Réunion par Imaz Press, lundi 13 septembre 2021 à 02:59
Terres australes et antarctiques françaises

Des lignes de vie tendues par-dessus l’immensité océanique

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Soutenir la recherche scientifique et la préservation de l’environnement suppose d’être présent sur site pour les agents, pour les scientifiques animant les bases des terres australes et antarctiques françaises (TAAF) et lançant des observatoires en fonction des programmes internationaux de recherche, et pour les équipages qui assurent l’action de l’Etat en mer. Les outils les plus évidents de la ligne de vie tendue par-dessus l’immensité océanique, ce sont les bateaux, le Marion Dufresne II et L’Astrolabe. (Photo D.R.)

Charles Giusti, préfet administrateur des TAAF, explique que le Marion Dufresne II assure à partir de La Réunion la logistique des îles australes françaises que sont Amsterdam, Crozet et Kerguelen, mais aussi celle des Iles éparses de l’océan Indien.

Propriété des TAAF, ce cargo-pétrolier mixte, long de 120,50 m, conçu et lancé par les Ateliers et chantiers du Havre, en 1995, pour accomplir sa mission dans le grand Sud, doté d’une grue à double jumelage et d’un hélicoptère, est encore un navire de recherche ; au-delà de ses rotations pour les TAAF il est consacré les deux tiers de l’année à des missions océanographiques.

Equipé d’une surface de 650 m2 dédiée à l’installation de laboratoires, le " Mard’uf " est utilisé comme support par l’Institut Français de Recherche pour l’Exploitation de la Mer (IFREMER), dans ses travaux de recherche océanographiques, sur tous les océans non glacés. Il dispose notamment d’un système de treuillage autorisant la mise en œuvre d'engins et de matériels lourds, de sondeurs multifaisceaux et, souligne l’Ifremer, d’un " carottier géant CALYPSO, unique au monde ", permettant carottages sédimentaires et d’études paléoclimatologiques…

Le Marion Dufresne II est encore un observatoire atmosphérique et biologique marin, pour le programme MAP-OI, (Marion Dufresne atmospheric program Indian ocean extension mobile de l’Observatoire de physique de l’atmosphère de La Réunion (OPAR) pour le compte du Laboratoire de l'atmosphère et des cyclones (LACy, Université de La Réunion) et du CNRS, structures scientifiques qui trouvent un grand intérêt aux missions qui mènent ce bateau quatre fois par an dans la zone circumpolaire, sans parler des missions propres à l’Ifremer, le Marion Dufresne étant la plus grande unité hauturière de la Flotte océanographique française.

- Des missions au long cours -

Le préfet Charles Giusti met en exergue le fait que "les TAAF soutiennent aussi bien des missions au long cours, avec des observatoires embarqués" comme c’est le cas pour MAP OI, voire des projets plus ponctuels, comme SWINGS , cette année, qui s’inscrivait néanmoins dans le programme mondial Geotraces, dédié depuis 2010 à l’élaboration d’un atlas chimique des océans, que "des missions très spécialisées comme 'Ocean Sentinel' et ses albatros équipés de micro-balises qui permettent de chasser les émissions radar des bateaux pirates qui braconnent la légine dans nos eaux, et de suivre la cinétique des populations d’albatros (…) Pour mémoire, entre 1998 et 2004, 34 bateaux de pêche ont été arraisonnés et saisis dans nos eaux pour les avoir piratées, et même si cette pêche illégale a été éradiquée, notre effort de surveillance se poursuit."

En la matière, ce programme européen de recherche, ERC Proof of Concept, porté par le CNRS et l’Université de La Rochelle, soutenu par l’Institut polaire Paul-Emile Victor (IPEV), recoupe une des compétences souveraines des TAAF, qui est de surveiller les eaux de la ZEE française, et de veiller à la préservation des ressources et stocks halieutiques. Les 170 albatros d’Ocean Sentinel, originaires des îles Crozet, Kerguelen et Amsterdam, équipés des balises Argos-GPS-Radar du système Ceturion, en survolant librement près de 47 millions de km2 de l’océan Austral, ont repéré sur la seule zone française de 10 % à 15 % d’opérateurs dans l’illégalité, certains non déclarés, système AIS déconnecté.

- Un nom prestigieux -

La seconde unité des TAAF est l’Astrolabe (IV). Un navire brise-glace, construit spécifiquement par les chantiers Piriou dans le cadre d’un partenariat entre les Terres australes et antarctiques françaises (TAAF), l’IPEV et le ministère de la Défense (Marine nationale).

