Alimentation, gaz, médicaments...

La crainte d’une pénurie s’éloigne... mais pas pour tout ni partout

Mireille Legait pour Imaz Press

Ce lundi 3 décembre dans les magasins d’alimentation, on ne pouvait pas vraiment parler de pénurie, sauf sur certains produits frais. . Les rayons avaient été largement réapprovisionnés en épicerie, en fruits et légumes, en volaille locale. En revanche, le gaz continue à manquer, malgré les livraisons effectuées depuis le vendredi 30 novembre. La levée des barrages a permis aussi la livraison des pharmacies. Mais la tension sur les stocks demeure : si le Port-Est a été dégagé à grand renforts de bombes lacrymogènes dans l’après-midi de ce lundi, les dockers, lundi soir, n’avaient toujours pas repris le travail. Les containers sont libres d’accès... mais toujours pas traités.

Alimentation : la pénurie s'éloigne... pour l'instant

Au Score Vauban à Saint-Denis, le magasin regorge de produits d'épicerie... mais manque cruellement de produits frais. Les rayons réfrigérés sont désespérement vides. Le lait manque aussi, les biscuits aussi... et bizarrement le rayon du papier toilette et du sopalin est quasi vide alors que les produits d'entretien, eux, font le plein. Lucette, une cliente qui n'a pas de moyens de locomotion, commence à perdre patience : "On ne manque de rien, il y a des fruits, des légumes, des conserves, c'est vrai, mais les produits frais, les laitages, c'est quand même important pour le calcium et pour changer le menu !"

Pour varier ses courses, elle compte sur l'amitié de quelques voisins véhiculés qui lui ramènent le produit convoité quand ils le trouvent dans des magasins plus importants en périphérie. "Mais en fin de semaine, c'était partout pareil, le lait, les oeufs, la viande, même avec une voiture, on avait du mal à en trouver". Saïd, perplexe, se demande comment choisir dans si peu de choix : "On est obligé d'acheter des trucs qu'on ne regarde même pas d'habitude et souvent, c'est cher !"

A Simply à La Providence, les yaourts et desserts lactés sont présents en suffisance et proposés en promotion car les dates de péremption sont courtes : fin novembre, au mieux début décembre. En revanche, les rayons fromages boucherie et charcuterie sous vide sont au régime.

Le reste du magasin est bien achalandé, alors que jeudi dernier c'était presque l'apocalypse dans les rayons : plus de sucre, de lait, quasiment plus de pâtes, de riz... "Mais des prix raisonnables, remarque Anny-Lise. J'ai acheté un pot de confiture de figues pour 1,25 euros je crois. Il y avait aussi des boites de sardines à 1 euro, j'en ai acheté au moins dix parce qu'on ne savait pas si les barrages allaient continuer et si on allait manquer du nécessaire". Le personnel confirme : "On a été réapprovisionnés sans problème, il y a encore des vides en produits frais et en boucherie mais la volaille péi a été livrée".

Au Score Jean Chatel, même discours du responsable du magasin. "C'est le frais qui manque, un peu les produits d'entretien, mais pour le reste on a été réapprovisionnés." Et pour les produits bébés ? Ici, comme dans les autres magasins, le rayon n'a jamais été en disette : "Il nous manque peut-être des références de tailles ou de marques en couches bébé, mais dans l'ensemble, le rayon bébé est assez bien fourni", explique le responsable du Score Jean Chatel.

En revanche, dans le Sud et parfois dans l'Est, quelques mamans ont fait passer des messages d'alerte sur les réseaux, ayant peur de manquer de lait infantile ou de couches. "On nous indiquait toujours un magasin ou une pharmacie qui avait le produit. Le problème, c'était parfois de s'y rendre, avec les blocages et le manque de carburant", précise Sandra, de Saint Joseph.

Le gaz continue à être une denrée rare

A La Providence, la station Total affirme la couleur sur un panneau cartonné : Gaz et sans plomb RUPTURE ! "Depuis le 17 novembre, on n'a été livré que deux fois, vendredi dernier et ce lundi, à chaque fois 80 bonbonnes, mais une heure après la livraison, je n'ai déjà plus rien", explique le pompiste qui ne sait pas quand il sera livré à nouveau. Rue Jean Chatel, deux stations à chaque extrémité de la rue : les deux ont été livrées ce matin. "Une demi-heure après, mes 36 bouteilles étaient parties", explique la première station. A quand la prochaine livraison ? La dame n'est sait rien. La seconde a reçu un petit stock, dont elle ne précise pas le nombre : "Il m'en reste un peu, mais c'est pour des clients en compte. Je dois d'abord dépanner mes clients réguliers".

