La réalisatrice prépare son premier long-métrage

"Beignets de songe" ou l’invitation de Fabienne Redt au voyage initiatique

Fabienne Redt

On la connaissait déjà pour le Festival du film de La Réunion, mais cette fois c’est dans le costume de réalisatrice que Fabienne Redt revient sur le devant de la scène. Passionnée de cinéma depuis toujours, la Réunionnaise a profité de son passage au Canada pour reprendre l’écriture scénaristique et la voilà qui se prépare à tourner son premier long-métrage : "Beignets de songe". (Photo d’illustration www.ipreunion.com)

Le cinéma pour Fabienne Redt, c'est une "passion de jeunesse", nous dit-elle. "J'ai toujours eu un rapport très 'visuel' aux choses, je m'attache beaucoup à l'image". Et pas que : le travail sur le son la passionne tout autant, elle a d'ailleurs touché à la radio dans le passé. "J'aime beaucoup l'idée de faire travailler son imagination en se basant sur des sonorités et des voix", nous explique-t-elle.

L'image et le son se sont donc inextricablement liés dans ce goût pour le cinéma. La réalisatrice compte à son actif 6 courts-métrages. Le premier est sorti en 2013. Une histoire d'amour entre une indienne et un trader qui se déroule à New York, et qui reprend ce qui sera alors le fil conducteur de ses oeuvres : une ode à la différence, à la tolérance, à la découverte de l'autre. "D'autant plus que j'ai toujours adoré New York", témoigne la réalisatrice. "C'est une ville incroyable, qui possède une lumière naturelle magnifique".

Elle a également tourné il y a quelques années un court-métrage à La Réunion, à l'Entre-Deux plus précisément. Un film de 13 mn appelé "Sur la route des éclats" qui relate la rupture d'un couple. Car les relations humaines sont au coeur de ses réalisations, c'est ce qui l'animera jusqu'à ce nouveau long-métrage, son projet actuel...

Le Festival du film de La Réunion, un succès fulgurant

Avant d'y venir il y a eu bien sûr le Festival du film de La Réunion... Comment ne pas le connaître ? Passionnée par l'image, c'est tout naturellement que Fabienne Redt s'est lancée dans la création de ce festival. "J'ai toujours aimé les 'premières fois', quand on voit un film pour la première fois, quand un réalisateur sort sa première oeuvre, c'est une émotion qu'on ne retrouve jamais", explique-t-elle.

Voilà donc ce tout nouveau festival qui apparaît en 2004. "Un festival entièrement basé sur les premiers et seconds films des réalisateurs, c'est un concept qui n'existait pas". Son succès est fulgurant : au bout de 3 ans, sa notoriété devient internationale.

"Quand on a la tête dans le guidon, on ne se rend pas compte", admet Fabienne Redt. "Après, avec du recul, on constate l'ampleur que ça a pris, c'est formidable. On a fait venir plein de monde, des talents hors norme, d'autres, inconnus, qu'on a fait découvrir au grand public..."

Mais faute de subventions, le festival s'arrête au bout de 10 ans. Une belle aventure cinématographique qui a marqué l'histoire culturelle de l'île. Après ça, Fabienne Redt en a profité pour "faire une pause". "Ça n'avait plus de sens de continuer 'en moins bien'. Poursuivre ce festival, ça demandait un budget en hausse, de nouvelles idées pour développer l'événement... J'ai donc préféré arrêter." Elle décide alors de partir s'installer au Québec.

"Besoin de vivre autre chose"

Une fois au Canada, Fabienne Redt estime avoir "tout repris à zéro". Elle profite de ce renouveau pour reprendre ses études et part en école de cinéma. "J'ai suivi une formation de directeur photo, l'équivalent de chef opérateur. L'image m'ayant toujours passionnée, c'était finalement logique. J'ai suivi des cours de scénarisation, également des cours de théâtre pour mieux comprendre les comédiens et se rendre compte des difficultés de leur métier."

La cinéaste le dit elle-même, elle avait "besoin de vivre autre chose". "Vous savez ce n'est pas facile de tout plaquer et de partir à l'autre bout du monde toute seule. C'est quelque chose qu'on fait à 20 ans, pas à 40 ans... Pourtant je l'ai fait". Sur le continent américain, elle vit alors une sorte de renaissance. "Je portais un autre regard sur le monde. En allant à l'étranger, j'ai finalement pris conscience de qui j'étais vraiment." Et c'est au Québec qu'elle commence à écrire un scénario... la première pierre de son long-métrage.

Récit initiatique

Cette expérience au Canada, bien que géographiquement loin de son île natale a permis à la réalisatrice de renouer avec son identité réunionnaise. "Nous avons la chance à La Réunion de connaître la diversité, la vraie. C'est magique de constater que sur un aussi petit caillou il y a autant de cultures différentes, qui cohabitent en paix. La diversité, nous on la vit depuis tout petit ici."

C'est ce contexte personnel qui anime, entre autres, le film. Baptisé "Beignets de songe", il relate l'histoire d'une quête, celle d'une Parisienne qui part à La Réunion pour finir en Polynésie française. "Ce n'est pas un film autobiographique, mais je me suis effectivement inspirée de ma coupure au Canada. Vous savez on s'inspire toujours un peu de ce qu'on a vécu dans un film", nous explique Fabienne Redt.

Son personnage se confrontera alors à la différence, en découvrant de nombreuses cultures à La Réunion. "Swane, c'est son nom, partira à la rencontre de nombreux personnages différents, et les cultures auxquelles elle sera confrontée lui permettront de construire sa propre identité." Un véritable récit initiatique.

Des lieux et des acteurs de choix

"Nous irons filmer dans les hauts de la côte Ouest, à Bellemène notamment dans une superbe maison créole", raconte la cinéaste. Trois lieux de tournage vont construire le film : Paris, La Réunion et enfin la Polynésie. Pourquoi terminer le film là-bas ? "Au-delà des personnages que va rencontrer Swane, elle va aussi se familiariser avec la pratique du surf. Je voulais aborder le surf de façon un peu métaphysique, comme un dépassement de soi". Le film se termine d'ailleurs très symboliquement sur une vague.

Terminer en Polynésie est un choix logique pour la réalisatrice. "Je parle d'îles et d'identités insulaires dans ce long-métrage." D'autant plus que l'accueil réservé dans ce territoire français fut plus que chaleureux pour l'équipe. "Nous avons reçu un très beau soutien de la part de la Polynésie", explique-t-elle.

Plusieurs acteurs de choix se distinguent dans ce casting, notamment Julie Ferrier ou François Berléand. Ces deux acteurs sont d'ailleurs venus au Festival du film de La Réunion. Nous retrouverons également Elisa Lasowski dans le rôle principal, actrice des Promesses de l'ombre en 2007 et de plusieurs séries à succès comme Skins, Game of thrones ou Versailles. Notons enfin la présence dans ce casting de Sveva Alviti et Arnaud Binard.

Ce long-métrage, empreint des souvenirs de l'enfance de Fabienne Redt et de sa propre soif de liberté, n'a pas encore de date de sortie précise. Le tournage devrait durer de 8 à 9 mois. "J'ai choisi de l'appeler "Beignets de songe", car ce sont les gâteaux que me confectionnait ma grand-mère" raconte la cinéaste. "L'essentiel du tournage se déroule à La Réunion, je voulais vraiment mettre toute la lumière sur mon île natale."

mm/www.ipreunion.com/redac@ipreunion.com

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