5% des fumeurs réunionnais l’utilise

La cigarette électronique, plan de secours des géants du tabac

Photo imaz press

La British American Tobacco (BAT), un des leaders sur le marché des cigarettes à La Réunion, présentait ce vendredi 24 mai 2019 sa nouvelle cigarette électronique, la " Vype e-pen 3 ". Cette contradiction entre vente de tabac et vente d’un moyen censé aider à arrêter de fumer soulève plusieurs questions, notamment en matière de nocivité et d’addiction. Les études étant trop nombreuses et incomplètes, il reste donc difficile de mesurer l’impact des vapoteuses sur la santé.

" Si nous restons prudents sur la question des effets sur la santé, aujourd’hui, nous pouvons dire que les cigarettes électroniques sont moins nocives de 95% en comparaison aux cigarettes traditionnelles " a annoncé Christopher Proctor, scientifique en charge des études de risque sanitaire de la compagnie, lors de la soirée de lancement de leur nouvel appareil. Le produit, qui devrait arriver sur le marché réunionnais au début du mois de juin, représenterait, selon la BAT, une réelle alternative à la consommation de tabac, qui serait responsable de 90% des cas de cancer du poumon.

" Nous essayons de favoriser le passage de la cigarette traditionnelle à l’électronique " indique Sébastien Lamy, directeur de la branche Réunion de la BAT. " Nous proposons surtout un mode de consommation différent, pour les personnes qui ne souhaitent pas arrêter de fumer mais éviter les nombreuses substances cancérigènes des cigarettes " explique-t-il. Une affaire pas forcément gagnée sur notre île, où environ 5% des fumeurs sont passés à l'électronique.

Interrogée sur le paradoxe que représente une compagnie de tabac proposant une alternative à ce dernier, l’équipe de la BAT explique : " les législations changent, les lois se durcissent, nous essayons donc de nous adapter aux nouvelles attentes du public et du gouvernement et s'assurer de l'avenir de la compagnie ". La société envisage-t-elle alors de se recycler entièrement dans la vapoteuse ? " Nous espérons, qu’à termes, nous puissions concentrer notre activité sur cela mais pour y arriver, il faut aussi une volonté des gouvernements " répondent-ils.

Aujourd’hui, certains pays sont plus réfractaires que d’autres à l’usage des e-cigarettes. Tandis qu’en Angleterre, le gouvernement fait la promotion de cette dernière à la télévision et en pharmacie, son usage est interdit en Chine – où la vapoteuse a pourtant été créée, précise Christopher Proctor . Concernant la France, le ministère de la Santé se montrerait plutôt frileux à l’idée de communiquer sur les bienfaits, ou non, de ce mode de consommation. La production de tabac n'est pas près de s’arrêter.

Une popularité indéniable

Une chose est sûre, les ouvertures de boutiques spécialisées en e-cigarettes se multiplient dans les rues du monde entier depuis la popularisation de cette nouvelle façon de fumer. La vapoteuse est le nouvel objet tendance, à tel point que les non fumeurs s'y mettent. "J’ai régulièrement des clients qui viennent acheter des cigarettes électroniques alors qu’ils ne fument pas" indique Joanne, propriétaire d’une boutique de vapoteuses à Saint-Denis "du coup je les redirige vers du liquide sans nicotine ".

Joanne est persuadée que les liquides utilisés ne sont pas nocifs pour la santé :" la nicotine, consommée sans combustion, n’a qu’un effet euphorisant. Le propylène et les parfums, ce sont des substances que nous consommons quotidiennement de toute façon " argumente-t-elle.

Au contraire, elle ne doute pas de l’efficacité de ces e-cigarettes " tous mes clients ont arrêté de fumer des cigarettes en 48 heures, parce qu’avec une vapoteuse, ils gardent leur apport en nicotine et effectuent quand même le geste de fumer " raconte-t-elle. Un avis qui va donc en concordance des compagnies fabricantes. Mais elle admet tout de même, ne pas " se baser sur toutes les études sorties, qui sont forcément biaisées ".

