Ecoles prioritaires

Distribution des petits-déjeuners : il va falloir être patient

photo : RB imaz press reunion

C’était l’une des grandes annonces de ce retour de vacances : 46 écoles en zone prioritaire ont été retenues pour la distribution de petits-déjeuners, aussi bien en maternelle qu’en primaire. La mesure avait été annoncée par Annick Girardin mais elle peine à se mettre en place et va prendre manifestement plus de temps que prévu.

"Nous on est prêts", martèle Raïssa Maillot. L’élue déléguée aux affaires scolaires de la ville de Saint-Louis attend que la mesure se mette en place, les menus dédiés aux enfants, eux, sont déjà élaborés. Pourtant dans les 4 écoles concernées sur la commune, aucun petit-déjeuner n’a été distribué lundi 25 mars 2019, date officielle annoncée lors de la dernière visite d'Annick Girardin.

Idem du côté du Port, qui compte 28 écoles censées bénéficier de ces paniers repas. Le lancement du projet était annoncé pour cette rentrée. Résultat : aucun panier repas n'a été distribué en ce début de semaine. Le rectorat le confirme : les premiers petits-déjeuners ne seront acheminés que vendredi 29 mars 2019 - "si tout va bien", nous précise-t-on. Et cela concerne uniquement la commune de Saint-Denis. Le Port devrait suivre, mais pas avant deux semaines.

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A qui la faute ?

S’agirait-il d’un problème de communication ? Le rectorat et les communes semblent se renvoyer la balle. "Nous avions bien dit "à compter" du 25 mars" nous précise Jean-François Salles, inspecteur de l'Académie de La Réunion en charge du projet. "Le ministère de l'Education a souhaité mettre cette mesure en place le plus rapidement possible. C'est le retour des vacances d'hiver - en métropole - qui a été retenu comme date de lancement. Pour nous cela correspondait à la rentrée du 25 mars, mais il s'agissait d'une période large." Car le projet prend du temps, rappelle le rectorat. "Il faut budgétiser, dégager une enveloppe, lancer le processus... tout cela est très long."

Sur l'enveloppe de 6 millions d'euros allouée aux petits-déjeuners prioritaires dans toute la France, l'Académie de La Réunion a récupéré 264 000 euros. "C'est plus que ce à quoi nous nous attendions", explique Jean-François Salles. Et malgré le problème de date, il tient à relativiser : "nous sommes en avance par rapport à la métropole, ne l'oublions pas".

A Saint-Louis il semble pourtant que l’on attende des réponses de la part du rectorat… réponses qui ne viennent pas. "Nous avons élaboré 5 menus, ils ont tous été validés par une nutritionniste", explique Raïssa Maillot, de la ville de Saint-Louis. "Mais nous n’avons aucune information : comment ces repas seront-ils financés ? Quelle part l’Etat prend en charge ? Qui assurera la distribution des petits-déjeuners le matin ?". Du côté du rectorat, on s'étonne : les maires auraient été prévenus en temps et en heure.

Qui sera aux commandes ?

"Dans le cas de Saint-Louis, c'est un peu différent", explique l'inspecteur. "C'est le collège qui porte l'opération." Reste que côté communication, certaines informations semblent ne pas être parvenus jusqu'à la mairie... Sur le plan du budget en tout cas, le rectorat se veut rassurant : "l'enveloppe que nous avons reçue finance pour l'instant tous les petits-déjeuners." Si le nombre d'écoles bénéficiaires venait à augmenter cependant, les communes pourraient être amenées à devoir participer.

La distribution des petits-déjeuners quant à elle reste un peu floue. Agents communaux, familles, enseignants ? Qui devra distribuer les paniers repas aux enfants ? "'Les écoles retenues sont volontaires", rappelle l'inspecteur. "Elles sont au courant de tout et les enseignants ainsi que les parents d'élèves savent qu'ils seront amenés à mettre la main à la pâte." Les questions posées par la mairie de Saint-Louis laissent pourtant entendre que les rôles ne sont pas encore très bien connus de tous.

