… elle sait faire son choix !" rit un peu jaune le responsable.

Cette année, leur population a été accélérée avec les intempéries. Certains agriculteurs ont perdu 50% de leur production, déjà minorée par la mauvaise floraison. "Quand les agriculteurs récoltent 30 caisses, ils en jettent 15. Ça devient assez préoccupant même si on multiplie les pièges" se désole Eric Lucas.

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L'impact économique va plus loin puisque désormais les mangues sont bannies des colis de fruits et ne peuvent plus être envoyées en métropole. L’Europe a pris des dispositions pour renforcer la protection de son territoire face aux organismes nuisibles, pour éviter l’introduction et la dissémination de ravageurs. Et à la Réunion, la mouche des fruits fait trop de dégâts dans les vergers de mangues.

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Des gestes simples pour se protéger de la mouche

La population a du mal à se réguler, mais il existe malgré tout des solutions temporaires pour limiter son impact sur les mangues. "En premier lieu, il est impératif de récolter les fruits tombés par terre, de les enfermer dans un sac hermétique et de les laisser sécher au soleil quelques jours avant de les jeter" conseille Eric Lucas. Une technique pour tuer la pulpe et les larves logées à l'intérieur.

Dans tous les cas, agriculteurs, particuliers, jardiniers, "il faut que tout le monde fasse le maximum pour ramasser les fruits tombés, si on ne le fait pas, la mouche va revenir. Elle a un cycle dans le sol, et ressort plus facilement quand le terrain est humide". Vous l'avez compris : ne laissez pas les mangues pourrir par terre.

"Plus on va les ramasser plus on va casser le cycle de la mouche, qui peut donner 200 individus, et ainsi de suite. Elle a une capacité de prolifération très importante !" rappelle Eric Lucas. Si vous avez des poules ou des canards, vous pouvez également leur donner les fruits pourris, ils raffolent de ça et feront le nettoyage naturellement.

Un préjudice financier pour les agriculteurs

C'est officiel, la saison est mauvaise et c'est ce qu'annonçaient les prévisions, mais elle est plus mauvaise encore à cause des piqûres de mouches. "C'est un préjudice financier important pour les agriculteurs. Combattre la mouche des fruits est devenu une vraie lutte agro-écologique" estime Eric Lucas.

En effet les efforts mettront environ deux saisons à faire effet. Un travail colossal dont les bénéfices ne seront visibles que bien plus tard. "Il y avait une production avant la mouche, et une production après la mouche, avec de nombreux problèmes de qualité" ajoute le responsable de la Chambre d'Agriculture.

Résultat : des consommateurs mécontents, qui achètent des mangues avec parfois des vers à l'intérieur, et des agriculteurs démunis qui ne souhaitent pas traiter leurs mangues tous les jours à coup d'insecticides. "D'autant plus qu'aucun produit n'est efficace pour le moment contre la mouche" indique Eric Lucas.

Les mâles stériles, une solution venue de Maurice

Les méthodes anti-mouches pour protéger les mangues sont surtout des solutions naturelles. Et une nouvelle technique fait parler d'elle, déjà abordée dans le cadre des moustiques et de la lutte anti-vectorielle : les mâles stériles.

"Ce serait une manière de réguler la population", explique Eric Lucas. "Mais ça demande des équipements... Les Mauriciens, eux, sont en avance, ils sont en train de construire un centre de stérilisation massif. L'espoir, c'est qu'ils nous revendent ensuite des mâles stériles qu'on lâcherait dans différents points de La Réunion pour faire diminuer la population."

Le projet marche difficilement sur le court terme, les effets de cette méthode pourraient porter leurs fruits 4 ou 5 ans après l'introduction des premiers mâles stériles à La Réunion, dans le meilleur des cas. Il faudra donc être patient.

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