Le vrai du faux

"L’hypnose c’est facile !"

Thomas Arcens photo RB imazpress

A l’occasion de la venue de la star Messmer à La Réunion, nous avons rencontré un hypnothérapeute pour tenter de démêler le vrai du faux... L’hypnose, outil de plus en plus populaire, mais encore méconnu dans le domaine médical, fait fantasmer les plus curieux et rebute les plus sceptiques. Nous avons abordé avec Thomas Arcens les différents mythes qui circulent à propos de l’hypnose. Alors, vrai ou faux ?

Il faut un don pour pratiquer l'hypnose - FAUX

C'est d'ailleurs l'une des premières choses que nous confie l'hypnothérapeute Thomas Arcens. C'est en découvrant que l'on pouvait apprendre l'hypnose qu'il s'est d'ailleurs lancé dans une formation. " Il y a 6 ans un ostéopathe a pratiqué l’hypnose sur moi pour tenter d’apaiser une vilaine cicatrice sur le ventre que je trainais depuis longtemps. " Il se penche alors sur les techniques de l’hypnose, encore persuadé qu’il fallait disposer d’un don inné pour la pratiquer. Mais en menant ses recherches, il découvre que " tout le monde peut apprendre l’hypnose ". " Depuis ça ne m’a plus lâché ", explique-t-il. Une passion est née.

Alors comment apprend-on l’hypnose ? " Personnellement j’ai appris l'hypnose de rue seul, dans un premier temps, en lisant des livres et en regardant des vidéos. Puis pour l'hypnose thérapeutique j'ai suivi une formation à Paris, à l'Institut français d'hypnose ericksonienne." Mais d'un point légal, aucune obligation de se former, pourtant cela reste indispensable. "C'est le problème de ces professions non reconnues", affirme Thomas Arcens. Beaucoup d’hypnotiseurs attendent que cette technique soit un jour réglementée. D'autant que, pour les clients, les séances d’hypnose sont très rarement remboursées par les mutuelles, et coûtent, comme un rendez-vous chez le psy, autour de 60 euros par séance.

L'hypnothérapie existe depuis longtemps - VRAI

Même si l’outil se démocratise de plus en plus, les techniques d’hypnose pratiquées lors de rendez-vous médicaux ne date pas d’hier. " L’hypnose commence à se faire vraiment connaître au 19ème siècle, avec Charcot, Bernheim, ou même Freud ". Puis la psychanalyse a pris le dessus. C’est le spectacle qui aurait permis d’entretenir l’hypnose par la suite.

" Je ne peux pas dire que je suis un grand admirateur de Messmer mais il faut avouer que c’est un très bon hypnotiseur ", explique Thomas Arcens. " Pour beaucoup d’hypnothérapeutes, la scène est un ennemi, parce qu’elle décrédibiliserait l’hypnose. Moi je trouve que ça permet au contraire de lui donner de la visibilité. "

L'hypnose ne fonctionne que si on y croit - FAUX

Certes, être plus ou moins réceptif permet d’être hypnotisé plus ou moins facilement. Mais Thomas Arcens tient à casser ce mythe : " tout le monde est hypnotisable ". Selon lui, il ne s’agit pas d’y croire ou non, mais d’avoir la volonté de tester. Il nous raconte ainsi l’exemple d’une journaliste, venue réaliser un reportage alors qu’il pratiquait l’hypnose de rue. " Je lui ai proposé de l’hypnotiser, elle m’a répondu que de toute façon elle n’y croyait absolument pas. Elle s’est finalement montrée particulièrement réceptive. "

De fait l'hypnose consiste à relaxer la personne et la mettre en confiance. C'est entre autres le cas de Messmer lorsqu'on regarde ses vidéos qui rappelle sans cesse aux volontaires qu'ils sont "apaisés", "dans un monde merveilleux". L'hypnose reste une forme de manipulation oui, mais "pour se faire du bien", confirme Thomas Arcens. Et entre l'hypnotiseur et l'hypnotisé, tout passe par la voix, qui instaure un climat de confiance dans le dialogue.

Les hypnotiseurs de scène utilisent des complices - FAUX

Ou en tout cas, on l'espère. " Utiliser des acteurs desservirait complètement l’ensemble des hypnotiseurs ", estime Thomas Arcens. " Je ne vois vraiment pas pourquoi ils le feraient, par contre il existe en effet des techniques pour être certain de faire monter sur scène des gens très réceptifs ".

Alors comment s’assurer que l’on va effectivement avoir droit à un show réussi, où tous les tours fonctionneront à coup sûr ? Voir l’hypnotiseur en échec pourrait gâcher quelque peu le spectacle. " C’est simple, au début, on fait faire des exercices à l’ensemble du public, comme celui des doigts collés : on demande à tout le monde de tenir ses deux index à distance, les doigts se rapprochent et, quand ça fonctionne, les volontaires n’arrivent plus à décoller leurs doigts. " Un test simple qui permet de sélectionner un échantillon de volontaires réceptifs pour monter sur scène. "On dit que parmi les êtres humains, 10% sont très réceptifs", explique Thomas Arcens.

