La PMA pour toutes dans la ligne de mire

La manif pour tous contre-attaque

photo d’archive RB imazpress.com

Ce vendredi 27 septembre 2019, le collectif "Liberté, égalité, paternité" tenait une conférence de presse pour exposer son point de vue sur l’ouverture de la procréation médicalement assistée (PMA) à toutes les femmes. Les membres, déjà dans la rue pour protester contre le mariage pour tous il y a cinq ans, n’ont vraisemblablement pas bougé de position concernant l’égalité des droits entre hétérosexuels et homosexuels. "La PMA pour toutes, c’est l’effacement du père" disent-ils. "Un caprice des couples de femmes" disent-ils. (Photo d’illustration rb/www.ipreunion.com)

Difficile de faire le tri dans toutes les bizarreries développées pour argumenter contre la PMA pour toutes. Tentons tout de même le faire.

L'ouverture "à toutes les dérives"

L'argument sur "l'ouverture de la boite de Pandore" semble revenir inlassablement dans le discours. "Regardez il y a cinq ans, quand nous manifestions avec la Manif pour tous, nous avions prévenu que si le mariage homosexuel était autorisée, à long terme, c'est la PMA qui serait ouverte à ces mêmes couples !" lancent-ils.

Bien évidemment, c'est l'ouverture du mariage pour tous qui a conduit à cela. Rien à voir avec le fait que la PMA pour toutes étaient en réalité une promesse de campagne de François Hollande lui-même, qui avait finalement reculé sur le sujet face à l'hystérie provoquée par la loi sur le mariage. Difficile de parler de prémonition lorsque le sujet avait été mis sur la table il y a plus de sept ans.

"Si on autorise la PMA pour toutes, c'est la porte ouverte à la GPA !" s'effraient-ils ensuite. Faisons simple : la PMA pour les couples hétérosexuels est autorisée. Le principe d'égalité demande donc qu'elle soit ouverte à toutes, et c'est sur cette base que la PMA pour toutes est demandée.

La GPA est purement et simplement interdite. Il est donc étrange de faire le lien entre ces deux pratiques. Si la GPA devait être autorisée, on doute que la PMA y soit pour quoi que ce soit, vu qu'elle est autorisée depuis bien longtemps maintenant.

Un "mensonge d'Etat"

Le collectif pointe du doigt la suppression de la filiation père lors de la naissance d'un enfant. "A la place, il sera écrit que l'enfant est né de deux mères" s'exclament-ils. En réalité, à la naissance d'un enfant, seule la filiation de la mère est automatique – si elle n'accouche pas sous X - et non celle du père. D'ailleurs, la filiation paternelle peut être remplie par le conjoint de la femme en question, sans qu'il en soit pour autant le père biologique.

De même pour les enfants adoptés : les papiers de filiation sont remplis au nom des parents adoptifs, et non biologiques. De là à appeler l'inscription de la deuxième mère un "mensonge d'Etat", est pour le moins exagéré…

Le "détournement de la médecine et de la Sécurité sociale"

Le collectif s'oppose aussi farouchement au remboursement de la PMA pour toutes, au titre que la Sécurité sociale ne rembourse actuellement que des actes visant à traiter des pathologies. Les anti-PMA pour toutes semblent oublier, d'une part, que la Sécurité sociale est composée de cinq branches différentes, qui ne sont absolument pas cantonnées au remboursement de frais médicaux.

Par ailleurs, la PMA en elle-même ne soigne aucune pathologie, mais la contourne. L'infertilité n'est d'ailleurs pas une maladie en soi, puisqu'elle n'a aucun effet sur la santé de la personne touchée. Elle peut par contre avoir été engendrée par une pathologie.

D'ailleurs, les couples hétérosexuels peuvent aujourd'hui accéder à la PMA – remboursée à 100% - si les tentatives de grossesse ont échoué après un certain lapse de temps, sans pour autant que le couple soit stérile. Ce qui signifie qu'une grossesse naturelle est toujours possible. Finalement, la PMA répond parfois au seul manque de patience du couple.

Par ailleurs, la médecine serait "détournée de son objectif de traiter les pathologies". Autant interdire les augmentations mammaires, les blanchiments dentaires et les implants capillaires à ce rythme-là...

"Priver un enfant de son père"

Et voilà la question qui fâche : priver un enfant de son père. Premièrement, cet argument est une insulte même aux milliers de femmes qui élèvent leurs enfants seules, sans l'aide d'un père soit décédé, soit ayant abandonné de lui-même son rôle. S'il est vrai que nombre de familles monoparentales sont en situation de précarité, les foyers dotés d'un père et d'une mère sont tout aussi nombreux à subir cette même précarité.

Deuxièmement, il suppose que l'enfant pensera automatiquement "pourquoi ce donneur de sperme n'a pas voulu m'élever ?". Tout simplement car quand une personne donne son sperme, ce n'était pas pour avoir un enfant, sinon il l'aurait eu de lui-même. Il est insultant pour l'intelligence même de l'enfant de penser qu'il serait incapable de comprendre la différence entre un père et un géniteur. Si on peut parfaitement entendre qu'un enfant élevé par une mère célibataire puisse être heurté par l'absence de celui qui lui a donné la vie, il est absurde de transposer la situation à un enfant élevé dans l'idée même qu'il est né pour être l'enfant d'un couple aimant.

Enfin, cette affirmation nie totalement le bien-être des enfants déjà issus de PMA à l'étranger. De nombreuses études scientifiques, dont une menée depuis plus de trente ans, ont parfaitement démontré qu'un enfant n'avait pas besoin d'un père pour être épanoui. Le père - comme la mère - a un rôle essentiel au sein du foyer, mais il est malhonnête de l'ériger en sauveur unique du bonheur enfantin.

Lire aussi : PMA pour toutes : "nos familles existent déjà"

Confondre ressenti et faits semblent ausi être une spécialité du clan de la Manif pour tous. Au cours de la conférence de presse une femme adoptée est venue témoigner de sa douloureuse recherche de fiilation lorsqu'elle était adolescente. Si les sentiments de cette personne sont parfaitement légitimes, ils n'en sont pas pour autant une base d'argumentation fiable. Il existent des multitudes de témoignages de personnes adoptées n'ayant jamais connu ce type de questionnement...

Et que dire des comparaisons développées au cours de cette même conférence de presse... Les hommes seraient des "tiroirs" capables de se concentrer sur une seule chose, et les femmes des "armoires" capables de jongler entre plusieurs situations à la fois, "ce qui rend les couples hommes-femmes complémentaires" commente le clan anti-PMA. Il ajoute que c'est "très compliqué pour une femme d'assumer deux rôles en même temps car elles n'ont pas la même distance que les pères"...

Le sexisme a de beaux jours devant lui.

Un peu de bon sens svp Il faut toutefois reconnaitre que clan anti-PMA a aussi des déclarations intéressantes. Notamment lorsqu'il déplore que l'adoption soit long un parcours du combattant et qu'il faudrait en faciliter les démarches, ou lorsqu'il met en garde contre contre les expérimentations sur les embryons. Mais ces réflexions sont ternies par un argumentaire anti-avortement à peine masqué. Tant pis.

Sinon, l'Assemblée nationale a adopté ce vendredi la PMA pour toutes...

La marche du clan anti PMA prévue pour le samedi 5 octobre se transformera peut-être en journée de réflexion sur l'acceptation de l'autre et l'égalité entre tous. as / www.ipreunion.com

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