Epinglé par la Chambre régionale des comptes

Gilbert Annette : "il n’y a aucun détournement à la mairie de Saint-Denis"

photo RB imaz press reunion

La mairie de Saint-Denis est dans le viseur de la Chambre régionale des comptes (CRC) et avec elle Gilbert Annette. Une enquête préliminaire a également été ouverte concernant le cabinet du maire, composé de 55 personnes alors que la loi n’autorise que 5 collaborateurs. Epinglé pour favoritisme, népotisme, et non-respect des règles en terme de marchés publics, Gilbert Annette a tenu à faire le point sur ces accusations. Il affirme haut et fort qu’il n’y a "aucun détournement" à la mairie de Saint-Denis, et se justifie concernant le recrutement des employés à la mairie, les marchés publics, l’organisation du temps de travail ou encore les finances de la ville. (Photo rb/www.ipreunion.com)

Le maire de Saint-Denis a tenu à faire le point après les accusations de la presse liées au rapport de la Chambre régionale des comptes, qui pointe du doigt plusieurs irrégularités au sein de la mairie. Pour Gilbert Annette, beaucoup ont fait une "mauvaise interprétation" du rapport, qu'il qualifie également de "caricature". Il ajoute qu'il a fait le choix de commenter publiquement le rapport afin de "tordre le cou aux mensonges".

"Je ne conteste pas le rapport des magistrats de la Chambre régionale des comptes", commence l'élu dionysien. Mais selon lui, "50% des recommandations sont déjà en place à Saint-Denis". Il a donc tenu à relever certains points avec lesquels il est plutôt en désaccord.

A commencer par ce qu'il appelle "la controverse principale" : la répartition du temps de travail. La CRC doute fortement de l'application des 35 heures au sein de la mairie. Elle compte de son côté un temps effectif au travail de 32 heures. Gilbert Annette ne fait pas les mêmes observations et explique que le problème devrait de toute façon être réglé par une future décision du gouvernement visant à contraindre les fonctionnaires à bien remplir leurs 35 heures.

Le recrutement pointé du doigt

Le maire est également accusé de népotisme. Il a d'abord tenu à revenir sur les termes publiés dans la presse : "la Cour régionale des comptes, elle, n'a jamais parlé d'emplois familiaux". La CRC emploie de fait les termes "proches du maire". Trois personnes ont en effet été recrutées au sein de la mairie, "à des postes vacants", tient à préciser le maire. Selon lui, il ne s'agit pas de favoritisme, mais d'un simple recrutement de personnes "compétentes". "Ils ont postulé officiellement à la mairie, et sont payés selon une grille établie, pas plus", assure Gilbert Annette. Il reconnaît cependant que "cela peut être critiquable oui, mais ce n'est pas illégal, et ce n'est pas propre à la mairie de Saint-Denis".

L'épouse du maire a également été la cible de critiques. On reproche à Gilbert Annette d'avoir "embauché" sa femme, ce qu'il dément avec force : "mon épouse était employée à la mairie de Saint-Denis avant que je la rencontre. Oui j'ai épousé une employée communale, beaucoup rencontrent leur époux ou épouse sur leur lieu de travail... certains épousent même leur professeure..."

Concernant le nombre total d'agents, le maire explique recruter essentiellement au niveau local. Selon lui, le nombre d'agents s'élève à 2.800. "On a réduit le nombre d'agents, mais pour une meilleure qualité d'encadrement", explique-t-il.

Les effectifs du cabinet sont également épinglés dans le rapport de la CRC. Le maire compte 55 personnes autour de lui, "une simple histoire de rattachement", explique-t-il. "La loi autorise 5 collaborateurs, à Saint-Denis nous en avons effectivement 5." Les autres employés appartiennent à des services rattachés au cabinet, mais Gilbert Annette assure qu'ils ne perçoivent "aucun salaire supérieur". Les 5 collaborateurs, eux, sont payés aux alentours de 5.000 euros par mois. "Une rémunération classique pour ce type de poste", précise le maire. Mais il se dit prêt à revoir son organisation si cela déplaît à la CRC : "on va corriger l'organigramme si ce n'est que ça".

La CRC rappelle également que tous les emplois permanents doivent être occupés par des fonctionnaires. Aujourd'hui, Gilbert Annette assume clairement ne pas avoir suivi cette recommandation. "Si je le faisais, la charge salariale serait colossale, et ce serait de l'argent en moins pour l'éducation, le sport, la culture..." Le budget alloué aux salariés est de 56% à la mairie de Saint-Denis. "Ne donner les emplois permanents qu'aux fonctionnaires, c'est un choix que j'ai refusé."

Par ailleurs, il assume également avoir transformé 45 CDD en CDI au bout de 2 ans, ce qui est contesté par la Cour régionale des comptes. "Pour moi c'était important afin que les agents soient libres et indépendants, et qu'ils aient un meilleur confort de vie. Moi je titularise tous ceux qui réussissent un concours de la fonction publique." Aujourd'hui il se dit prêt à re-basculer ces CDI en CDD pour coller au rapport de la chambre. "C'est sûr que ce n'est pas une bonne nouvelle pour eux..."

Une "fragilité financière"

Sur la question des finances de la commune, le rapport de la CRC fait état d'une "fragilité financière". Gilbert Annette assure, lui, que "le bilan est bon". Il cite ceux exemples avec le projet Neo, la nouvelle entrée ouest de Saint-Denis, avec un pont qui relierait la Nouvelle route du Littoral à la commune. "Ce projet a été signé, c'est la Région qui en reste le pilote. Le pont va se faire, et le projet a déjà démarré." L'autre projet cité est celui de l'Espace océan : "oui ça fait longtemps que cela traîne, mais c'est dû à deux recours lancés par un ancien Dionysien. Le temps que cela soit réglé, il faut donc attendre, mais ce n'est pas une question de financement", veut préciser l'élu dionysien.

Sur la question des marchés publics, Gilbert Annette se dit aussi prêt à revoir sa copie. "La Chambre régionale des comptes nous recommande de globaliser les petits achats, qui représentent, je le précise, 1% du budget, afin qu'ils fassent l'objet d'un appel d'offres. On va le faire, et puis au lieu de 3 fournisseurs, nous en aurons 1, c'est tout." Il assure que la commune "a eu gain de cause sur tous les marchés. Il n'y a pas d'irrégularité, sinon la chambre aurait attaqué les marchés."

Des points de gestion sont également visés, comme le choix des cantines gratuites pour les élèves. "Nous sommes à Saint-Denis, pas à Paris, le pourcentage d'habitants sous le seuil de pauvreté est bien supérieur et nous comptons 3 fois plus de chômeurs à La Réunion. J'accepte la critique de la Chambre régionale des comptes, mais voilà ma vision des choses : même si cela est coûteux, c'est une mesure nécessaire pour moi."

Malgré les élections municipales de 2020 qui se rapprochent à grand pas, le maire de Saint-Denis ne se dit "pas inquiet", et en conclue même que l'un dans l'autre le rapport de la Chambre régionale des comptes est "plutôt bon". "Il souligne aussi que plusieurs indicateurs sont relevés dans le rapport, concluant à une bonne gestion de la ville : le taux de délinquance en baisse, la gestion des dépenses publiques, un contrat de confiance respecté (18 points engagés sur 20, selon Gilbert Annette, par rapport aux promesses de campagne), et un bon niveau d'investissement.

mm/www.ipreunion.com/redac@ipreunion.com

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