En 2014

La Réunion 31,9% des habitants âgés de 18-75 ans sont fumeurs

Photo imaz press

A l’instar des régions métropolitaines, La Réunion n’est pas épargnée par le tabagisme et ses conséquences sur la santé de la population. Un quart des Réunionnais de 18 à 75 ans fument du tabac quotidiennement, dont plus de la moitié sont des " gros fumeurs " (au moins 10 cigarettes/jour). Si les hommes sont plus concernés par l’expérimentation du tabac et le tabagisme quotidien, on constate que l’écart hommes/femmes tend à se réduire. La situation concernant les jeunes réunionnais est également préoccupante que ce soit en termes d’expérimentation du tabac (à 17 ans 65 % des garçons et 52 % des jeunes filles ont déjà fumé une cigarette), de consommation quotidienne (22 % des adolescents de 17 ans déclarent fumer du tabac tous les jours), et d’accessibilité du produit (le tabac compte parmi les produits jugés les plus facilement accessibles par les lycéens). L’impact du tabagisme sur la santé des Réunionnais est quantifiable en terme de morbidité et de surmortalité. Le tabac est le produit psychoactif qui cause le plus de décès. Ainsi les décès directement liés au tabagisme représentent 13% de l’ensemble des décès. Par ailleurs, le tabagisme représente la 1ère cause de décès par cancer, et prés d’un tiers des décès liés au tabagisme surviennent prématurément (avant l’âge de 65 ans). Les hommes sont plus largement touchés avec un taux de mortalité 3 fois plus élevé que chez les femmes. Nous publions les chiffres de l’étude de l’ARS-Oi.

Points clés

● En 2014, les prévalences standardisées du tabagisme à La Réunion chez les 18-75 ans (24,1%), comme chez les jeunes de 17 ans (21,0%) étaient supérieures à celles des autres DROM (départements et régions d’outre-mer) et se rapprochaient du niveau nationale (26,9% chez les 18-75 ans et 25,1% à 17 ans). Le nombre de fumeurs était estimé à 150 000 et 2/3 des fumeurs quotidiens déclaraient avoir envie d’arrêter. ● Sur la période 2013-2015, concernant la mortalité par cancer du poumon ou par cancer du poumon associée aux cardiopathies ischémiques et aux BPCO, La Réunion figurait au premier rang des DROM et dépassait de 10 à 20% la moyenne nationale. En 2015, elle faisait partie des 3 régions qui excédaient de plus de 20% le taux national d’hospitalisation et de mortalité pour BPCO. ● Face à ce constat, l’ARS OI poursuit son engagement dans la lutte contre le tabac avec une action concertée et coordonnée de l’ensemble des acteurs. Elle propose des outils et des programmes de prévention innovants en lien avec le contexte, la culture et les modes de vie réunionnais visant à éviter l’entrée dans le tabagisme ou accompagner les fumeurs vers le sevrage.

Le tabagisme à La Réunion Statut tabagique chez les adultes de 18 à 75 ans

En 2014, à La Réunion, 31,9% des personnes âgées de 18-75 ans déclaraient fumer quotidiennement ou occasionnellement, 38,5 % des hommes et 25,7 % des femmes. En comparaison, la proportion de fumeurs quotidiens ou occasionnels en France métropolitaine était de 31,9 %. La consommation quotidienne de tabac à La Réunion s’élevait à 25,9 % parmi les 18-75 ans contre 26,9 % en France métropolitaine (différence non significative). Le nombre de fumeurs quotidiens dans la région est estimé à 150 000. La consommation occasionnelle de tabac s’élevait à 5,9 % pour La Réunion contre 4,9 % en France métropolitaine (différence non significative). La répartition par sexe de fumeurs occasionnels, pour La Réunion, était de 6,4 % chez les hommes et 5,5 % chez les femmes.

