Alors qu’un détenu coûte 100 euros par jour

La Réunion veut renforcer le recours aux travaux d’intérêts généraux

photo RB imaz press Réunion

Le gouvernement veut donner un coup d’accélérateur au recours aux travaux d’intérêt général partout en France. La Réunion, où la surpopulation carcérale est une réalité, sera en première ligne dans cette démarche. Un référent interrégional pour l’agence nationale du travail d’intérêt général vient d’être nommé avec pour ambition de donner une nouvelle impulsion à ce dispositif qui constitue une véritable alternative à la détention dont le coût est estimé à 100 ? par jour et par détenu (Photo rb/www ;ipreunion.com)

Passer de 18 000 TIG à 30 000 TIG à l’horizon 2022

C’était une des mesures fortes annoncées par le président de la République Emmanuel Macron il y a deux ans, la création d’une Agence nationale du travail d’intérêt général afin de renforcer et faciliter l’usage de ce dispositif, et ainsi lutter contre la surpopulation carcérale. L’objectif pour l’Etat est de passer de 18 000 TIG exécutés en 2017 à 30 000 à l’horizon 2022.

Près d’un an après sa création, en décembre 2018, le Ministère de la Justice recense 20 000 TIG. Afin de renforcer cette dynamique, la Garde des Sceaux, Nicole Belloubet, a signé le 12 novembre 2019 un accord avec 34 acteurs publics et privés afin de créer de nouveaux postes de travaux d’intérêt général. Parmi ces acteurs, des entreprises comme la Poste, des collectivités territoriales, des associations, et, fait plus cocasse, l’Elysée qui s’engagera à accueillir des auteurs d’infraction condamnés à une peine d’intérêt général.

Un référent pour donner une nouvelle impulsion aux TIG à La Réunion

A La Réunion, on n’a pas attendu cette loi pour miser sur les TIG. Entre juillet 2018 et juin 2019, 195 peines de TIG ont été prononcées pour Saint-Denis et 118 pour Saint-Pierre. Ainsi, 12% des peines prononcées sur l’île sont des peines de travaux d’intérêt général, et ce, alors que la moyenne nationale avoisine les 6% des peines prononcées. Très concrètement, on recense actuellement 138 postes actifs dédiés aux travaux d’intérêt général, via 67 partenaires dont des associations, la gendarmerie, les hôpitaux ou encore toutes les mairies.

Des chiffres qui seront amenés à évoluer à la hausse dans les prochains mois. C’est en tout cas l’ambition de Didier Avril, nommé référent interrégional (Réunion – Mayotte) pour l’agence nationale du travail d’intérêt général, en septembre dernier. Il fait partie des 31 référents nouvellement nommés afin de donner une nouvelle impulsion à ce dispositif dans les territoires concernés. Didier Avril aura notamment pour missions d’animer le réseau des partenaires actuels, de diversifier les postes de TIG en mobilisant de nouveaux acteurs. Ce dernier a d’ailleurs déjà commencé à rencontrer de nouveaux partenaires.

La détention coûte 100 euros par jour et par détenu à La Réunion

A La Réunion, où la surpopulation carcérale est une réalité, le territoire gagnerait à avoir davantage recours à ce dispositif qui concerne les condamnations à moins de 6 mois de prison. Chaque détenu coûte en effet 100 euros jour pour sa détention. En 2019, 30% des condamnations prononcées par le tribunal de Saint-Denis sont inférieures à 6 mois. Ce chiffre est de 37% pour le tribunal de Saint-Pierre. Le calcul est donc rapidement fait pour juger de l’utilité de cette mesure.

Le TIG serait donc une manière d’allier habilement mise en œuvre d’un service civique ou d’une mission de service public, lutte contre la surpopulation carcérale, persévération des responsabilités sociales, familiales et matérielles du condamné, et enfin insertion sociale et professionnelle. La Réunion, territoire pilote pour l’économie sociale et solidaire

"Je sens une réelle motivation des acteurs du territoire", note Didier Avril qui ne manque pas de projets afin de renforcer le dispositif à La Réunion. "La majorité des TIG sont actuellement fléchés vers l’entretien des locaux et des espaces verts. Je souhaite diversifier l’offre vers des missions d’accueil du public, les services à la personne, ou encore l’économie sociale et solidaire", détaille le référent territorial.

Pour ce faire, le représentant de l’administration pénitentiaire pourra s’appuyer sur les entreprises de l’économie sociale et solidaire. En effet, "La Réunion fait partie des 20 sites pilotes sélectionnés pour l’économie sociale et solidaire, le seul d’Outre-mer", annonce Didier Avril.

Le membre de l’agence nationale du travail d’intérêt général souhaite également développer des " chantiers TIG " qui permettraient aux condamnés de purger leur peine d’intérêt général tout en bénéficiant d’une formation qualifiante. " Cela permettrait à certains d’entrer dans un véritable parcours d’insertion et ainsi de voir le bout du tunnel ", souligne Didier Avril.

Pour rappel, un travailleur d’intérêt général ne perçoit pas de rémunération. Il doit être âgé au minimum de 16 ans et doit effectuer un certain nombre d’heures de TIG en fonction de l’infraction commise : 20 à 120 heures en cas de contravention et 20 à 400 heures en cas de délit.

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