L’impact sur la santé encore incertain

Les études se sont multipliées ces dernières années pour tenter de déterminer l’impact des vapoteuses sur la santé, mais les résultats disent tout et leur inverse. Un point sur lequel elles s’accordent toutes cependant est que la cigarette électronique serait bien plus efficace pour arrêter de fumer que les patchs, chewing-gums et autres solutions proposées pour arrêter le tabac.

Plusieurs études américaines démontreraient que les usagers de e-cigarettes seraient plus susceptibles de développer des maladies cardio-vasculaires ou de souffrir d’une crise cardiaque – à l'instar des fumeurs de cigarette ordinaire -. Selon la Faculté américaine de cardiologie, le taux de crise cardiaque des utilisateurs de e-cigarettes serait supérieur de 34%, tandis que le taux de maladies artérielles serait supérieur de 25%, en comparaison aux non-fumeurs. De plus, un autre chiffre, plutôt curieux, est ressorti : la dépression et l’anxiété seraient 55% plus fréquentes.

Cependant, en parallèle, l’Agence de santé publique anglaise estime, elle, que la cigarette électronique serait 95 % moins nocive que le tabac, notamment grâce à l’absence de nombreuses substances toxiques et cancérogènes. En effet, la fumée de tabac contient plus de 4000 substances, dont 80 sont cancérigènes, qui sont absentes des vapoteuses. Du côté du liquide utilisé dans ces dernières, il n’y a que trois ingrédients : du propylène glycol ou de glycérol, des arômes et de la nicotine.

Une bonne alternative à la cigarette

Les bienfaits de la vapoteuse semblent indéniables, que ce soit pour les addictologues, les chercheurs ou même les vendeurs. " Mieux vaut être un vapoteur qu’un fumeur " souligne le Dr David Mété, chef du service d’addictologie du CHU de Saint-Pierre.

" Bien évidemment, mieux vaut ne rien fumer. Mais il reste indéniable, malgré les différentes études, que la nocivité des cigarettes électroniques est moindre en comparaison à la cigarette traditionnelle " développe le médecin. L’une des raisons principales est l’absence de combustion lorsque l’on utilise une vapoteuse. " Le liquide est chauffé à environ 60 degrés, contre 800 degrés lors de la combustion du tabac " précise-t-il.

Cependant, le médecin rappelle que si les vapoteuses sont moins nocives que les cigarettes, elles ne sont pas pour autant inoffensives. " Nous sommes ici dans une logique de hiérarchie du risque, mais idéalement, je recommande bien évidemment de ne rien fumer du tout " rappelle-t-il.

Le Dr Mété s’inquiète par contre des parfums utilisés dans les liquides, qui sont validés par l’industrie alimentaire, mais dont l’ingestion par voie pulmonaire n’a jamais été étudiée. " Nous savons que ces parfums alimentaires sont propres à la consommation sous forme de nourriture, mais les effets sur les poumons sont pour l’instant inconnus " précise-t-il.

La qualité du liquide a cependant son importance. " On ne peut pas acheter n’importe quoi, il faut s’assurer que le liquide est fabriqué en France, ou éventuellement aux États-Unis " conclut-il. Il est donc fortement conseillé de se rendre dans des boutiques spécialisées pour ses achats.

Finalement, difficile de se prononcer sur la question de la nocivité. Même les fabricants préfèrent rester prudents sur leurs annonces, et précisent qu’ils ne prétendent pas que les vapoteuses soient sans risque, aucune étude n'ayant pu être réalisée sur le long terme. Reste à voir ce que diront celles-ci d'ici dix ans.

as/www.ipreunion.com

redac@ipreunion.com

mots clés de l'article : santé , e-cigarette , cigarette électronique , actualité de la réunion , Actus Reunion , British American Tobacco

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