Pas de chance pour cette cliente du Score Jean Chatel qui cherche désespérément du gaz : "Il m'en reste encore pour un jour ou deux mais pas plus", se désole-t-elle, preneuse de tous les bons filons qu'elle peut glaner. En attendant, elle utilise un peu le barbecue pour économiser le gaz. Acheter une petite plaque électrique de dépannage ? "Trop cher".

Dans un autre magasin, une dame retraitée prend les choses avec philosophie : "Je venais de changer ma bonbonne quand les blocages ont commencé, donc ça va, je ne m'inquiète pas, je peux tenir." Tentée d'acheter une bouteille d'avance ? "Non, parce qu'en plus ça cote cher, il n'y aurait pas la consigne. Ca va finir pas se calmer, cette agitation de toute façon".

Dans le Sud même souci d'approvisionnement. "On nous dit que 5000 bouteilles ont été livrées depuis vendredi, mais il en faudrait au moins le double sur toute l'île, à en juger par le nombre de refus qu'on doit faire !", estime un pompiste sur la route des Tamarins, fatigué de devoir calmer les clients énervés.

Les pharmacies plutôt zen

Les stocks de médicaments, à La Réunion, sont prévus pour durer au moins trois mois, en raison de l'éloignement, donc les trois grossistes n'étaient pas vraiment en rupture des produits courants. En cas de souci pour un médicament important, il y a toujours de la solution de le faire expédier par Chronopost depuis La Métropole ou de commander des stocks plus importants avec livraison par avion au risque d'un surcot important.

"Le souci, ce n'était pas tant le stock sur l'île, c'était de pouvoir recevoir les livraisons, les camions ne livraient plus à cause des barrages", déclare un pharmacien de Saint André."Nous avons été livrés ce matin", explique une pharmacienne de Saint-Denis. En témoignent les cartons posés au sol, devant les rayons de la parapharmacie. "Nous n'avons jamais été en réelle rupture, souligne-t-elle. Parfois, il nous manquait un médicament pas trop courant, mais on se dépannait entre confrères, car forcément l'un d'entre nous l'avait".

Même son de cloche à Saint Pierre même si parfois la situation a pu être un peu tendue : "Nous sommes moins nombreux qu'à Saint-Denis, donc le passage de relais est moins aisé, surtout que nous pouvions être séparés par des barrages. Il a fallu être un peu ingénieux, mais on n'a pas vraiment souffert de rupture de stock de médicaments. Et puis il y a toujours la possibilité du générique, ou du produit équivalent chez un autre laboratoire. On a peut-être plus substitué que d'habitude. En revanche, dans les rayons devant le comptoir, on a parfois eu des espaces vides sur les produits à fort roulement."

Pas de pénurie de produits bébé

Et les produits pour bébé ? "En lait infantile, sur une marque ou deux et surtout les produits hypoallergéniques dont on ne garde pas un stock énorme, on a été en manque quelques jours, mais c'est pareil, on renvoie vers le confrère qui en dispose, le problème était plutôt que les gens ne pouvaient pas forcément se déplacer, surtout quand le carburant a été rationné. Pour les couches Marmailles, on a manqué parfois de références taille, mais on a été livrés cet après-midi", souligne un pharmacien du quartier Vauban-Camélias à Saint Denis.

Les parents ont-ils été tentés de faire des provisions ? "Pas tant que ça, sauf peut-être pour le lait 1er âge, répond un pharmacien du centre-ville de Saint-Denis, ce sont des produits chers, 18 à 20 euros la boite de lait, les couches aussi. Donc les parents hésitent à débourser d'un seul cot des grosses sommes, surtout en fin de mois. Certains m'ont dit qu'ils passeraient le bébé au lait ordinaire, s'ils ne trouvaient plus de lait infantile."

Depuis la levée de la majorité des blocages, samedi, les livraisons reprennent. Mais il reste encore à gérer les conteneurs restés au Port pour renflouer les stocks des distributeurs. A l'heure où nous bouclons ce numéro, les dockers n'avaient pas repris le travail, bien que l'accès au Port-Est ait été libéré.

ml/www.ipreunion.com

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