On peut s'auto-hypnotiser - VRAI

Oui, il est possible de pratiquer l’hypnose sur sa propre personne. Certes, cela implique d’être à la fois l’hypnotiseur et la personne hypnotisée, mais il suffit de " laisser l’inconscient prendre les commandes ", explique Thomas Arcens. " Ce que j’explique à mes clients, c’est que ce n’est pas moi qui fais le travail quand je les hypnotise, ce sont eux. Donc en général, au bout de la 4ème séance, je les laisse faire. "

Tout le monde n’y parvient pas bien sûr. " L’hypnose c’est simple, c’est naturel " estime pourtant l’hypnothérapeute. Techniquement, la technique est assez proche de celle de la méditation. " Quand vous êtes très concentré, dans la lune, quand vous regardez un film, que vous lisez ou quand vous dormez… tout ça, ce sont ce qu’on appelle des états modifiés de conscience. " Jusqu’à atteindre une " transe hypnotique ".

On parle aussi d’effets de dissociation, nous explique Thomas Arcens. " Quand on conduit et qu’on pense à notre liste de courses en même temps par exemple, c’est une dissociation : le conscient fait quelque chose, l’inconscient autre chose. " Des automatismes, en somme, exploités en auto-hypnose.

Être hypnotisé revient à être endormi - FAUX

L’hypnose est proche de l’état de sommeil, mais nous ne sommes pas inconscients lorsque nous sommes dans cet état. " Sinon cela voudrait dire qu’on est dans le coma, ce serait grave ! " explique avec humour l’hypnothérapeute. " On travaille avec l’inconscient mais on ne dort pas ". Si dans certains numéros, certains volontaires "s'endorment", il ne s'agit que d'une simulation du sommeil.

L'hypnose implique une perte de contrôle - FAUX

On estime souvent que se faire hypnotiser implique de se laisser complètement manipuler par quelqu’un d’autre. Mais Thomas Arcens souhaite justement démystifier la figure dominante de l’hypnotiseur. " C’est une image qu’on entretient sur scène parce que ça fait partie du spectacle, mais il n’y a pourtant pas de rapport de domination. "

Selon lui, l’hypnose implique au contraire de " reprendre le contrôle ". C’est le cas notamment quand on consulte un hypnothérapeute pour tenter de guérir une addiction (tabac, alcool…) : " on essaie justement de récupérer un contrôle perdu au profit de compulsions ".

L'hypnose peut guérir les addictions ou les phobies - VRAI

Attention, tout réside dans le " peut ". " Ça fonctionne oui, mais ce n’est pas automatique ", prévient Thomas Arcens. Il cite deux exemples parmi ses clients. L’une d’eux avait une phobie maladive de l’eau : " même une pomme de douche dirigée vers elle pouvait la faire paniquer ". Au bout d’une séance, tout a été réglé. Mais un autre client, atteint de claustrophobie, n’a jamais réussi à résoudre son problème par l’hypnose : " au bout de plusieurs séances, c’est moi qui ai fini par lui dire que ça ne marcherait pas. On se rend rapidement compte de la possibilité ou non de faire des progrès. "

Idem pour les addictions. Encore une fois on revient à l’idée de " reprendre le contrôle " sur des choses que nous ne maîtrisons plus. Selon Thomas Arcens, l’hypnose permet justement de se concentrer, se focaliser sur la vie que l’on voudrait sans cette addiction, ou cette phobie. " Quand je demande aux clients ce qu’ils espèrent, ils mettent tout au négatif : ne plus avoir peur de ça. Moi j’essaie de travailler avec du positif : si on enlève cette peur, par quoi va-t-on la remplacer ? Comment serait la vie une fois la peur partie ? "

L'hypnose ne présente aucun risque - VRAI

Si la personne hypnotisée est seule – dans le cas de l’auto-hypnose, ou bien si l’hypnotiseur quitte la pièce – deux cas de figures se dessinent alors. " Ou bien la conscience de la personne reprendra le dessus, et elle va sortir tout doucement de sa transe, ou bien elle sera relaxée au point de s’endormir et se réveillera plus tard. "

Mais ce genre de cas reste extrêmement rare. " On ne reste jamais ‘bloqué’ dans un état de transe hypnotique ", rassure Thomas Arcens. De même qu’à la fin d’un numéro, ceux qui auront oublié leur nom, ou bien auront l’impression d’avoir 20 ans au lieu de 60 – tours classiques sur scène – ne seront sous l’effet de l’hypnose que le temps du spectacle. " Une fois j’ai fait monter un fumeur sur scène et j’ai annulé son envie de fumer. Évidemment une fois le numéro terminé, il était redevenu fumeur. Sinon on appellerait ça de la magie. "

mm/www.ipreunion.com

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