Réunion par Imaz Press, vendredi 2 février 2024 à 16:42

Il est temps de se réveiller : Fortes pluies, inondations : La Réunion s’effrite… il est urgent d’(enfin) agir

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Routes submergées, emportées, maisons détruites ou à deux doigts de s’écrouler… Depuis le passage successif du cyclone Belal, de la tempête Candice et de l’épisode de fortes pluies qui a frappé le sud de l’île, La Réunion s’effrite. Et pourtant, si ces épisodes ont fragilisé notre département, ce n’est pas la première fois que cela arrive. À l’État, aux collectivités donc d’agir en concertation pour prendre à bras-le-corps ces problèmes. C’est aujourd’hui qu’il faut agir pour éviter que la situation empire (Photo : rb/www.imazpress.com)

"Nous sommes dans une situation où les sols sont saturés en eau et là-dessus s'ajoutent de nouvelles pluies qui peuvent engendrer des glissements de terrain et des déstabilisations", expliquait lors d'une précédente interview Bertrand Aunay, chef de projet au BRGM (Bureau de recherches géologiques et minières).

Des glissements à l'image de cette famille de La Possession (notre photo) qui a vu le sol de sa terrasse se dérober sous ses pieds lors du passage de Belal.

Ou encore de la case de Madame Payet à la Grande Chaloupe qui a vu la rivière entrer dans sa cour, creusant le sol de sa maison.

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Les routes elles aussi n'ont pas été épargnées. Fissurées, totalement détruites, avec des canalisations à ciel ouvert…Des routes victimes de "poches d'eau qui soulèvent le goudron et peuvent détruire les routes", indiquait précédemment Éric Boiteux, directeur d'exploitation et d'entretien à la Direction régionale des routes (DRR).

Dans un précédent article, il évoquait d'ailleurs la route de Cilaos "où les murs de soutènement construits il y a 50 ans se retrouvent avec des affouillements (action de creusement) qui font que les routes s'en vont".

Et même si ces épisodes de pluies cumulés (Bela, Candice et fortes averses) sont exceptionnels et n'avaient pas été vus depuis 2018 – à l'avenir – et avec le changement climatique, La Réunion n'est pas à l'abri que cela se produise plus fréquemment.

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- Des zones plus fragiles et exposées aux risques -

Parmi les facteurs qu'évoquait le BRGM concernant les glissements de terrain : l'urbanisation.

"L'urbanisation va généraliser l'imperméabilisation des sols et donc plus de ruissellement, moins d'infiltrations et c'est pour cela que l'on voit des murs de soutènement s'effondrer", précisait Bertrand Aunay, chef de projet du BRGM.

Autre phénomène qu'avançait le BRGM, "la gestion des eaux pluviales". Une gestion dont doit urgemment s'accaparer les collectivités, mais pas que. Les habitants aussi ont leur rôle à jour.

Mais alors que ces habitations voient une partie de leur terrain s'effondrer, comment se fait-il que des bâtis soient exposés ?

À La Réunion "on est globalement – hormis les avalanches – soumis à tous les risques naturels connus (érosion, submersion, volcanologique, inondation, mouvement de terrain…)", explique Julien Renzoni, chef du service prévention des risques naturels à la DEAL (Direction de l'environnement, de l'aménagement et du logement).

La DEAL qui règlemente l'exposition du territoire face aux risques naturels. L'une des composantes de notre activité c'est d'éviter que de nouveaux enjeux (habitation, activité économique) soient installés dans des zones à risques.

Pour ceux qui ne sont pas dans des zones à risques mais exposées "là on fait des travaux de protection pour réduire les mouvements de terrain ou les inondations". "Pour ces personnes-là, on peut également leur proposer de délocaliser leurs biens et dans ce cas-là l'État les aide financièrement et les accompagne", indique Julien Renzoni.

- "Des zones rouges pour protéger la population" -

Selon des chiffres de la DEAL et de l'Insee, "on estime à 11% la population exposée à des risques inondations (soit 98.000 personnes), 56.000 personnes exposées aux mouvements de terrain soit 7% de la population exposée", indique-t-il.

Toutefois, comme le confirme Julien Tenzoni, "ces cartes sont faites au regard de notre connaissance des événements historiques qu'a pu connaître l'île".

À savoir que les zones rouges "sont celles où il y a le plus de danger, soit du fait de la hauteur d'eau, soit du fait du positionnement des parcelles sous les blocs de cailloux et en tête de falaise".

Dans ces zones rouges, "toutes les nouvelles constructions sont interdites mais s'il y a déjà une construction, des petits aménagements peuvent se faire". Dès lors que la construction a subi des dommages de type inondations, mouvement de terrain et est détruite par contre, "la personne ne pourra pas reconstruire là on accompagnera les personnes pour les délocaliser", poursuit Julien Tenzoni.

Le chef tient d'ailleurs à préciser que : "les zones rouges ne sont pas là pour contraindre mais protéger la population".

La zone bleue est celle montrant les zones exposées aux risques (mais plus faiblement). "Dans ces cas suivants il est possible de construire selon certaines prescriptions comme rehausser le plancher pour être hors d'eau ou des travaux de soutien."

