Canne à sucre

De la paille dense pour protéger les sols

Photos : Chambre d’Agriculture

Les méthodes destinées à lutter contre l’enherbement (pour protéger les sols de l’érosion) évoluent. Alors que les acteurs agricoles tenter de limiter l’utilisation de pesticides tout en augmentant les niveaux de production, une nouvelle technique est soulevée par un technicien de la Chambre d’Agriculture : exploiter la paille de la canne à sucre pour protéger les champs.

Yvrin Rivière est technicien "cannes à sucre" à la Chambre d'Agriculture : "la question était de savoir comment exploiter au mieux ce que la nature peut nous offrir. Je parle ici de la paille de canne à sucre". Il estime que "l’enherbement de la canne est le premier problème phytosanitaire" et évoque "la nécessité de travailler sur de nouvelles méthodes avec la technique du paillis".

Basé dans le Sud, il réunit une vingtaine de planteurs répartis sur tout le territoire de Saint-Joseph, de Jean-Petit à Bézaves en passant par Carosse, Vincendo, les Lianes ou encore Matouta. L’objectif : pouvoir tester une nouvelle méthode de lutte contre l’enherbement avec du paillis partiel à 70% sur les exploitations. Cela permettrait de limiter l'utilisation des herbicides en se servant des pailles, tout en améliorant les conditions de travail des agriculteurs.

Nous publions ci-dessous le communiqué de la Chambre d'Agriculture :

Plusieurs conditions sont nécessaires pour la réussite de cette méthode : aucune mauvaise herbe ne doit être présente avant la mise en place, les exploitations doivent présenter un niveau de production compris entre 80 et 130 tonnes par hectare (au-delà il y a un risque d’entrave pour la levée des cannes), la coupe doit être soignée avec un respect des blocs de 5 ou 7 rangs ainsi qu’un désherbage qui doit intervenir aussitôt le chargement réalisé uniquement sur les allées sans pailles.

Concrètement, la méthode mise au point par la Chambre d’Agriculture de la Réunion est simple. En sachant que 13 tonnes de pailles sur un hectare de cannes est insuffisant pour contrôler la mauvaise herbe, si cette paille est concentrée sur 7000 m2, le planteur obtiendra l’équivalent de 19,5 tonnes, ce qui suffisant pour maîtriser la mauvaise herbe. Or jusqu’à présent, il était d’usage de croire qu’il fallait répartir les pailles sur toute l’exploitation. En réalité, le principe est de ne pas les toucher du tout mais de bien les disposer lors de la coupe.

Lors de la récolte, il est alors nécessaire de disposer les cannées coupées sur les allées de circulation. Sur un bloc de 7 rangs, l’allée centrale qui sert de circulation du matériel, les cannes sont disposées pour le chargement et le transport. Les pailles de part et d’autre de l’allée centrale sont suffisamment concentrées et épaisses pour maîtriser la réapparition de la mauvaise herbe sur une période de 13 semaines : le temps nécessaire à la canne à sucre de se former et se protéger d’elle-même de la mauvaise herbe. Cette méthode permet à la parcelle d’être paillée sur 70% de sa surface alors que les 30% restants sont eux à nus. " Pour cette méthode, il faut environ 19 tonnes de pailles pour une parcelle d’un hectare d’où la fourchette de tonnage évoquée pour la réussite du processus " précise Yvrin Rivière.

De manière globale, une fois les cannes chargées, deux rangs sur les 7 se retrouvent dépaillés (30%) et font alors l’objet d’un traitement herbicide de prélevée. Les zones où ont été concentrées les pailles ne nécessitent aucun traitement herbicide et permettent, de fait, de lutter contre l’enherbement de manière naturelle. " C’est la culture elle-même qui se protège et prend le relais " lance le technicien évoquant une méthode extraordinaire qui permet à la fois de réduire la consommation de pesticides de l’ordre de 45 à 50% sur la parcelle tout en permettant, comme l’a démontré ses tests sur Saint-Joseph d’augmenter la production de 11% pour certains agriculteurs.

Avec la méthode présentée, les planteurs s’exposent moins longtemps aux produits phytos en raison d’un temps d’application réduit et peuvent organiser du désherbage dans une zone précise de la parcelle, les fameux 30% de surface sans paillage. Il n’y a alors pas d’obstacle dû aux bourgeons, pas de paille.

A titre d’exemple, si l’on table sur une exploitation de 4,20 hectares, cette méthode du paillis partiel permet une réduction comprise 51% d’herbicides, ce qui est conséquent. Cela facilite de fait le travail des planteurs qui perdent moins de temps au désherbage et au fanage, ce qui constitue aussi une avancée en matière de temps de travail et d’optimisation.

Présenté au Comité de pilotage du Réseau d’Innovation et de Transfert Agricole (Rita Canne) en 2017, cette méthode a également été présentée sur le terrain à Saint-Joseph en présence des partenaires du Pôle Canne. Porteuse d’espoir à plus d’un titre, cette méthode innovante s’inscrit parfaitement dans la logique du Plan Ecophyto qui prévoit à l’horizon 2025, une réduction de l’ordre de 50% du recours aux produits phytosanitaires, d’où la nécessité d’étendre cette technique à l’ensemble des zones du département en s’adaptant à leur spécificité.

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