560 morts par an à La Réunion

Fumez, fumez, il en restera toujours quelque chose

AFP/Archives - REMY GABALDA

7 millions de morts par an dans le monde, 78.000 en France et 560 à La Réunion. Le tabagisme est la première cause de mortalité évitable, devant l’alcool. Pourtant, il continue de faire un tabac chez de nombreux jeunes, peu conscients des risques et des maladies qu’il provoque. Les chiffres sont édifiants, le produit tue la moitié de ceux qui ont commencé à l’adolescence. A l’occasion de la journée mondiale sans tabac ce vendredi 31 mai 2019, Imaz Press fait le point avec le docteur David Mété, addictologue.

"A La Réunion, 22% des jeunes de 17 ans fument tous les jours. L’île est ainsi le premier département d’Outre-mer en matière de tabac chez les jeunes," explique docteur David Mété, chef du service addictologie au CHU de Saint-Denis.

Un chiffre beaucoup trop important qui remet en question l’efficacité des campagnes de sensibilisation. "Un jeune ne sent pas forcement concerné quand vous leur parlez de tabac ou de maladies. Il ne se projette pas lui-même comme étant malade. C’est très difficile de faire des campagnes qui marchent bien chez les jeunes, il faut être très dynamique et persévérer," indique le docteur David Mété.

Les jeunes qui s’engagent dans le tabagisme "ne se rendent ainsi pas compte qu’ils s’engagent dans une dépendance très forte, dans laquelle ils vont demeurer entre dix et vingt ans," ajoute-t-il. Autrement dit, pour un producteur de tabac, quand un jeune commence à fumer, c’est un client garanti pour dix ou vingt ans.

Huit fois plus de points de vente que dans l'Hexagone

Prix de plus en plus élevé, cigarettes parfumées interdites, paquets neutres et photo trash, plusieurs mesures ont été mises en place pour venir dissuader les jeunes de fumer. Mais pour l'addictologue, le principal problème est que le tabac peut être vendu n’importe où sur l’île. "Dans des commerces, partout. Il n’y a pas besoin de licence particulière ici alors qu’en métropole, les vendeurs de tabacs sont finalement des représentants des douanes," explique-t-il.

Une loi, votée en 2009 devait pourtant régir la vente de tabac dans le cadre des mesures de santé publique, avec notamment la mise en place d’une licence. A l’initiative de la sénatrice réunionnaise Anne-Marie Payet, elle n’est toujours pas appliquée car sans cesse repoussée… Ainsi, au lieu d’avoir un point de vente pour 3.500 habitants comme en métropole, nous avons un point de vente tous les 300-400 habitants.

"Nous avons huit fois plus de points de vente de tabac à La Réunion que dans l’Hexagone, et cela a un impact sur les jeunes. Nous avons une vente aux mineures qui est moins contrôlée, des points de vente près des établissements scolaires, une vente au détail aussi, avec des jeunes qui achètent des cigarettes à la pièce," liste le docteur Mété. Pour avancer dans la lutte anti-tabac et préserver les jeunes, "il faudrait être traité à l’égalité avec la Métropole," martèle l’addictologue.

Un fumeur perd entre 10 et 15 ans de vie

Les chiffres parlent d'eux même. Dans la fumée, il y a plus de 4.000 substances différentes, dont 250 sont nocives pour la santé. 90 % des décès liés au cancer du poumon chez l’homme, et près de 80 % chez la femme, sont causés par le tabac.

Il est aussi responsable d'un cancer sur trois et il tue la moitié de ceux qui ont commencé à l’adolescence. "Votre susceptibilité individuelle est très variable. Des personnes ont des enzymes de réparation de l’ADN et des cellules qui fonctionnent très bien, évitant ainsi un cancer du poumon. Mais rien ne les protège des maladies cardiaques, des infarctus… En moyenne, un fumeur perd entre dix et quinze de vie, et les années de vie que vous allez avoir sera moindre" détaille le docteur David Mété.

Pour autant l'addictologue reste optimiste. "Les données sont très encourageantes, la lutte contre le tabac est enfin efficace! Nous observons une baisse progressive du nombre de fumeurs en France. Nous étions à 30%, nous sommes tombés à 25%. Les gens qui font des démarches de sevrage ne doivent pas capituler : on y arrive, et mieux si on est aidé," s’enthousiasme docteur Mété.

nt/www.ipreunion.com

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