Une étude annonce une montée des eaux de deux mètres d’ici 2100

Et si La Réunion finissait engloutie par les eaux...

photo imaz press reunion

Dans une étude parue le 20 mai 2019, vingt-deux experts estiment que le niveau de la mer pourrait monter de deux mètres d’ici 2100. Une estimation bien au-dessus des chiffres annoncée dans la dernière étude de référence réalisée en 2014 par GIEC, le groupement d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat. La Réunion, perdue dans l’océan indien, est l’un des territoires en première ligne face au phénomène. Deux mètres d’élévation, ce scénario est-il vraiment envisageable ? La Réunion sera-t-elle submergée par les eaux ? Comment parer ce phénomène ? Comment y faire face ? Pour en savoir plus, Imaz Press a interrogé des spécialistes du réchauffement climatique (photo rb/www.ipreunion.com)

Que dit l’étude ?

Anny Cazenave est chercheure au Laboratoire d'études en géophysique et océanographie spatiales (LEGOS) à Toulouse. Pour Imaz Press, elle a vulgarisé cette étude très technique basée sur la fonte de la calotte glacière en Antarctique et au Groenland.

Après analyse, la scientifique est sceptique " ces experts annoncent uneplausible montée des océans de deux mètres d’ici 2100, c’est très difficile à estimer. La communauté scientifique a beaucoup d’incertitudes quant à l’avenir. Depuis plusieurs années, les glaces fondent de manière accélérée, ce phénomène va-t-il continuer ? Va-t-il y avoir un emballement ou au contraire, un arrêt de cette fonte ? Nous ne le savons pas. De plus, d’ici 2100, d’autres processus que nous n'avons peut-être pas pris en compte pourraient intervenir. Il y a une grosse fourchette de projections sur la fin du siècle."

Deux scenarii possibles

Mais la scientifique ne sous-estime pas l’intérêt de cette étude. La fonte des glaces est une conséquences du réchauffement climatique dû notamment aux émissions de gaz à effet de serre. Les experts ont publié leurs conclusions dans des comptes-rendus de l'Académie américaine des sciences (PNAS). Deux scenarii ont été avancés par la communauté de spécialistes :

• le plus optimiste : un réchauffement de la planète limité à 2C, c'est l'objectif minimal des accords de Paris, signés en 2015. Depuis cette époque, la Terre s'est déjà réchauffée d'environ 1C. "Et durant l’année 2018, on a battu des records de températures, il faut donc s’attendre à ce que les accords de Paris ne soit pas respectés, nous n’avons pas inversé la tendance, bien au contraire" commente Anny Cazenave.

Si le réchauffement climatique s’arrête à 2C, selon l’étude, les mers s’élèveraient, de manière globale, entre 36 et 126 cm. Pour Anne Cazenave, c’est le scénario le plus probable.

La scientifique faisait partie du GIEC en 2014, aujourd’hui elle pense qu’il faudrait revoir les chiffres annoncés en 2014 à la hausse. "Malgré l’aspect imprévisible du phénomène de fonte de la calotte glaciaire, se baser sur une montée des eaux d’environ un mètre est "raisonnable" et sans doute plus réaliste" indique la géographe.

• le scénario le pessimiste : c’est celui qui a le plus fait parler de lui, un scénario catastrophe avec une montée "plausible" des eaux qui pourrait dépasser les 238 cm si les températures augmentaient de 5C. On est loin, très loin des dernières études réalisées sur le sujet "le taux de probabilité de ce scénario est très faible mais cela ne veut pas dire qu’il est exclu" explique Anny Cazenave.

La scientifique rappelle qu’il ne faut pas faire dans le catastrophisme, elle pense que l'objectif de ce scenario du pire est d’adresser un message aux Nations "il ne faut, certes, pas prendre ces hypothèses pour argent comptant mais cela sert d’alerte pour dire aux États qu’il faut se préparer, assurer les biens et les personnes."

Une montée des eaux à La Réunion, ça donnerait quoi ?