L’Astrolabe, quatrième du nom, le premier étant la frégate du comte de La Pérouse, missionné en 1785 par Louis XVI pour accomplir la première grande expédition scientifique française autour du monde. Lui succèdera en 1826 L’Astrolabe (II), corvette de Jules Dumont D'Urville, ainsi baptisée car il aura entre autres missions celle de retrouver le site exact du naufrage de La Pérouse, de son bateau et de la frégate La Boussole, en 1788, dans le Pacifique, aux îles Salomon (Vanikoro).

Et c’est encore à bord de son Astrolabe, en 1840 que Dumont d'Urville entreprendra une expédition vers les terres australes et l'Antarctique, au bout de laquelle il prendra possession, au nom de la France, d'une portion du territoire Antarctique passée à la postérité sous le nom de Terre-Adélie… romantisme oblige, Jules Sébastien César Dumont d'Urville - il avait précédemment découvert en Grèce la Vénus de Milo – a nommé ses arpents antarctiques en songeant à sa botaniste d’épouse, Adèle qui l’attendait à Toulon.

En 1988, un ex-supply brise-glace, construit deux ans plus tôt en Grande-Bretagne sous le nom de Fort Résolution, puis renommé Austral Fish, est transformé puis rebaptisé L'Astrolabe (III) en 1989 pour le compte des TAAF et l'institut polaire Paul-Émile-Victor. Il est devenu légendaire pour avoir ravitaillé pendant 30 ans, à partir de Hobart, en Tasmanie, en affrontant 40e rugissants et 50e hurlants pour rallier les bases scientifiques Dumont D'Urville et Concordia en Terre Adélie. Ironie de l’histoire, en 2017, le valeureux brise-glace s’en est allé croiser dans le Pacifique Sud, en Papouasie Nouvelle Guinée, tout près des Iles Salomon où la légende de L'Astrolabe est née. Il a changé de nom en devenant navire-hôpital sous le nom YWAM Liberty.

" Le nouvel Astrolabe " explique Charles Giusti, " a remplacé deux bateaux, son prédécesseur éponyme, mais aussi le patrouilleur Albatros de la Marine Nationale ". L’Albatros, un bateau bien connu des Réunionnais et qui s’était illustré dans la lutte contre les palangriers-pirates qui violaient les eaux françaises sans droit de pêche.

C’est lors de sa huitième patrouille dans les TAAF, le 9 octobre 1986, dans une mer difficile, que l’Albatros avait surpris le Southern Raider, un chalutier battant pavillon panaméen dans la ZEE de Saint Paul. Le Souther Raider restant sourd aux appels radio, essayant même de s’échapper en dépit de coups de semonce, des tirs au but lui ont été délivrés, à obus inerte, par le canon de 40 mm dont était armé le patrouilleur austral. Touché à la proue, mât de hune abattu, une grosse chaloupe détruite, sa cheminée allumée à la 12.7, le Souther Raider en proie d’un début d'incendie évacue son équipage secouru par l’Albatros. Dans le même temps, le bateau sabordé, coule par l’arrière.

- Ravitaillement -

Le capitaine australien du chalutier, John Chadderton, qui avait été précédemment impliqué dans un trafic d'héroïne, avait sans doute des preuves à faire disparaître. De retour à La Réunion, placé sous contrôle judiciaire avec son second, Alistair Annandale, condamnés pour pêche illégale dans les eaux françaises et délit de fuite, les deux " pirates " s’étaient enfuis par mer jusqu’à Maurice, base arrière des braconniers à la langouste du grand Sud, où l’ambassade d’Australie leur avait innocemment permis de prendre la poudre d’escampette à destination de Singapour.

Pour en revenir aux bateaux des TAAF, le préfet Giusti explique que " si L’Astrolabe, remplit des missions de ravitaillement et de soutien logistique en Antarctique,4 à 5 mois de l’année, pendant l’été austral, au profit de l’IPEV et des TAAF, soit du transport de fret et de passagers entre l’Australie (Hobart, Tasmanie) et la base Dumont d’Urville en Terre Adélie, ce bâtiment exerce des missions de surveillance et de défense, les sept autres mois. Son équipage est à 100% militaire.

Comme les frégates de surveillance de la Marine nationale, Floréal, et Nivôse, L’Astrolabe est déployé dans le cadre de l’action de l’Etat en mer, et contribue entre autres, à la lutte contre la pêche illicite dans les ZEE des TAAF. A ces moyens s’ajoutent ceux des FAZSOI et la surveillance satellitaire. Dans le Nord de Madagascar, le canal de Mozambique, les eaux entre les Comores le Mozambique et la Tanzanie sont le lieu de trafics en tous genres, drogue, armes, pêche illégale et migrations clandestines. La France y exerce un rôle important en termes de sécurité maritime ".