Le statut tabagique varie selon le niveau de diplôme et le revenu moyen. Ainsi, en 2014, les proportions de fumeurs quotidiens et d’ex-fumeurs étaient plus élevées parmi les personnes ayant un niveau d’étude inférieur au baccalauréat (28,9 % de fumeurs quotidiens et 15,9 % d’anciens fumeurs) et la prévalence du tabagisme quotidien diminuait lorsque le niveau d’études augmentait. De même, la proportion de fumeurs quotidiens était plus élevée chez les personnes ayant un faible niveau de revenu (1er tercile, 32,2%).

Tabagisme quotidien

En 2014, le pourcentage de fumeurs quotidiens restait plus important chez les hommes que chez les femmes. La proportion de fumeurs quotidiens différait également selon les classes d’âges avec un pourcentage de fumeurs plus important chez les 18-30 ans, suivi des 31-45 ans et des 46-60 ans, par rapport à la classe d’âge des 61-75 ans.

Usage de la cigarette électronique à La Réunion

A La Réunion, la proportion de personnes ayant déjà expérimenté la cigarette électronique était de 18,2 % en 2014, inférieur à celle de la France métropolitaine (32,8 %). Plus d’hommes (21,7 %) que de femmes (14,9 %) ont déjà essayé la cigarette électronique à La Réunion en 2014. La proportion des 18-75 ans ayant déjà vapoté à La Réunion décroit avec l’âge. En 2014, à La Réunion, la proportion de personnes déclarant vapoter quotidiennement était de 3,4 %, proportion non statistiquement différente de celle de la France métropolitaine (3,8 %). La proportion d’utilisateurs quotidiens de la cigarette électronique était équivalente chez les hommes et chez les femmes. La classe d’âge ayant une proportion d’utilisateurs quotidiens de la cigarette électronique la plus importante était celle des 31-45 ans (3,3 %), suivie à un niveau comparable des 18-30 ans (3,8 %) et 46-60 ans (3,7 %).

La morbidité et la mortalité associées à La Réunion La broncho-pneumopathie chronique obstructive

La broncho-pneumopathie chronique obstructive (BPCO) est une maladie respiratoire chronique, attribuable au tabagisme dans plus de 80 % des cas, et qui reste sous-diagnostiquée et méconnue dans la population française. • Les hospitalisations pour exacerbations de BPCO Les exacerbations de BPCO sont un facteur de mauvais pronostic sur l’évolution de la maladie. Les plus sévères nécessitent une hospitalisation. Une partie de ces hospitalisations pourraient être évitées grâce à une prise en charge optimale dès le début des signes d’aggravation. En 2015, tous sexes confondus, le taux d’hospitalisation pour exacerbation de BPCO s’élevait pour la France entière (hors Mayotte) à 22,1 hospitalisations pour 10 000 habitants âgés de 25 ans ou plus. La Réunion (29,7) le taux d’hospitalisation excédait de plus de 20 % le taux national.

• La mortalité par BPCO La broncho-pneumopathie chronique obstructive est globalement sous-déclarée sur les certificats de décès. En effet, il s’agit d’une maladie sous-diagnostiquée, y compris aux stades sévères, et quand elle est diagnostiquée, elle peut ne pas être rapportée sur le certificat de décès quand il existe d’autres causes concurrentes de décès. En 2013-2014, tous sexes confondus, le taux annuel de mortalité par BPCO s’élevait pour la France entière (hors Mayotte) à 29,0 décès pour 100 000 habitants âgés de 45 ans ou plus. Après standardisation sur l’âge, le taux s'élève à 46,6 à La Réunion.

