Le secrétaire national délégué du premier syndicat de policiers évoque ses priorités

Gilles Clain : "Il faut remettre la gestion humaine au centre de la mission des policiers"

photo imaz press reunion

Le syndicat qu’il représente, Unité SGP Police FO, vient de remporter les élections professionnelles avec 43,25% des voix, confortant sa place de premier syndicat de policiers à La Réunion mais aussi au niveau national. Un succès qui réjouit Gilles Clain mais qui est surtout pour lui un ordre de marche. Pour Imaz Press, le policier syndicaliste a évoqué le travail déjà accompli pour assurer aux citoyens une police de proximité forte et sécurisante et les pistes d’action qui s’ouvrent devant Unité SGP Police FO, alors que les élections viennent de s’achever.

Q. : 98% des policiers ont voté lors des élections professionnelles : surprenante, ou pas, cette mobilisation ?

R. : La Police nationale est l'une des corporations qui votent le plus depuis longtemps. Parce que c'est un métier difficile, avec des risques de ne pas rentrer entier chez soi le soir, les policiers ressentent le besoin d'être représentés pour pouvoir exercer leur métier au mieux. Il y a quatre ans, nous étions déjà à 90% de participation. En 2018, nous avons mis en place des moyens de vote par internet, par téléphone, ce qui a permis un maximum de policiers de s'exprimer.

Q. : Unité SGP Police FO est le premier syndicat de policiers ici à La Réunion : à quoi attribuez-vous ce plébiscite ?

R. : A la qualité de notre travail sur le terrain, bien sr (rires) ! C'est évidemment indispensable. Nous n'avons pas fait de campagne, avec les évènements de ces dernières semaines, ça aurait été indécent. Notre score, c'est le résultat de notre travail ces quatre dernières années. Mais je pense aussi que notre force, l'une des raisons pour laquelle Unité SGP Police FO est reconnue au point de remporter ces élections avec 43,25% des voix, c'est que nous sommes un syndicat des "ouvriers de la police". Nos adhérents et nos élus sont des gardiens de la paix ou des administratifs. Nous n'avons pas de commissaires ni d'officiers dans nos rangs. Les policiers qui ont voté pour nous savent que ce sont des collègues comme eux, des ouvriers du terrain, qui vont porter leurs attentes et travailler pour des solutions qui améliorent les conditions de travail des policiers.

Q. Les cadres, commissaires et officiers, ne vous paraissent pas capables de porter ces enjeux ?

R. : Ce n'est pas une question de capacité, c'est une question de priorités. Les cadres, commissaires et officiers, sont dans une logique comptable. Nous, les policiers de terrain, nous voulons remettre de la gestion humaine au coeur de cette logique comptable, même si ça paraît antinomique. Aujourd'hui, un policier travaille cinq week-ends de suite pour un week-end de congé. Peut travailler sept jours d'affilée jusqu'à 20h par jour. Ne pas pouvoir prendre de repos pendant quinze jours en cas de tensions sociales et de tensions dans les effectifs. Mais un policier est un être humain, avec une famille, des relations sociales, des hobbies... Il faut permettre aux policiers d'avoir une vie perso à côté de la vie pro, de disposer d'un week-end de congé après un week-end de travail. Comme nous voulons que soit revalorisé le travail de nuit : 97 centimes d'euro en plus par heure actuellement ! Alors que c'est la nuit que se concentrent l'insécurité et la violence. Que ce sont les travailleurs de nuit qui développent davantage de pathologies et ont une espérance de vie plus courte. Il nous faut retravailler avec les directions centrales le rythme de travail, mais aussi les conditions de travail. Il faut de nouveaux bâtiments mieux adaptés à notre mission à Saint André et au Port. Un nouveau commissariat aussi au Port, avec plus de présence de la police aux frontières sur la zone portuaire.

Q. Le mois dernier, il a fallu faire venir des renforts de métropole et de Mayotte : faut-il des effectifs permanents supplémentaires ?

R. : Bien sr. Lors des soulèvements du mois dernier, il a fallu cinq jours pour que les renforts arrivent. Et c'est pendant ces cinq jours que nous avons eu le plus de policiers blessés : 20 sur les 30 blessés pendant toute la durée des manifestations. Ces quatre dernières années, nous avons déjà obtenu une centaine d'effectifs supplémentaires. Mais force est de constater que cela ne suffit pas. Dans cette optique, il faudrait aussi revoir les zones Police/Gendarmerie. Selon les textes, toute agglomération de plus de 40 000 habitants relève de la Police nationale, pour assurer la sécurité de la population 24h sur 24. Il faut impérativement que notre hiérachie revoie le zonage et applique les textes. La priorité, sur l'île, c'est clairement Le Tampon. Il faut une zone de police là-bas, ce qui sortirait le commissariat de Saint Pierre de son isolement.

Q. Combien de policiers supplémentaires estimez-vous nécessaires ?

R. Il en faudrait une centaine de plus pour que notre insularité, qui nous met trop à distance des renforts, soit prise en compte. Mais il y aurait beaucoup de paramètres à étudier pour répondre précisément à cette question. Il faudrait déjà qu'on libère les policiers des tâches indues : la surveillance de la préfecture, le transfert des prisonniers au tribunal, la garde des détenus à l'hôpital. Ce n'est pas notre boulot, nous ne sommes pas des agents de sécurité ni des gardiens de prison. Ensuite, tout dépend si le zonage Police/Gendarmerie est revu. Il faut prendre en compte aussi l'évolution de la démographie, de la délinquance...

Q. Puisqu'on en parle... la délinquance est-elle en hausse dans l'île ?

R. : Certains disent qu'elle baisse... mais curieusement le sentiment d'insécurité n'a jamais été aussi fort dans la population.

ml/www.ipreunion.com

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