petite échelle

Ils veulent relancer la production de riz à La Réunion

C’est une rengaine qui revient régulièrement, une ritournelle. Les Réunionnais sont de grands consommateurs de riz, une cinquantaine de kilos par an et par habitant. Dix fois plus que la moyenne européenne. Paradoxalement, ce riz n’est pas produit sur l’île, il est importé d’Asie. Certains passionnés et amoureux du terroir réunionnais cherchent à faire revivre un souvenir lontan, quand du riz était cultivé à La Réunion. L’association Riz Réunion est officiellement lancée ce jeudi 21 novembre 2019, il s’agit d’une expérimentation pour une production rizicole locale à échelle humaine.

Nicolas Florence, le président de l’association est un passionné de riz, à tel point qu’il a repris ses études et monté un projet autour de la céréale favorite des Réunionnais. "Nous avons demandé des semences au Cirad (centre de coopération internationale de recherche agronomique et développement) malgache. 3 kilos de semences, 6 variétés de riz sont donc arrivés à La Réunion" précise-t-il.

Une expérimentation

Et c’est au Jardin de Paulo, à Saint-Paul que les graines ont été semées le 15 octobre dernier sur 36 m2. Et contrairement à ce que l’on pourrait penser, le riz n’est pas une plante aquatique mais bien une céréale au même titre que le maïs ou le blé, c’est donc en terre qu’il va poursuivre sa progression, cela s’appelle un riz pluvial. "Pour l’expérimentation, nous avons quatre planches : la première avec du fumier de poule pondeuse, la seconde du fumier de cheval, la troisième du fumier de bœuf et sur la dernière, il n’y a pas de fumier. Le but est de tester ces semences dans des environnements différents et voir comment le riz réagit " détaille Nicolas Florence.

C’est l’objectif de cette expérience, trouver un itinéraire technique, voir comment ces variétés de riz s’adaptent à notre climat, aux conditions topographiques, observer les différentes étapes : la semence, l’entretien, la récolte, la transformation, la cuisson. Pour la première phase, le riz a été semé à 10 mètres d'altitude, d'autres graines seront semées à 450 sur un terrain plus grand puis à 1600 mètres d'altitude.

La finalité du projet serait de mettre en place une production rizicole locale à échelle humaine, "pour le moment, il n’est pas question de monter une filière locale, il s’agit d’une initiative citoyenne et paysanne, de proposer aux consommateurs sensibles à l’écologie, une alternative bio et locale aux 50 000 tonnes de riz consommées chaque année à La Réunion. Du riz importé et par voie maritime avec une empreinte carbone importante de Thaïlande, du Cambodge, d’Inde ou du Pakistan."

Une alternative qui pourrait rassurer la population notamment, suite au dernier scandale sur le riz non conforme d'il y a quelques semaines.

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"Aucune fin commerciale à grande échelle mais une mini-production" assure Nicolas Florence mais bien une expérimentation en conditions réelles, un test que le président de l’association a financé sur ses fonds propres. Le cycle de ce riz est de trois mois et demi, plus que quelques semaines pour avoir les premiers retours...

Daniel Bègue, l'irréductible

Il y a un planteur qui a passé la phase de l’expérimentation depuis belle lurette, Daniel Bègue est agriculteur dans les hauts de Sainte-Anne. la fin des années 70, il a fait partie de l’association qui rassemblait une cinquantaine de producteurs de riz "cela nous a permis de nous rendre compte que cultiver du riz à La Réunion est possible. Nous étions contents de la qualité, du rendement et les consommateurs étaient assez intéressés mais il y a eu un conflit politique, une rizerie de l’île, ne voyant pas d’un bon œil cette concurrence, a décidé de baisser le prix du kilo de riz à 50 centimes de franc, évidemment, la population nous a tourné le dos, les producteurs ont arrêté les uns après les autres de cultiver du riz" se souvient l’agriculteur de Sainte-Anne.

Lui, n’a jamais arrêté, il produit son riz pour sa consommation personnelle "la dernière récolte a été bonne, 12 tonnes pour un hectare", un bon rendement pour ce planteur qui affirme n’utiliser aucun produit chimique "je n’ai pas le label bio, mais mon agriculture est naturelle."

Il semblerait donc que la riziculture péi ait repris du service même si les planteurs restent confrontés à un problème de taille : les oiseaux. Les béliers et les cardinaux sont férus de riz, Daniel Bègue et Nicolas Florence ont tous deux fait installés des filets au-dessus de leur culture et cela a un coût… Mais au final, ce n’est pas ce qui freinera nos deux amoureux de riz péi.

La chambre d'Agriculture soutient mais...

La chambre d'agriculture suit de près le sujet : "c'est un marché de niche, avec les modes de consommation qui évoluent, cela pourrait intéresser certains consommateurs. Et ces initiatives ont aussi un intérêt pédagogique et tant que cela concerne la production locale, nous soutenons le projet" explique Éric Lucas, responsable de la cellule diversification végétale.

Toutefois, sur la question de structurer une filière autour de la riziculture ou de voir cette nouvelle culture comme une alternative à la canne, Éric Lucas est moins enthousiaste "la problématique des oiseaux est toujours d'actualité, de plus, il faut voir quels seront les coûts de production, combien cela coûtera en main d'oeuvre, et le rendement sera-t-il à la hauteur ? Il y a aussi la mécanisation et la question de l'adaptation des variétés de riz à notre climat..."

Des questions auxquelles Nicolas Florence, le président de l'association Riz Réunion compte bien répondre concrètement avec son expérimentation.

fh / www.ipreunion.com / redac@ipreunuion.com

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