Les actions de prévention du tabagisme à La Réunion

S’agissant des jeunes, public prioritaire en matière de prévention des conduites addictives, des programmes régionaux sont mis en œuvre depuis de nombreuses années, portés par des opérateurs locaux, financés principalement par les institutions (ARS OI, Mildeca, CGSS, collectivités, …) et mis en œuvre avec l’appui des acteurs en charge des jeunes notamment l’Education nationale : • des programmes régionaux d’information, de sensibilisation et de renforcement des compétences psychosociales en faveur des élèves en primaire, collège et lycée professionnel, menés sur l’ensemble de l’île dont les territoires prioritaires de la politique de la ville et les établissements relevant de l’éducation prioritaire ; • des interventions en faveur des jeunes en situation d’insertion pris en charge par l’Ecole de la 2ème chance (E2C) et les Missions locales ; • la structuration du dispositif de repérage précoce, avec l’implantation des consultations jeunes consommateurs (CJC), pour repérer les signaux d’alerte de pratiques addictives et orienter le plus tôt possible vers des dispositifs d’aide et d’accompagnement. Cette stratégie spécifique s’inscrit pleinement en complémentarité de la politique de prévention des risques liés aux conduites addictives. Elle est construite dans la durée et la proximité et s’appuie sur différentes stratégies et modalités d’intervention : -> Protéger les enfants et éviter l’entrée dans le tabagisme : • Mise en œuvre de nouveaux programmes validés de renforcement des compétences psychosociales auprès des enfants et des professionnels qui en ont la charge dans leurs lieux de vie (structures d’accueil de la petite enfance, milieu scolaire, centres de loisirs) ; • Développement de projets de santé communautaire mobilisant les acteurs de proximité, y compris les habitants, au sein de quartiers prioritaires ; • Déploiement des démarches " Lieux de santé sans tabac " et " Ma terrasse sans tabac ". -> Encourager et accompagner les fumeurs pour aller vers le sevrage : • Développement d’une information plus efficace en direction des fumeurs via le site Masanté.re et le dispositif de marketing social #MoisSansTabac ; • Implication des professionnels de santé libéraux dans l’aide à l'arrêt du tabac et l’amélioration de l’accès aux traitements d’aide au sevrage et aux prises en charge ; • Renforcement des actions d’information, d’accompagnement et d’aide au sevrage en faveur de publics fumeurs vulnérables : jeunes en lycée professionnel et femmes enceintes.

Lire aussi => Mois sans tabac à la Réunion et à Mayotte : Bien se préparer pour augmenter ses chances de succès

Conclusion et pespectives

Ce bulletin de santé publique présente un état des lieux détaillé et actualisé avec les données disponibles les plus récentes, des habitudes tabagiques et de la morbimortalité associée au tabac dans les régions françaises, jusqu’au niveau départemental lorsque cela était possible. Les données rassemblées, issues de systèmes de surveillance sanitaire mis en œuvre par différents partenaires (OFDT, Inserm, INCa, Francim, HCL et Santé publique France), soulignent à nouveau, une grande variabilité entre femmes et hommes, entre générations et entre les régions et, au sein de celles-ci, entre les départements. Ces résultats devraient contribuer à mieux définir, mettre en œuvre et évaluer les actions locales de santé publique en matière de prévention de l’entrée dans le tabagisme et d’accompagnement des fumeurs souhaitant arrêter, notamment dans le cadre des programmes régionaux de réduction du tabagisme. Dans les mois qui viennent, cet état des lieux sera progressivement complété avec des données régionales de comportement en matière d’approvisionnement en tabac à l’étranger, ainsi que des données départementales en matière de consommation quotidienne de tabac pour les régions métropolitaines uniquement. Le prochain Baromètre de Santé publique France, prévu pour l’année 2020, concernera aussi bien les régions métropolitaines que celles d’outre-mer et permettra donc d’actualiser les données présentées dans ce BSP pour l’ensemble des régions françaises. Concernant la morbimortalité, des estimations régionales de la fraction de la mortalité attribuable au tabagisme seront également prochainement mises à disposition au niveau régional, ainsi que des estimations départementales relatives aux hospitalisations et à la mortalité par BPCO. Enfin, l’exploitation par l’OFDT de l’enquête nationale en collège et en lycée chez les adolescents sur la santé et les substances (EnCLASS), apportera également des éléments utiles quant aux habitudes tabagiques des adolescents.

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