Tribune libre

La Réunion, territoire oublié de la République française ?

photo RB imaz Press Réunion

Le mouvement des " gilets jaunes " à la Réunion met sur le devant de la scène l’impasse de développement territorial dans laquelle se situerait l’île et le manque de visions à long terme des décideurs politiques locaux en matière de démocratie, d’économie et d’écologie.

Alors qu'Annick Girardin s'est rendue à nouveau sur l'île de la Réunion ce mardi 19 mars pour "dresser un bilan avec le mouvement des 'gilets jaunes' ", alors que l'île est à nouveau sur le devant de la scène suite à une polémique lancée par Brigitte Bardot qualifiant la population réunionnaise de "sauvages", l'attention qui lui est accordée dans les médias, et par la classe politique demeure opportuniste et marginalisée. Pourtant sa situation et le récent mouvement des "gilets jaunes" sur place devraient nous interpeller à bien des égards.

Dans cet article, nous, deux jeunes militants originaires de l'île de la Réunion, dressons une ébauche d'analyse de la situation socio-économique et écologique de l'île et tentons d'expliquer les ferments de la mobilisation des gilets jaunes. Il est notamment mis en évidence que :

- En 2017, le taux de couverture de l’île (à savoir le rapport entre la valeur des exportations et celle des importations) est de seulement 5,8%.

- La monoculture sucrière représente 210 000 tonnes de sucre déversées sur le marché chaque année, dont plus de 90% pour le seul marché européen.

- La Réunion est le deuxième département français le plus consommateur de pesticides par hectare en 2017.

- Le mix énergétique réunionnais repose pour 86,1% sur l’importation d’énergies fossiles.

- L’île de la Réunion se situe très exactement en troisième position des lieux les plus déficitaires du monde en termes écologiques avec à savoir 2820% de déficit.

Alors candidat à l’élection présidentielle Emmanuel Macron dira dans son programme vouloir " libérer les énergies et les possibilités de développement " afin de " moderniser l’économie réunionnaise " et " réconcilier croissance et écologie ".

A l'heure actuelle, 40 % des Réunionnais vivent en dessous du seuil de pauvreté métropolitain, soit plus de 330 000 personnes sur un territoire qui compte 865.000 habitants. Le taux de pauvreté demeure ainsi trois fois plus élevé à la Réunion qu’en France métropolitaine où il est de 14 %. Le manque d’emplois et de revenus d’activité qui en découlent en sont la première cause. En effet, seuls 45 % des 15-64 ans disposent d’un emploi, soit 19% de moins qu’en métropole. Chez les 15-24 ans c’est bien pire avec un taux de chômage de 56,2% mesuré en 2014.

Mesurées par l’indice de Gini, les inégalités de revenus sont ainsi 30 % plus élevées à La Réunion. Après Paris, La Réunion est le deuxième département français le plus inégalitaire, juste devant les Hauts-de-Seine.

Les 20 % des Réunionnais les plus modestes ne disposent que de 7 % de la masse des revenus disponibles, tandis que les 20 % les plus riches s’en partagent 42%. Ajoutez à cela un coût de la vie en moyenne 7,1% plus cher à la Réunion.

Il est alors aisé de comprendre le caractère explosif de la situation sociale réunionnaise et la mobilisation des gilets jaunes sur les questions d’inégalités ou encore de pouvoir d’achat.

La Réunion est un territoire d'une richesse inouïe, tant par son histoire, son métissage culture, ses traditions que par sa richesse agricole. Son avenir mérite mieux que de basses ambitions politiques, sous influence des lobbies automobiles et financiers qui bloquent les potentiels énormes de ce territoire.

Alexis Chaussalet

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