La mairie du Port de son côté affirme que le timing n’arrange rien, l’annonce de cette mesure ayant été faite pendant les vacances scolaires. Sans enfants, et surtout sans parents d’élèves, difficile selon eux de mener à bien les discussions et de s’organiser en interne. Le rectorat assure de son côté que les familles seront bien mêlées au projet. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle rien ne pouvait avancer durant les vacances scolaires.

Où sont les parents ?

Les élus du Port envisagent d'ailleurs une nouvelle réunion potentielle entre les communes et le rectorat pour bien définir les axes de cette mesure, avec, si possible, la présence de parents d’élèves. Difficile en effet de mettre en place un projet éducatif sans les familles, selon eux.

"Les parents aussi ont leur mot à dire", selon Fridor Funteu. Le nutritionniste a été contacté afin de porter un regard professionnel sur les menus concoctés par l’une des communes concernées. Cet avis, en accord avec la mairie du Port, faisait d’ailleurs partie de ses recommandations à destination des communes. "Il faut que les parents soient beaucoup plus impliqués, et accompagnés. Car si, dès que le week-end ou les vacances arrivent, les enfants recommencent à mal manger le matin, cela perturbe profondément les efforts mis en place dans la semaine à l’école."

Mettre l’enfant et les parents ensemble "sur le chemin de l’équilibre alimentaire" est capital selon lui. A Saint-Denis, Raïssa Maillot affirme d'ailleurs que l’envie est bien là : "Nous aimerions un vrai projet, à l’aide des inspecteurs, pour sensibiliser à la fois les parents et les enseignants. Il y a un vrai travail pédagogique à mettre en place."

Des menus assez équilibrés ?

Autre point de doute : la composition des paniers repas. Plusieurs nutritionnistes ont en effet été sollicités pour donner leur accord et valider, ou non, les menus proposés par les communes. Fridor Funteu, lui, a ouvert grands les yeux devant plusieurs propositions. "Ce projet est fantastique, mais il ne faudrait pas créer de futurs obèses... Dans les produits que j’ai vus, il y a parfois trop de sel, trop de sucre, trop de gras."

Premier risque selon lui : la superposition de produits, dans le même menu, qui appartiennent à la même famille alimentaire. "Exemple : biscottes et céréales. Il faudrait avoir le choix entre les deux, ou n’en imposer qu’un seul, mais pas les deux dans le même panier repas."

Surpris, il a aussi noté la présence de brioches ou de petits beurres. "Mais les menus ne sont pas figés, si on nous demande notre avis à nous, nutritionnistes, c’est justement pour avoir l’opportunité d’élaborer des menus les plus équilibrés possibles." Il nous donne un modèle de bon petit-déjeuner : un verre de lait demi-écrémé, des céréales nature et des tomates cerises.

"Se faire plaisir de temps en temps ne fait de mal à personne", rassure Fridor Funteu. Un pain au chocolat le matin, des corn-flakes légèrement sucrés… Mais tout est une histoire de fréquence. "Attention à bien varier les produits, c’est vraiment l’essentiel."

Quand et comment les distribuer ?

Le petit-déjeuner est capital. Il fournit 25% des apports énergétiques de la journée. Et selon plusieurs études, manger le matin limiterait les risques d’obésité infantile. Mais attention : il faut le consommer à la bonne heure. "Entre 7h et 8h, c’est l’idéal. Le tout c’est de ne pas le distribuer trop proche du déjeuner." Le rectorat semble en effet entrevoir une distribution aux alentours de 7h45. Ce sera aux communes de gérer l'acheminement des paniers repas jusqu'aux écoles.

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Autre exigence, que pointe du doigt la mairie de Saint-Louis : faire attention aux élèves qui auront déjà mangé avant d’arriver à l’école. "Si les parents nous disent que l’enfant a mangé du pain avant d’arriver, on ne va pas lui en redonner, mais on va compléter avec un produit laitier par exemple", explique Raïssa Maillot.

L’idée, donc : faire des petits déjeuners "sur mesure" pour s’adapter aux enfants et aller vers une alimentation la plus équilibrée possible. Mais il faudra pour ça affiner les modalités de ce projet... et la communication entre les différents acteurs concernés, pour mener à bien une initiative pourtant salvatrice.

mm/www.ipreunion.com

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