Une chose est sûre, le niveau de va monter, c'est inéluctable. Anny Cazenave table plutôt sur une montée des eaux entre un mètre et un mètre cinquante d'ici 2100. Mais ce n'est là qu'une hypothèse.

Dans tous les cas, la scientifique se veut rassurante "non, il ne faut pas s’attendre à ce que La Réunion finisse engloutie par les eaux en 2100 cependant La Réunion est une région où l’océan monte plus vite que la moyenne actuellement" précise la scientifique "il faut s’attendre à une amplification du phénomène dans les tropiques."

De plus, même si le réchauffement climatique s’arrêtait aujourd’hui, l’île, comme le reste du globe continuerait à subir une montée des eaux qui grignoterait les zones littorales pour deux raisons :

• toute la chaleur stockée dans les océans ces cinquante dernières années continuerait à faire monter le niveau des eaux • le dioxyde de carbone (CO2) déjà émis est stocké dans l’atmosphère, son espérance de vie est estimée à un millénaire

Des cyclones plus intenses qui apporteront plus d'eau

Une montée des eaux à La Réunion, même d’un mètre, aura des conséquences sur ce que la scientifiques appelle "les événements extrêmes" c’est à dire, les cyclones.

Anny Cazenave explique qu’il faut s’attendre à des phénomènes cycloniques plus violents qui apporteront plus d’eau "les zones littorales sont les secteurs les plus menacés. Les surfaces inondées à l’intérieur des terres seront plus grandes. Certains secteurs situés dans les zones basses seront sans doute inondés de manière permanente" détaille l’experte.

Gwenaëlle Pennober est universitaire, elle travaille sur les changements climatiques à La Réunion. Selon elle, en fonction des types de milieux, les conséquences d’une montées des eaux seront différentes.

La spécialiste précise "ce que l'on sait c'est que ceci s'accompagnera d'érosion et de submersion marine. Nous sommes une île haute donc nous seront moins concernés que les îles bases (les vieux systèmes volcaniques)."

Gwenaëlle Penniber poursuit "si la barrière récifale est en bonne santé, peut être qu’elle pourra préserver quelques zones bases situées en arrière. Si elle ne s'adapte pas rapidement aux changements climatiques, elle ne remplira plus son rôle d’atténuation des houles donc une érosion des plages et ennoiement des zones bases situées en arrières se produiront.

Concernant les cordons de galets "il faut s’attendre à des inondations récurrentes des zones situées en arrière."

Les cotes de sable noirne seront pas épargnées non plus "cette montée des eaux provoquera sans doute un déplacement en arrière des cordons littoraux vers l’intérieur des terres si le territoire n'est pas urbanisé. Si le secteur est urbanisé, il se produira une érosion massive."

Et la biodiversité marine sera en première ligne "une salinisation des masses d'eau littorales provoquera une perte de biodiversité dans les étang littoraux dont la salure risque d’augmenter" indique la spécialiste.

Comment faire face ?

Anny Cazenave n’est pas fataliste mais réaliste "la hausse du niveau des mers est un phénomène lent et surtout inéluctable." Pour s’y préparer, la spécialiste explique qu’il faut que les populations limitent leurs émissions de gaz à effet de serre et que les Nations se préparent en construisant des digues et des systèmes qui permettront de protéger les biens et les personnes.

Gwenaëlle Pennober est du même avis, le volet scientifique aura aussi un rôle majeur à jouer sur la question "il est urgent de mettre en place des observation des niveaux d'eau sur les côte. C'est ce que l'on va initier à l'Ermitage à partir de caméras dès septembre prochain. Des procédés sont en cours de développement à l'université de Bordeaux. Cet instrumentation s'inscrit dans le cadre du site SNO Dynalit reunion (OSU-Réunion)."

La Réunion ne doit pas s'attendre au pire mais tout de même se préparer. La montée des eaux aura notamment pour conséquence de diminuer la superficie de l'île et les zones de surface habitable. Avec une démographie galopante et un territoire qui n'est pas extensible, la question de l'occupation et de l'urbanisation se pose plus que jamais.

fh/www.ipreunion.com

redac@ipreunion.com

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