- Porter secours aux personnes en difficulté -

Mais ces cartes sont-elles à jour face à la situation actuelle ? "Face à ces épisodes, on a deux interventions", explique Julien Tenzoni. "Cela consiste à regarder ce qui se passe sur le territoire et on confronte à nos cartographies pour ajuster."

Autre point, "sur le terrain, on intervient avec le BRGM pour porter secours aux personnes en difficulté". "On fait des expertises, des recommandations avec les communes on l'on voit s'il faut évacuer l'habitation."

Et s'il existe des maisons en zone rouge, "c'est que le dispositif date des années 90 et qu'à l'époque on ne se préoccupait pas de la question". "L'urbanisation antérieure a pu se faire sans tenir compte des règles et parfois en dépit du bon sens", dit-il.

Pour l'avenir, la DEAL le sait, "sur le sujet et par rapport à la prise en compte du changement climatique, la COP régionale va se réunir sur les questions d'adaptation du territoire". Et ce "pour agir de plein champ sur l'aménagement, le logement ou encore la mobilité", ajoute Julien Renzoni, chef du service prévention des risques.

Sur les dix dernières années, 60 millions d'euros ont été investis par l'État et le fonds Feder pour la mise en place du dispositif de prévention. "On redonne place à l'écoulement naturel, on fait des digues… des effets qui se font déjà voir et continueront à se faire voir dans le temps".

Retrouvez la carte commune par commune ici.

- Des aménagements à revoir à court et long terme -

Impacté, notamment lors du passage de Belal la commune de Saint-Denis. Lors des traditionnels vœux à la presse, Éricka Bareigts a tenu à revenir sur les épisodes de fortes pluies.

"Il faut retenir les leçons de Belal. Nous allons avoir des cyclones à plus de 2 en intensité, nous allons avoir un ou deux de type Irma mais nous en aurons, c'est une certitude."

"Mais faisons-nous semblant de ne pas voir où nous essayons de modifier ce que nous n'avons pas fait", lançait-elle. "Il nous faut plus de moyens, ce n'est pas avec une taxe Gemapi que nous allons endiguer les rivières. Il faut investir dans la gestion des eaux pluviales", précise Éricka Bareigts. "Il faut réaménager le territoire."

"Arrêtons d'artificialiser les terres et d'enlever l'eau des ravines car plus vous barrez l'eau, plus l'eau devient féroce", lance la maire de Saint-Denis.

L'élue dionysienne a annoncé "réinvestir sur l'aménagement des caniveaux, essayer lorsque nous faisons des travaux de voirie de les élargir, installer une cellule d'anticipation pour travailler avant, pendant et après."

- "Des mesures concrètes" -

En visite à Sainte-Suzanne, le préfet s’est vu présenter par la commune des projets et en priorité ceux de l’endiguement de la rivière Saint-Jean et de la protection du front de mer par une digue.

Cela prendra la forme d’une digue pour protéger les quartiers de Commune Bègue, de la Marine et Quartier-Français et de travaux connexes de création de zones d’expansion ou de recalibrage des ouvrages.

Un chantier colossal estimé à 6 millions d’euros pour lequel Maurice Gironcel a appelé le préfet a joué le rôle de médiateur avec la Cirest pour monter un projet commun.

Fortement touchée, la ville de Saint-Pierre veut elle "des mesures concrètes". "L'endiguement de la rivière d'Abord résoudrait les problèmes. Saint-Pierre est traversé par de nombreuses ravines et radiers avec des risques accrus du fait des écoulements des eaux des communes qui viennent au-dessus", souligne Michel Fontaine.

"Il suffit de se promener pour le voir. Les gens ont souffert, que ce soit à Bassin Plat, à Montvert, à Bérive…" Et "là aussi il y a la responsabilité de l'État, des communes, du Département et des collectivités pour trouver des moyens de sécuriser un maximum ces chemins et habitations", poursuit l'édile.

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- 38 radiers supprimés d'ici 2028 -

Le maire de Saint-Pierre a sollicité le Département pour agir sur les radiers.

À La Réunion, 163 radiers submersibles à la charge du Département ont été identifiés. "Sept radiers ont été supprimés en 2023 et huit le seront en 2024", précise la collectivité.

D'ici 2028, se sont en totalité 38 radiers qui seront supprimés.

Un programme de travaux représentant des dépenses d'investissement de l'ordre de 5 millions d'euros par an. "L'objectif est de supprimer 78 radiers sur les 163 identifiés, dont 25 radiers ont été supprimés avant 2021".

"Le principe est de remplacer les ouvrages existants par des ouvrages plus conséquents permettant le franchissement des ravines en toute sécurité, en incluant plus de confort pour les usagers", précise le Département.

Le conseil département déclare : "nous priorisons les interventions en fonction du nombre de passages de véhicules par jour, et en fonction de l'existence ou non d'un autre itinéraire qui permet d'éviter le radier. Évidemment, des considérations techniques peuvent également permettre d'avancer plus ou moins rapidement".

L'État y a également sa part de responsabilité. "Les crises sont dures ce moment et ont envoyé une alerte à tout le monde. La profession agricole, habitants, communes, Département, Région, État, il faut revoir les choses et notre façon de construire, notamment le tracé des routes, sinon l'eau se rappellera à notre mauvais souvenir", a déclaré Jérôme Filippini, préfet de La Réunion.

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ma.m/www.imazpress.com/redac@ipreunion.com

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