Observatoire des prix, des marges et des revenus

Face à la grande distribution, les petits commerces ont encore leurs chances

photo imaz press

Ce vendredi 7 juin 2019 était présentée une étude de la présence et l’impact des grandes enseignes de distribution à La Réunion. Réalisée à la demande de l’Observatoire des prix, des marges et des revenus (OPMR), cette étude met en lumière le poids colossal de ces enseignes sur le marché réunionnais, et invite à la réflexion sur des mesures qui pourraient être prise pour redynamiser les petits commerces indépendants.

Aujourd’hui, à La Réunion, le business de l'alimentaire pèse 1,7 milliard d’euros et 85% de cette part de marché revient aux grandes surfaces. Un chiffre astronomique, qui révèle un certain nombre de dysfonctionnements dans le domaine de la distribution alimentaire.

L’étude, dirigée par Christophe Girardier, président du cabinet Bolonyocte consulting, souligne d’abord les marges de profits immenses que réalisent les grandes enseignes. "Les acteurs de la grande distribution réalisent entre 25 et 40% de marge commerciale, soit un taux égal voire supérieur à la métropole" souligne le rapport. Ces marges sont réalisées grâce un système de marges dites "avant" et "arrière", qui définissent les prix d’achats des distributeurs et les prix de vente aux consommateurs.

Fort de leur position dominante, les grandes enseignes dictent donc les prix d’achats des distributeurs. Les petits commerces doivent donc s’aligner sur ces prix, et proposer à leurs clients des produits aux prix étant de 25 à 50% plus élevés qu’en grande surface.

L’étude relève aussi l’utilisation excessive des promotions en rayon. " Elles sont incessantes, avec un différentiel avec le prix de base illisible et ne concernent finalement que très peu de produits, qui sont en plus généralement des produits locaux" explique Christophe Girardier. A noter que les grandes surfaces comptabilisent 20 à 30% de leur activité sur les promotions, contre 60 à 80% pour les petits commerces.

Des pistes de redynamisation à explorer

Mais que propose concrètement cette étude pour venir en aide aux commerçants locaux ? Plusieurs pistes sont explorées par Christophe Girardier. Tout d’abord, une coopérative regroupant neuf commerçants a été lancée il y a six mois afin d’expérimenter ce modèle.

"Un petit commerçant seul n’aura pas de poids, mais à plusieurs, il devient plus simple de s’émanciper des deux grossistes principaux de l’île et commander directement aux producteurs" explique-t-il. Une façon pour eux de réduire de 15 à 25% leurs dépenses en matière de coût d’achat et d’ainsi fixer des prix qui seront inférieurs ou au moins égaux aux grandes surfaces. La Réunion compte actuellement encore environ 1000 petits commerçants de proximité. Face aux géants de la distribution, leur survie est menacée, mais pas condamnée, d’après Christophe Girardier. "Avec la création de cinq à dix coopératives similaires, composées chacune de 15 à 20 membres, les commerces pourraient augmenter de 150% leur volume de vente dans dix ans" estime-t-il.

Il préconise aussi l’instauration d’un moratoire en matière d’autorisation d’ouverture de nouveaux hypermarchés, ainsi que la mise en œuvre de dispositions spécifiques au territoire interdisant l’implantation de surfaces de plus de 2000 mètres carrés.

Bien sûr, cette étude n’est que consultative. C’est aujourd’hui à l’OPRM de débattre en interne de ces différentes propositions, avant de les porter aux différents pouvoirs publics.

Christophe Girardier résume les conclusions de son étude. Regardez :

as/www.ipreunion.com

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