Pour organiser une plateforme de négociation

"Gilets jaunes" : les syndicats appelés en renfort par le Préfet en vue d’une sortie de crise

Photo RB/Imaz press Réunion

Invités jeudi 22 novembre à la préfecture pour la première fois depuis la prise de fonction du préfet Amaury de Saint Quentin, les syndicats étaient plutôt dubitatifs sur le rôle que la préfecture leur propose de jouer. Selon eux, la préfecture aurait souhaité que les syndicats repèrent parmi les "Gilets Jaunes" les profils pouvant composer une délégation de manifestants en vue de lancer une réflexion de sortie de crise. Une proposition que les syndicats ont reçu avec une certaine ironie, actant qu’ils n’ont pas attendu la préfecture pour dialoguer avec les "Gilets Jaunes" mais, qu’en revanche, cela fait bien 18 mois qu’ils attendaient de rencontrer le préfet. Voilà qui est fait.

Dans une belle unanimité, les syndicats ont souligné "le mépris" dans lequel ils s'estiment tenus depuis des mois par le représentant de l'Etat qui ne les a pas reçus pour faire connaissance à son arrivée dans l'île, contrairement à une tradition bien établie. Les syndicats s'en souviennent et ont la dent dure sur le sujet. Voilà qui n'augure pas un dialogue chaleureux. "Nous lui avons envoyé des dossiers au cours de ces dix-huit mois, nous lui avons demandé des rendez-vous, nous n'avons jamais été reçus", souligne avec une certaine amertume Johny Michel, du syndicat Solidaires. Même écho à la CGTR-BTP ou encore à la CFTC.

Néanmoins, les syndicats sont à  l'écoute : " Les revendications des "Gilets Jaunes" et les nôtres sont les mêmes, donc on est dans le même combat, nous les soutenons sur le fond. Nous sommes d'ailleurs en dialogue avec beaucoup d'entre eux. De son côté, le préfet est soucieux de parvenir au retour au calme. Il nous a demandé d'être une interface avec les "Gilets Jaunes"pour repérer parmi nos adhérents les personnes qui seraient aptes à faire des propositions car le mouvement n'est pas structuré. Selon les régions, les revendications ne sont pas les mêmes et c'est assez compliqué d'entrer en négociation dans ces conditions", souligne Paul Junot de la CFTC.

Une alerte lancée depuis des années

Quoi qu'il en soit, pour l'intersyndicale, chacun doit rester dans son rôle : c'est aux Gilets jaunes de se structurer mais les syndicats sont prêts à jouer le rôle de médiateur autour de la table de négociation que le préfet souhaite mettre en place pour sortir de la crise. "Une sortie de crise est possible, espère Paul Junot, mais il faut que l'Etat donne la primauté au social et non à la finance. Nous serons là pour aider à trouver la porte de sortie, c'est notre rôle. Mais c'est dommage que l'Etat ne nous ait pas écoutés. Cela fait des années qu'on lance l'alerte sur la situation sociale à La Réunion. "

Pour Johny Michel, "tôt ou tard, la marmite devait exploser, ça fait des années que je le dis et le répète. On y est."  

Les gendarmes et la répression, un mauvais choix

Jacky Balmine, de la CGTR-BTP, estime pour sa part que le dialogue n'est possible "que si l'Etat admet que la situation de La Réunion est spécifique" et que les efforts demandés ailleurs ne sont pas supportables sur l'île, en raison du taux de chômage, du nombre de familles vivant sous le seuil de pauvreté, du coût de la vie... "La Réunion doit être accompagnée différemment qu'ailleurs. Il n'y aura pas de sortie de crise si l'Etat ne fait pas un geste. La solution, ça ne peut pas être les gendarmes et la répression comme l'a annoncé Emmanuel Macron hier. Envoyer l'armée, ce sont des insultes et de la provocation gratuite", conclut Jacky Balmine.

Pour l'intersyndicale, la balle est désormais dans le camp des élus, des parlementaires et du préfet. Et bien sûr des "Gilets Jaunes".

"Certains sont trop en colère pour entrer en négociation", estime un syndicaliste. D'où l'importance de trouver dans leurs rangs les bons interlocuteurs, comme l'a soulevé la rencontre initiée ce jeudi matin par la préfecture. Réunion qui s'est conclue sans qu'un nouveau rendez-vous ait été fixé. "Il y a la volonté du Préfet de sortir de la crise, tempère Paul Junot. Nous serons là pour aider à ce moment-là, quand tous les protagonistes seront réunis autour de la table pour trouver des solutions concrètes".

ml/www.ipreunion.com

mots clés de l'article : syndicats , préfecture , sortie de crise , actualité de la réunion , gilets jaunes , Actus Reunion

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