- Surveillance des Zones économiques exclusives françaises -

Cette année, du 26 avril au 14 mai, L’Astrolabe a patrouillé autour des îles Europa, Bassas da India puis Juan de Nova, dans le cadre de la surveillance des Zones économiques exclusives (ZEE) françaises, il a ensuite fait escale à Antsiranana (Diego Suarez), dans le cadre de la coopération entre les FAZSOI, en l’occurrence, le Détachement de la Légion étrangère à Mayotte (DLEM) et les Forces armées malgaches, puis a remis le cap sur les ZEE des Glorieuses et de Tromelin, avant de redescendre vers La Réunion.

Là, il a participé à une campagne d’essais aéronautiques avec le Centre d’expérimentation pratique de l’aéronautique naval (CEPA) sur deux hélicoptères de type Ecureuil appartenant à la Gendarmerie (Détachement Air 181) et la société Hélilagon. La finalité de ces essais en vol : étendre le domaine de vol, voire le rayon d’action, des hélicoptères mis en œuvre depuis L’Astrolabe pour assurer le ravitaillement et la relève de Tromelin.

Depuis 2016, les TAAF s’efforcent de limiter l’usage de moyens logistiques aériens pour le ravitaillement et la relève des missions civiles – notamment scientifiques - et militaires des îles Éparses. Pour ce faire le Marion Dufresne II assure épisodiquement une mission logistique, en sus de celles de L’Astrolable.

Chronologiquement, ce sont Marcel Goulette, René Marchesseau et le mécano Jean-Michel Bourgeois, auteurs de la première liaison aérienne Le Bourget-Madagascar-La Réunion, en octobre-novembre 1929, à bord de leur Farman F-192 n3 F-AJJB, qui ont inauguré l’histoire aéronautique des Iles Eparses.

- Au fil de l'Histoire -

Le 8 décembre, sur le chemin du retour, au départ de Madagascar, ils ont été contraints à un atterrissage de fortune sur l'îlot de Juan de Nova, du fait d’un ennui technique. Cette escale impromptue - l’avion étant stocké sur place en attente de pièces de rechange - durera jusqu’au premier février 1930, date à laquelle le Farman F.192 décollera à destination d’Ivato, avant de reprendre le cap de la métropole. Une destination qu’ils ne rallieront qu’après maintes mésaventures, retrouvant enfin le Bourget le 5 mai 1930…

Du fait d’un abord difficile par la mer, les missions logistiques dédiées aux postes météo des Iles Eparses, Tromelin y compris, étaient assurées par voie aérienne, DC3 tout d’abord, à partir de Mada, mais aussi lorsque le DC3 ne passait pas, ou qu’il y avait urgence, à partir du 17 mars 1964, sur réquisition du préfet de La Réunion, le Cessna 310 G de l’aéroclub Marcel Goulette dont un certain Gérard Ethève était chef pilote. Il assumera cette mission jusqu’en 1974, en pilotant à l’ancienne, vol à vue, cap-compas et chronomètre. Le dernier des pilotes pionniers des ailes réunionnaise se souvient avec émotion de cette époque héroïque. "Dans l’océan Indien, il y a quatre îles minuscules, appelées les îles Eparses, sur lesquelles ne vivaient alors qu’une poignée de météorologues.

En mars 1964, le directeur d’une de ces stations doit être évacué d’urgence. Comme je possédais un avion rapide, on me demande d’aller le chercher. Et cette mission sera un déclic. Jusqu’en 1974, avec le Cessna 310 G puis avec un Piper PA 31 Navajo Chieftain, je vais effectuer régulièrement des rotations vers ces quatre îles pour transporter le personnel et le matériel. Je faisais jusqu’à 600 heures de vol par an (…) Entre 1964 et 1974, je crois que j’ai passé mes plus belles années de pilote pionnier. Je me rendais, tous les quinze jours, sur des îles où il n’y avait que trois ou quatre habitants. Je ne disposais d’aucun moyen de radionavigation. Je n’avais que le cap et la montre. Je faisais 600 km pour trouver un trait de 1800 m de long. Une erreur d’un degré et je serais passé 10 km à côté sans voir ce bout de terre qui culminait à 7 mètres au milieu de l’océan. On trouve ou on ne trouve pas… Trois fois seulement, je n’ai pas trouvé…"

L’indépendance de Madagascar en interdisant le survol de la Grande Ile aux avions français a mis un terme à cette aventure, trois des quatre îles, Juan de Nova, Europa et Glorieuses, situées dans le détroit du Mozambique devenant inaccessibles à plus de 1500 km à vol d’oiseau de la Réunion. L’armée de l’air prendra le relais, avec les Transall, puis à partir de 2015, avec la retraite des C-160 Transall en service depuis plus de 50 ans, avec les Casa-CN 235-300.

pl/www.ipreunion.com / redac@ipreunion.com

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